Le suicide de l’Occident.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Paul-André Maur, juriste et haut fonctionnaire, s’est déplacé à de nombreuses reprises dans toutes les capitales européennes, souvent pour des raisons professionnelles. Il a été progressivement amené à constater qu’il ne reconnaissait plus cet Occident en train de se détruire. L’auteur nous introduit dans les arcanes de la construction européenne et il nous entraîne dans un périple où le passé brillant de l’Europe contraste avec la dure réalité qui se dessine : la mort d’une civilisation. Il revient sur l’origine de sa démarche : « J’ai été à certains moments abasourdi face à l’inaction des gouvernements qui ne prennent pas la mesure des dangers qui menacent l’Occident et j’ai été aussi, à certains moments, très satisfait de voir qu’il y avait des réactions qui allaient au-delà des espérances ». D’abord, qu’est-ce que l’Occident ? Évidemment, pour Paul-André Maur, cela n’a rien à voir avec les mutations résultant des excès de la mondialisation : « C’est une notion plutôt historique et l’on parle de la civilisation européenne face à l’idéologie mondialiste. C’est cette civilisation européenne qui a ses fondements dans la chrétienté, dans le Saint Empire romain germanique, à Rome, puisque les Romains nous ont transmis la notion actuelle du droit. C’est un héritage intellectuel, littéraire et artistique. Tout cela forme une véritable civilisation. »

Les peuples occidentaux ne s’aiment plus, ils renient leur culture et leur histoire, c’est pour cela que l’auteur évoque une orientation carrément suicidaire : « Il faut analyser cette haine de soi qui atteint certaines élites occidentales car, quand on va à la rencontre du bon peuple, on se rend compte qu’il y a quand même une certaine distance entre cette haine de soi des prétendues élites qui nous dirigent, et le bon peuple qui a une autre idée de ce qu’est la véritable vie et civilisation. Il y a surtout une ignorance colossale car une bonne partie des politiques qui sont à la tête des différents États ignorent tout de l’histoire. En France, ils laissent de côté tout ce qui a fait la grandeur et l’admiration de la France, puisque nous sommes mal représentés ». D’ailleurs, dans ce contexte de décadence, Paul-André Maur reste dans la notion de civilisation alors qu’il aurait pu évoquer des aspects d’ordre économique : « Pour ce qui est de l’économie, je ne m’y suis pas attardé, ce n’est pas ma spécialité. J’ai surtout mesuré les questions démographiques, qui ne peuvent susciter que des inquiétudes de plus en plus grandes sur la disparition de la population européenne. Je pourrais aussi parler du peuple québécois, avec cette mise à l’honneur de l’euthanasie et de la stérilisation… Le peuple québécois diminue déjà fortement en proportion dans la population globale du Canada et il sera submergé bientôt par autre chose ».

Cet ouvrage est issu de plus de vingt ans d’observation de l’évolution des populations dans les grandes villes, mais aussi des mentalités : « À force de ne plus enseigner l’histoire et de ne plus enseigner l’amour de la langue française, on arrive à se mépriser et à ne plus vouloir demeurer ce que l’on est. La devise du Luxembourg est : « Nous voulons demeurer ce que nous sommes ». C’est une volonté normale de poursuivre sa route selon les bonnes traditions qui ont fait la grandeur et la force d’un pays. La démographie est quelque chose de mesurable. Pierre Chaunu tirait la sonnette d’alarme il y a déjà longtemps, la population européenne est en train de diminuer d’une façon tout à fait dramatique. Il observait aussi qu’il y avait des savoirs et des transmissions qui étaient abandonnés. En tant que grand savant, il estimait que c’était évidemment une catastrophe ». Au cours de ces dernières années, l’Éducation nationale a marqué une distinction entre le savoir dit utile et le savoir dit inutile : or, dans ce savoir soi-disant superflu, on retrouve tout ce qui relève des traditions, des valeurs et de l’histoire : « Nous tombons dans un matérialisme de plus en plus bas et de plus en plus minable. Les chefs-d’œuvre artistiques européens ont fait l’admiration du monde entier. Même la Chine, qui était fière de sa civilisation millénaire, a reconnu que certains aspects de la civilisation occidentale méritaient d’être empruntés ». Malgré tout, doit-on laisser le peuple libre de se renier ? Paul-André Maur considère que tous les citoyens ont une mission à poursuivre : « Nous avons un héritage extraordinaire. Nous devons le transmettre pour que nos enfants ne vivent pas dans la barbarie d’une vie purement matérialiste qui ne mène à rien, surtout au moment où nous sommes menacés par la crise économique. Nous devons réagir d’une façon ferme et constante pour redevenir ce que nous sommes ».

Or, force est de reconnaître qu’au cours de la campagne des dernières élections européennes, l’angle de la défense de la civilisation n’a pas été abordé par les grands candidats : « Les moyens de communication sont entre les mains de gens qui sont essentiellement matérialistes et qui ne vivent que pour le plaisir immédiat. C’est pour cela que j’estime être d’une autre civilisation ». Paul-André Maur est convaincu que si l’on ne fait rien, notre civilisation court à sa perte : « Nous allons très bientôt être submergés par des gens qui ont des convictions, je pense aux islamistes qui ont comme but de submerger l’Occident pour imposer la charia. Ce sont des gens qui font des enfants, ce sont des gens qui ont des convictions dont ils ne doutent absolument pas. Nous allons être obligés de réagir et je pense que cette menace, qui pèse sur l’Occident, il va falloir la considérer sérieusement, car elle existe ».

Cependant, avec les résultats des élections européennes, lorsque l’on regarde ce qui se passe en Italie ou en Hongrie, par exemple, ne peut-on déceler un début de sursaut ? Selon Paul-André Maur : « Tous ces pays sont conscients des véritables enjeux, mais beaucoup ont dû affronter l’Empire ottoman et, pendant des siècles, ils ont été le boulevard de l’Occident contre cette invasion musulmane des ottomans. Cette conscience historique est, semble-t-il, mieux ancrée dans certains pays européens, alors qu’en France l’Éducation nationale enseigne l’histoire d’une façon déformée. Donc, nous n’avons pas cette conscience très vive du péril islamiste, tandis que certains pays à l’Est de l’Europe le savent déjà ».

En conclusion, l’auteur se montre quand même positif, voire optimiste : « J’ai rencontré de nombreuses personnes qui réagissent un peu partout en Europe. Il y a une réaction très nette et les partis nationalistes prennent une importance indéniable. Dans les pays du groupe de Visegrad, il y a des gens qui sont unis et conscients pour résister aux déviations de Bruxelles qui peuvent nous mener rapidement à la catastrophe, notamment à travers les règlements démentiels qui ont été promulgués. Tout cela me permet de penser que tout n’est pas perdu. Mais il faut prendre conscience de la situation. Peut-être que mon livre permettra aux lecteurs de mieux comprendre la situation pour réagir ».

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