Oubliez les régimes ils font grossir !
LITTÉRATURE
Dans ce numéro de L’Hebdo-Bourseplus, à la veille du 14 juillet, nous allons aborder un sujet plus léger, mais passionnant, dans cette rubrique littérature grâce à cette rencontre avec Sophie Deram qui était de passage à Paris la semaine dernière. Quiconque a vécu au Brésil connaît Sophie Deram qui participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision. Cette Française, star des médias brésiliens, est ingénieure agronome (AgroParisTech), diététicienne-nutritionniste et elle a obtenu un doctorat à la faculté de médecine de l’université de São Paulo dans le département d’endocrinologie (FMUSP). Elle a étudié la nutrition en France, aux États-Unis (où elle a vécu 10 ans) et au Brésil, où elle vit maintenant. Elle forme des professionnels de santé à travailler sans régimes et elle développe des cours par internet pour le grand public et les professionnels de santé. Dans son dernier livre, elle démontre que toute restriction alimentaire, dans le but de maigrir, est non seulement vouée à l’échec, mais est néfaste pour le corps et l’équilibre. S’appuyant sur les dernières recherches en nutrigénomique (science qui étudie l’interaction entre nos gènes et la nutrition) et en neuroscience, elle propose des règles de diététique simples à mettre en pratique pour se nourrir sereinement, faire la paix avec la nourriture et s’offrir la possibilité de maigrir durablement.
Sophie Deram souligne que le problème de l’obésité devient important au Brésil : « Il faut savoir que le Brésil est en train de vivre une véritable transition nutritionnelle. C’est un pays qui souffrait de dénutrition il a 40 ans et qui, aujourd’hui, se trouve avec des chiffres alarmants d’obésité. C’est quelque chose que l’on observe dans tous les pays en voie de développement, tous ces pays qui ont souffert de la faim. Aujourd’hui, avec cette explosion de l’abondance alimentaire, on observe une explosion de maladies chroniques, c’est-à-dire l’hypertension, les maladies cardio-vasculaires et le diabète. Face à cela, il faut comprendre pourquoi tout se passe très vite, parce que c’est un problème de santé publique. On pointe le doigt sur l’industrie et les aliments ultra-transformés, qui sont abondants au Brésil, mais on voit aussi que le Brésil connaît énormément de problématiques autour du corps, avec une tendance à vouloir tout le temps modeler son corps, ce qui signifie faire des régimes et de la chirurgie esthétique… Ils ont le désir de bien manger, mais avec des pertes de contrôle, et c’est dans ce domaine que j’interviens, parce que manger n’est pas simplement un acte physiologique : il y a aussi une grande partie psychologique. Il faut comprendre cela car l’être humain se nourrit aussi de sentiments. Je travaille sur les troubles du comportement alimentaire à l’hôpital de l’université de São Paolo, où je dirige le projet de génétique des troubles du comportement alimentaire. On observe que l’un des grands détonateurs de ces troubles du comportement alimentaire, c’est justement le fait de faire des régimes. On ne va pas dire que faire un régime va contribuer à développer des troubles alimentaires, mais les troubles du comportement alimentaire, en grande majorité, démarrent avec des régimes restrictifs ».
Elle souligne fréquemment qu’il ne faut pas se priver, mais simplement réduire son alimentation et manger mieux : « Il y a la notion de plaisir qui est très importante. Quand on réfléchit sur la dynamique de la restriction et du régime restrictif, on observe qu’il y a une modulation de l’expression des gènes dans le cerveau. J’ai étudié la nutrigénomique, à savoir comment les aliments conversent avec nos gènes, et la neuroscience qui permet d’étudier le fonctionnement du cerveau. Il se trouve que notre cerveau est le chef d’orchestre : c’est celui qui va tout guider, à savoir les émotions, les hormones, mais aussi le sentiment de faim. Le cerveau est l’organe qui consomme le plus d’énergie, notamment des glucides. Donc, quand on fait travailler beaucoup son cerveau, on ressent un sentiment de faim au bout d’un moment, c’est une hypoglycémie et, tout naturellement, on va se nourrir pour maintenir le cerveau actif. De la même manière que, quand on fait des régimes, on voit que des personnes ont des troubles cognitifs, elles peuvent perdre la mémoire ou avoir des difficultés de raisonnement, mais aussi être plus irascibles. Par exemple, dans un couple, quand il y en a l’un des deux qui est au régime, il y a davantage de disputes. Le cerveau contrôle aussi notre poids, c’est une nouveauté, parce que l’on pensait que le poids était lié à ce que l’on mange et à ce que l’on dépense. Il y a même des livres qui expliquent qu’il est facile de maigrir en mangeant moins et en faisant plus d’exercices, mais je dis que plus vous souhaitez maigrir, plus vous essayez de maigrir, plus vous allez grossir... C’est votre corps qui se défend. Le cerveau est un chef d’orchestre qui passe son temps à essayer de vous faire survivre de la meilleure manière possible, donc il est aux aguets en permanence. Le cerveau primitif, qui est en quelque sorte notre ange gardien, va moduler toutes les expressions de gènes en fonction de ce dont vous avez besoin. Faire un régime restrictif, pour votre cerveau, c’est pratiquement le plus gros stress par lequel vous pouvez passer, puisque c’est celui de la famine. L’autre stress plus important est celui de ne pas respirer, puisque c’est un besoin basique. Cette restriction dans laquelle vous ne respectez pas vos envies va actionner des modulations dans le cerveau et, la grande modification, c’est que cela augmente l’appétit. Vous essayez de maigrir en mangeant moins mais, finalement, vous ne pensez qu’à cela… Autre modification importante : non seulement votre appétit augmente, mais votre métabolisme va diminuer, c’est une sorte de défense du corps. Vous allez être fatigué, vous allez produire moins de sérotonine, moins de neurotransmetteurs, vous allez perdre vos cheveux, les ongles cassent... Toute personne qui a fait un régime a connu cela. Finalement, plus vous attaquez votre corps, plus il va se défendre. Dans les défenses, il y a aussi cette réserve de gras que l’on constitue ».
