⟵ Retour
Baisse des taux : quelles marges de manoeuvre pour les banques ?
LA VIE DE L’IMMOBILIER
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Ulrich Maurel, président du directoire de la Compagnie Européenne de Crédit : « Le seul moyen de conquérir un nouveau client, quand on est une banque, c’est le crédit immobilier. »
Ulrich Maurel, président du directoire de la Compagnie Européenne de Crédit, analyse le marché du crédit immobilier dans un contexte où les taux n’ont jamais été aussi bas. La Compagnie Européenne de Crédit réunit des marques leaders de l’intermédiation en crédit : Empruntis.com, Ace Crédit, Immoprêt et Empruntis l’agence. Pour 2018, le groupe revendique 15 milliards de crédits étudiés, avec 8.9 milliards de production intermédiée avec ses partenaires bancaires et 45 000 dossiers finalisés.
L’Hebdo-Bourseplus : Les taux continuent de baisser. Sommes-nous maintenant arrivés à un plancher, puisque les banques doivent bien conserver un pourcentage pour vivre ?
Ulrich Maurel : Effectivement, on observe une chute des OAT à 10 ans qui sont à un niveau exceptionnel, on n’avait jamais connu cela depuis 1985. Mario Draghi annonce que les taux directeurs ne vont pas remonter avant l’année 2020 et Christine Lagarde, qui va arriver, ne devrait pas engager un virage particulier. Il y a une volonté de la BCE (Banque centrale européenne) d’accompagner la dynamique de croissance de la zone euro et d’instaurer un dispositif très résistant par rapport au Brexit. L’instrument des taux permet de protéger la croissance, de l’accompagner et de la dynamiser, tout en faisant face au risque de Brexit. En face, nous avons des établissements bancaires qui ont conscience que le seul moyen de gagner des clients, donc des parts de marché, c’est le crédit immobilier. Aujourd’hui, on ne change pas d’établissement bancaire si l’on n’a pas un projet de crédit immobilier.
Donc, le seul moyen de conquérir un nouveau client, quand on est une banque, c’est le crédit immobilier. Dans ce contexte, le crédit immobilier restera toujours à un taux minimum puisque l’on voit du 1,10 % sur 25 ans, du 0,93 % sur 20 ans et du 0,72 % sur 15 ans. Si l’on regarde un peu plus en profondeur, on voit même du 0,80 % sur 20 ans ou du 1 % sur 25 ans. On arrive à un seuil plancher, on peut avoir des corrections, mais des corrections marginales : on n’ira pas plus loin car, au-delà, les risques deviennent trop importants. En plus, on donnerait l’impression que le crédit n’a plus aucun coût et, derrière, on déresponsabiliserait le consommateur. Tout le monde est assez d’accord pour garder un taux plancher minimum. Cela ne veut pas dire qu’il ne faudra plus baisser encore un peu les taux, mais ce sera à la marge, sauf événement exceptionnel.
Les banques captent des nouveaux clients par l’intermédiaire du crédit immobilier. Est-ce aussi ce qui explique l’échec des banques en ligne, comme celle d’Orange, qui ne font pas de crédit immobilier ?