Les vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Le 6 juin prochain, le monde célèbrera les 75 ans du débarquement en Normandie et, à cette occasion, l’historien Dominique Lormier, publie un livre inédit sur la face cachée de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire officielle, écrite par les Américains, vise à ridiculiser le rôle de la France, en prétendant que les Français ont été des collabos et des antisémites, que la résistance française a été inefficace et que le débarquement et la bataille de Normandie sont avant toute une victoire américaine... L’auteur dénonce les mythes de la propagande et les thèses fumeuses de certains auteurs et médias, qui continuent de véhiculer une idéologie formatée et sans nuances. Historien et écrivain, Dominique Lormier est l’auteur de plus de 140 ouvrages (documents historiques, biographies, littérature, spiritualité). Lieutenant-colonel de réserve, il est également membre de l’Institut Jean Moulin, prix de la Légion d’honneur et chevalier de la Légion d’honneur. Il est l’un des meilleurs spécialistes de la Seconde Guerre mondiale.

Pour Dominique Lormier : « On est tout à fait, à travers les films hollywoodiens, dans une interprétation totalement réductionniste de cette période, qui est exclusivement centrée sur le soi-disant unique libérateur américain, alors que 75 % du territoire national ont été libérés par les Canadiens, les Britanniques et les Français, à savoir les maquisards, l’armée de Lattre et la division Leclerc. Sur la campagne de 40, on a une vision totalement réductrice, car on oublie que c’est grâce à la résistance héroïque des troupes françaises à Dunkerque que le corps expéditionnaire britannique, avec près de 300 000 hommes, a pu rembarquer pour aller défendre la Grande-Bretagne. Churchill l’a d’ailleurs reconnu dans ses Mémoires de guerre. Si ces 300 000 soldats britanniques étaient tombés entre les mains des Allemands, il n’y aurait eu plus aucune troupe britannique pour défendre l’Angleterre à ce moment-là. À Bir Hakeim, durant la guerre du désert, en mai et juin 1942, c’est la première brigade de Français libres du général Koenig qui va bloquer, avec 3 700 hommes, 37 000 soldats Allemands et Italiens, ce qui va permettre aux Britanniques de se rétablir à El Alamein et empêcher Rommel de s’emparer du Caire ».

Parmi ces vérités cachées, c’est sans doute la plus importante parce que, même au sein des familles françaises aujourd’hui, on continue de se moquer de nous-mêmes en disant que les Allemands sont arrivés si vite que l’establishment avait déjà fait sa valise pour l’Afrique du Nord dès le lendemain : « C’est une vision totalement réductrice, que l’on retrouve dans le film « La Septième Compagnie », qui a eu un succès énorme mais qui a donné une image totalement négative de ce qu’a été réellement la campagne de 40. Il y a aussi les écrits anglo-américains qui sont toujours réducteurs et assez francophobes. Mais lorsque l’on prend la peine de travailler sur les archives, notamment allemandes, on a une vision beaucoup moins manichéenne et l’on découvre que la moitié des chars et des avions allemands ont été mis hors de combat en 45 jours par l’armée française, ce qui représente l’équivalent des six premiers mois de la campagne de Russie en 1941. C’est la preuve qu’il y a eu des combats acharnés et Rommel rappelle cela dans ses Souvenirs de guerre. Le maréchal Keitel a reconnu que l’armée française avait opposé une résistance héroïque et le général Wagner écrit à la suite de la bataille de Stonne que c’était le Verdun de 1940. C’est un village des Ardennes qui change de main une trentaine de fois en l’espace de deux jours, avec des pertes énormes des deux côtés, et la position restera entre les mains des Français jusqu’à la fin juin. Il y a eu véritablement des combats acharnés. Dans les Alpes, l’armée française a repoussé, non seulement l’offensive italienne, mais aussi l’offensive allemande qui lui arrivait dans le dos. On a également dit que la ligne Maginot n’avait servi à rien, alors qu’elle a été attaquée le 14 juin en Moselle et qu’elle a repoussé une offensive allemande. Il y a eu 600 blessés ou tués du côté français, 6 000 du côté allemand, et le général allemand a décidé de stopper l’offensive dès le premier jour, parce qu’il avait peur d’arriver à un nouveau Verdun. On pourrait multiplier les exemples. On a dit aussi que le ciel français était vide en 1940, alors qu’il y a eu quand même 1 400 avions allemands abattus en 45 jours de combat. Et pendant la bataille d’Angleterre, il y a eu 1 600 avions abattus par la Royal Air Force en quatre mois de combat. C’est-à-dire qu’il y a eu autant de pertes en mai et juin 40 que durant la bataille d’Angleterre.