Mais n’est-ce pas faire preuve de provocation que de sous-entendre que les régimes font grossir ? Sophie Deram explique que « la plupart des personnes cherchent à faire des régimes pour maigrir, mais elles vont maigrir dans le court terme, alors qu’elles vont grossir dans le long terme. Des études très sérieuses ont été faites et, quand vous observez des jumeaux identiques, celui qui a fait le plus de régimes est en général plus gros. Donc, ce n’est pas suffisant pour dire que c’est la cause, mais c’est suffisant pour poser la question. Nous avons suffisamment d’études pour montrer que 95 % des gens qui font des régimes, non seulement regrossissent, mais souvent regrossissent plus. Je vais même jusqu’à dire qu’il est normal de rater un régime... Ce n’est pas une question de manque de volonté ou de manque de discipline, c’est normal. Votre cerveau se sent tellement menacé, qu’il va tout faire pour que vous ne réussissiez pas votre régime. On se rend compte que lorsque l’on mange avec plaisir et sans culpabilité, on n’a pas besoin de se goinfrer. Dès que l’on ressent de la culpabilité, on entre dans une sorte de cercle vicieux et l’on mange plus. À l’inverse, quand on mange avec plaisir, on mange moins, car on sera satisfait et on aura moins d’envies tout au long de la journée. C’est donc un appel pour retrouver le bon sens de nos grands-parents. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’informations sur les régimes et la nutrition, alors qu’il n’y a jamais eu autant de problèmes de poids ! Finalement, l’excès d’informations va complexifier la prise de choix alimentaire. On essaie d’avoir des applications pour manger mieux, alors qu’en réalité on devrait simplement se poser la question de savoir ce qui nous fait du bien et ce qui nous fait plaisir. Tout le monde a une conscience alimentaire, mais c’est quelque chose qui se perd quand on est adulte, car la course aux régimes brouille les pistes. Les gens finissent par manger pour beaucoup d’autres raisons que le simple besoin de nourrir son corps et son âme. D’ailleurs, il ne faut pas culpabiliser, c’est l’apanage de la culture française. J’ai vécu 9 ans aux États-Unis et 19 ans au Brésil, et je peux vous dire que la France est reconnue dans ce domaine. Nous sommes un pays où l’on mange des gâteaux, des fromages, on boit du vin, mais les gens sont plutôt plus minces. On me demande régulièrement quel est le secret des Français. La réponse tient en un seul mot : le plaisir ».
Finalement, quand on retrouve les articles de la presse féminine des années 90, on s’aperçoit que tout était faux : « Oui, je parle des années 2000. Un sociologue français, Claude Fischler, a fait une étude sur ce sujet avec un confrère américain, à travers des populations de femmes en France et aux États-Unis. C’est intéressant, car les réponses ont été très différentes. Par exemple, sur le gâteau au chocolat, les Américaines estiment que c’est gras et que cela fait grossir, donc il y a de la culpabilité et il faut résister. À l’inverse, les Françaises associent le gâteau au chocolat au bonheur, à l’anniversaire et au plaisir… C’est le même gâteau, mais les émotions sont différentes. Quand on est coupable, on essaie de résister, mais au bout d’un moment la personne finit par avaler le gâteau, en ressentant un peu de culpabilité et en se disant que, foutu pour foutu, autant en manger plusieurs morceaux. De l’autre côté, lorsque la personne savoure son gâteau, sa façon de manger va être très différente, parce qu’elle va s’asseoir pour savourer son gâteau, la première bouchée va lui apporter beaucoup de plaisir, la seconde sera aussi très bonne, mais le cerveau aura déjà été habitué, donc très rapidement le cerveau va naturellement être satisfait. C’est de cette manière que nous intervenons pour inciter les gens à manger de manière beaucoup plus consciente. Se faire plaisir, ce n’est pas du tout quelque chose qui va faire grossir ». Le livre de Sophie Deram tranche avec les idées reçues car pour elle, le plus important, c’est de ne pas chercher à maigrir, mais surtout de ne pas chercher à grossir car, « quand vous maintenez votre poids, votre corps s’adapte et votre appétit commence à diminuer. »
« Oubliez les régimes ils font grossir ! » de Sophie Deram est publié aux Éditions Marabout.
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