Crise au sein des Républicains : la vice-présidente de l’Assemblée nationale analyse la situation de la droite.

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Annie Genevard, députée LR du Doubs et vice-présidente de l’Assemblée nationale : « Emmanuel Macron, c’est plus de dettes, plus d’impôts, plus de dépenses publiques et plus de déficits. »

Annie Genevard est députée LR du Doubs et vice-présidente de l’Assemblée nationale. Elle analyse la situation de la droite, notamment après la démission de Valérie Pécresse et de certains élus. Elle estime que ces gens étaient déjà proches du pouvoir et qu’ils jouent une stratégie personnelle car ceux qui veulent travailler pour la France devraient au contraire veiller à ce que l’opposition puisse jouer son rôle en proposant une alternative.


L’Hebdo-Bourseplus : On nous explique dans les médias qu’il n’y a plus d’espace entre le Rassemblement national et La République en Marche puisque les électeurs de la droite traditionnelle votent maintenant pour La République en Marche. Que pensez-vous de cette analyse ?

Annie Genevard : C’est une analyse erronée et dangereuse. Erronée, parce que l’on aurait tort de tirer une généralité de ce scrutin des élections européennes, puisque nous sommes dans un scrutin à la proportionnelle intégrale à un tour, avec une multiplicité de candidatures, et où la stratégie présidentielle du vote utile a fonctionné à plein. Je crois que 8 % cela ne reflète pas ce que représente la droite et je pense qu’Emmanuel Macron ne mène pas une politique de droite. Sur le plan régalien, il ne s’est pas attaqué à des sujets aussi fondamentaux que le communautarisme. Sur la question de l’immigration, nous avons une position claire : il ne faut pas seulement réguler la pression migratoire, il faut diminuer l’immigration. Voici quelques exemples sur lesquels je considère qu’Emmanuel Macron n’a pas une politique de droite. Je donnerai un autre exemple sur la gestion des finances publiques : Emmanuel Macron, c’est plus de dettes, plus d’impôts, plus de dépenses publiques et plus de déficits. C’est tout sauf une politique de droite. Ensuite, il passe pour un homme de droite en raison de sa politique économique, mais on ne peut pas dire qu’il réussisse complètement dans ce domaine... Quand on voit les difficultés de certaines industries, on s’aperçoit que ce n’est pas le champion de l’entreprise.

Mais enfin, il a réussi à faire flotter un parfum de droite autour de deux décisions essentielles que sont la réforme de la SNCF et la réforme du Code du travail. D’ailleurs, ce sont des petites réformes, il ne faut pas exagérer les choses. Nous les avons votées, parce que c’étaient des petits pas en direction de ce que nous pensons utile, mais ce n’est pas non plus la révolution copernicienne telle que la prétendent les membres du gouvernement et les soutiens du président la République. Tout cela pour dire que ce n’est pas faire injure à la majorité et à tous ceux qui soutiennent le président de la République que de dire qu’il y a une autre voie possible. Ce qui me choque beaucoup dans le discours ambiant, c’est qu’ils sont dans une logique de substitution en disant que la droite c’est eux. Ils ne sont pas dans une logique de respect démocratique des partis, ils sont dans une logique de substitution aux partis traditionnels. Depuis quand le parti unique est-il une bonne chose pour un pays ? Au fond, c’est ce que nous propose Emmanuel Macron : moi et mes alliés, et rien d’autre comme rempart au Rassemblement national…

Pour fracturer le pays, il n’y a pas mieux ! C’est extrêmement dangereux, parce que le rôle d’une opposition est d’incarner l’alternance et, avec cette stratégie, Emmanuel Macron fait du Rassemblement national la seule alternance. Je ne peux pas être d’accord avec cette stratégie et je continue de penser, même si nous sommes dans une position extrêmement difficile en ce moment, qu’il faut garder son sang-froid, retrouver son calme, se poser les bonnes questions, redéfinir une ligne programmatique cohérente et reconstituer pas à pas l’espace politique dont les Français ont besoin. Je pense que l’on assiste à une offensive extrêmement violente de la part du gouvernement, qui profite de l’état de faiblesse dans lequel nous a mis notre échec aux européennes, pour accélérer cette logique de substitution et du parti unique, parce qu’avec le MoDem et Agir, nous ne sommes pas dans une logique de coalition, mais dans une logique de présentation artificielle d’un pluralisme qui n’en est pas un.

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