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Édition  794  -

SOMMAIRE


Rubrique : À mon avis

Comment redresser France Telecom : série (intelligente) de (bons) conseils à Thierry Breton (et aux actionnaires de France Telecom, dont l’Etat).

(Par Nicolas MIGUET)


Rubrique : Nos petites nouvelles importantes

  • France Telecom : Breton, c’est tout Bon.

    En sept ans, Chirac et ses premiers ministres successifs ont augmenté la dette de la France de 1800 milliards de francs (274 milliards d’euros), alors que notre richesse annuelle n’augmentait que de 20%... Chirac a été réélu avec 82% des suffrages le 5 mai dernier. Nommé PDG de France Telecom durant l’année 1995, Michel Bon a, c’est vrai, fait passer la dette du groupe de 16,3 milliards d’euros fin 1996 à 69,7 milliards d’euros fin juin 2002 (environ 67 milliards d’euros estimés à fin septembre 2002). Durant la même période, France Telecom est passée de 22,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 1996 à 43,02 milliards en 2001 et devrait dépasser les 47 milliards en 2002. Le résultat opérationnel a bondi de 1,7 milliard d’euros en 1996 à 5,2 milliards d’euros en 2001 et ce chiffre devrait être proche de 7 milliards d’euros en 2002 (déjà 3,2 milliards d’euros pour le premier semestre). Si la dette a augmenté de +311%, le résultat opérationnel a fait exactement le même chemin : +311%. Résultat : Bon a été viré comme malpropre et trois semaines sans patron ont entraîné le titre plus bas que terre. Logique?


    Qui est Breton?

    Thierry Breton, a bien été nommé mercredi pdg de France Télécom. Le nouveau patron de ce qui reste l’une des plus grandes entreprises de France s’est donné deux mois pour dresser un état des lieux du groupe avant de définir un plan de redressement, avec le soutien de l’Etat actionnaire, tout en cherchant à gagner la confiance des salariés. Très estimé par Jacques Chirac, proche du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin (il a travaillé sur le dossier du Futuroscope il y a une douzaine d’années), Thierry Breton s’est déjà penché deux fois au chevet d’entreprises malades: Bull puis Thomson Multimédia. Il a "tous les moyens pour réussir", affirme le ministre de l’Economie Francis Mer... qui disait la même chose de Michel Bon en juin, ou presque. Dans un premier temps, Breton se donne deux mois pour analyser en détail la situation du groupe, qui est écrasé par sa dette (69,7 milliards d’euros) alors que ses fonds propres ont été mangés par les pertes sur les participations payées trop cher (NTL, MobilCom...). A l’issue de cet audit interne, le nouveau pdg se lancera dans une "double mission": "restaurer la situation financière de France Télécom" pour renflouer ses fonds propres, et impulser une nouvelle dynamique d’entreprise", déclare notre si coûteux Bercy, incapable de suivre l’affaire en temps et heure (il suffisait de lire Bourseplus et La Bourse...). Ce vaste chantier sera soutenu par l’Etat, qui apportera "son concours à la mise en oeuvre" du redressement, "et contribuera, pour sa part, au renforcement des fonds propres". Le gouvernement a mis en exergue la responsabilité d’actionnaire majoritaire de l’Etat, qui détient 56,4% du capital de France Télécom, en promettant d’apporter, "si nécessaire", un soutien financier à l’ancien monopole public d’ici à la mise en oeuvre du programme de redressement... ce qui devrait rassurer les agences de notation. En signal vers les salariés, Bercy a souligné que ces mesures seront prises "en liaison étroite" avec le pdg et le CA. Le président de la commission de la production et des échanges de l’Assemblée, Patrick Ollier (UMP), a considéré que le plan de redressement devra être élaboré "en concertation avec les salariés". Le RPR Gérard Larcher, président de la commission des affaires économiques du Sénat, s’est estimé convaincu que Thierry Breton sera "l’homme du redressement, dès lors qu’il dira la vérité aux personnels et les mobilisera sur un projet d’entreprise soutenu par l’Etat"... paroles, paroles?


    Redresser le cours de Bourse.

    L’action France Télécom, qui a perdu plus de 80% depuis le début de l’année, a clôturé sur un bond de 10,20% à 8,43 euros mercredi soir, dans un marché en hausse de 3,97%. L’affaire est bradée. Elle ne vaut que 10 milliards d’euros en Bourse. France Télécom demeure "extrêmement profitable" avec 3,2 milliards d’euros de bénéfice d’exploitation au premier semestre et "ne mérite pas l’excès d’opprobre des marchés financiers", souligne très justement Gérard Larcher. Le sénateur voit dans la nomination de M. Breton une étape qui pourra casser "le cercle vicieux boursier" qui maltraite le titre. Les comptes au 30 septembre (publiés traditionnellement vers le 10 novembre) vont montrer une légère baisse de l’endettement, avec les encaissements de septembre. Pour le résultat, le deuxième semestre sera meilleur que le premier, avec 3,7 à 3,9 milliards d’euros de profits d’exploitation, soit 7 milliards en 2002 au cumul pour une valeur boursière de... 10 milliards ! Garantie de l’Etat, profits en hausse... l’erreur doit se corriger.


    Viser l’expansion.

    Le nouveau pdg de France Télécom, Thierry Breton, a affirmé dès son arrivée que son ambition ne se limitera pas au désendettement, mais qu’il conduira une "politique ambitieuse de progrès opérationnels", à la fois dans la téléphonie fixe, le mobile et l’internet. Il n’est donc pas question de démantèlement, ce qui confirme les propos de Michel Bon du 12 septembre dernier. Il n’y aura pas de vente de titres Orange ni Wanadoo à prix cassé, comme l’espéraient les banksters. Le jour de sa nomination, le nouveau pdg a rencontré les cadres de l’entreprise et s’est "immédiatement adressé à l’ensemble des 240.000 salariés du groupe", via la radio interne. "J’ai expliqué aux salariés du groupe que mon ambition ne pouvait se limiter à la réduction indispensable de la dette. Je veux conduire pour France Télécom une politique ambitieuse de progrès opérationnels, assurer un développement dynamique autour de formidables compétences humaines et technologiques dans la téléphonie fixe, le mobile et l’internet", ce qui est vrai et méritait d’être redit. "Mais surtout, je leur ai demandé de se mobiliser immédiatement pour dépasser les objectifs de l’entreprise en particulier au 4ème trimestre". Les concurrents sont prévenus. L’entreprise qui ne comptait pas trente millions de clients à l’arrivée de Bon et en a désormais près de 110 millions va «se colleter la concurrence». Thierry Breton a confirmé qu’il allait conduire "dans les prochaines semaines, un état des lieux complet de la situation de l’entreprise", et assuré que le redressement financier de l’entreprise "s’effectuera avec le concours et l’appui de l’Etat actionnaire, dans le respect des règles communautaires". Cet état des lieux servira à "définir et mettre en oeuvre rapidement les solutions pour desserrer l’étau financier dans lequel l’entreprise est aujourd’hui prise et lui redonner les marges de manoeuvre indispensables à la réalisation d’une grande ambition". France Télécom est confronté actuellement à une dette record sans pouvoir accéder aux marchés à court terme, avec une chute de son cours de bourse de 81,6% depuis le début de l’année, qui succède à une très mauvaise année 2001 déjà.


    Des idées fortes.

    L’Association France Télécom Actionnariat salarié (Aftas) rejoint les membres du Rassemblement des Actionnaires Spoliés (RAS l’Bon) qui ont manifesté samedi dernier et "demande" pour régler les problèmes de financement de l’opérateur un prêt bancaire de 8 à 10 milliards d’euros garanti par le groupe lui-même, sans que l’Etat ait normalement besoin d’intervenir, pour échelonner sa dette. Ce prêt pourrait être accordé "contre le nantissement de l’autocontrôle à titre de garantie pour les banques". Autrement dit, les banques obtiendraient en garantie les titres France Télécom que le groupe détient dans le cadre de son autocontrôle. Ces facilités permettraient au groupe une "pression moindre" sur les investissements qu’il envisage ce qui serait moins "pénalisant pour les équipementiers". L’Association plaide en outre pour la conversion d’une partie des dettes de l’opérateur en titre perpétuel (TSDI) à hauteur de 3 à 5 milliards d’euros. Quant à l’aide de l’Etat, "agissant en tant qu’actionnaire majoritaire", elle "est indispensable seulement si les garanties offertes par le groupe, pour un prêt classique de rééchelonnement de la dette, n’étaient pas acceptées par les banques. L’Aftas prône une baisse "drastique" des "charges qui en aucun cas ne devraient dépasser 32 milliards d’euros sur les exercices 2003 et 2004". Pour 2002, l’Association "considère que toutes les dispositions doivent être prises pour que le volume de ces même charges restent inférieur à 31 milliards d’euros. L’Aftas qui revendique 4.000 membres "s’oppose fermement à toute augmentation de capital" comme à "toute solution qui serait perçue comme un appel au contribuable". "Une aide financière de l’Etat (qui détient 56,4% de FT) ne se justifie pas, sauf dans son rôle d’actionnaire et uniquement en dernier recours".

    A terme, une augmentation de capital de l’opérateur est inévitable. Elle est estimée à 15 milliards d’euros par le ministre délégué au Budget, Alain Lambert. RAS l’Bon estime qu’il faut lever l’argent via des obligations remboursables en actions (1 pour 1) au nominal de 47 euros. L’Etat souscrirait pour sa part (8,46 milliards d’euros) en empruntant sur les marchés... avec un coût budgétaire nul (charges compensées par les recettes). Elles porteraient, préconise RAS l’Bon, un intérêt annuel de 4% et seraient d’une durée de six ans. RAS l’Bon préconise la transformation immédiate de 10 milliards de créances bancaires en TSDI au taux d’intérêt de 5,5 à 5,8% l’an ou de Titres Participatifs avec un rendement pour partie indexé sur le chiffre d’affaires, comme pour les TP émis par Renault lors des grandes misères de l’ex-régie, au début des années 80. Dans un premier temps, ces TP offriraient un rendement égal à 90% du TMO (taux moyen des obligations), indexé sur l’augmentation du chiffre d’affaires, dans la limite de 180% du TMO... Ce produit serait très attractif pour les «institutionnels» et n’aurait aucun effet dilutif à court comme à moyen terme. On peut «mixer» les deux, avec in fine le même résultat : dette réduite à 45 milliards d’euros et fonds propres portés à 25 milliards dès la mise en oeuvre. En fin 2003, la dette serait ramenée à 40-41 milliards et le résultat porterait les fonds propres à 28-29 milliards d’euros. C’est la solution du bon sens... et cette idée (qui marche) est donnée gratis, pas comme chez Rothschild, Lazard et compagnie...


Rubrique : Opportunités d'achat ou de vente

Un salutaire rappel historique : Le bon sens, ce qui manque le plus aux ingénieurs et dirigeants de France Telecom.

(Par Nicolas MIGUET)