Il dénonce les chiffres tronqués et douteux lancés par les Américains : on pourrait comprendre la présentation d’une version « améliorée » de leur rôle, mais ils vont plus loin : quel est leur intérêt ? pour Dominique Lormier, « ils voulaient absolument ramasser la France, puisqu’ils avaient comme ambition de placer la France sous administration anglo-américaine : c’est-à-dire que la France aurait été considérée comme un pays vaincu. Le président Roosevelt était assez hostile au général de Gaulle, mais aussi à l’égard des Français. Il avait été déçu par la défaite de 1940 et il est passé d’un extrême à l’autre, c’est-à-dire d’une apologie béate de la France, qui était auréolée de la victoire de 1918, à un dénigrement systématique. Il y avait une ambition politique derrière tout cela. Les chiffres tronqués, c’est souvent les chiffres que l’on additionne à tort et à travers sur le matériel commandé, mais il faut prendre en considération le matériel réellement disponible au moment des combats et c’est totalement différent. Une historiographie américaine a additionné le nombre de chars français que nous avions avec les vieux chars Renault FT 17 qui avaient été mis au rebut dans des hangars : alors, bien sûr, cela donne des chiffres tout à fait favorables en termes de rapports de force, mais en réalité il y avait 2 200 chars français opposés à 2 700 chars allemands au début de la guerre. Et il faut savoir que les trois quarts de nos chars étaient inaptes à la lutte antichars, puisqu’ils étaient équipés d’un petit canon conçu pour détruire des mitrailleuses, mais incapable de percer le blindage des chars légers allemands. Il y avait donc une infériorité technique ».

Enfin, le sujet le plus sensible, il affirme que les Français ont majoritairement rejeté la collaboration et l’antisémitisme. Dans les médias, certains n’hésitent pas à présenter les Français comme des collabos, on sait toutefois, dans la mémoire orale, que ce n’est pas fondé. Dans les familles, lorsque l’on discute avec des gens qui ont connu cette période, on comprend bien que les Français n’étaient pas des collabos. Dominique Lormier explique que « cela a été reconnu par Simone Veil dans ses Mémoires. On ne peut pas la suspecter d’être vichyste ou pétainiste, d’autant plus qu’elle a été déportée. Serge Klarsfeld a également reconnu cela, tout en condamnant le régime de Vichy. Et vous avez aussi d’autres historiens, comme Simon Epstein, qui a écrit un livre excellent sur ce sujet : « Un paradoxe français ». Il faut savoir qu’il y avait différentes tendances au sein du régime de Vichy, c’était une véritable auberge espagnole. Vous aviez des vichystes collaborateurs, des maréchalistes germanophobes et des gens de droite comme des gens de gauche. Cela explique la collaboration à géométrie variable qui a existé au sein du régime de Vichy. On sait que Pierre Laval était dans une ligne beaucoup plus radicale que le maréchal Pétain. Le maréchal Pétain est à l’origine du statut des juifs en octobre 1940. Il a institué effectivement un antisémitisme d’État qui était dans une logique d’exclusion d’une partie de la population juive. À partir de 1942, on a assisté aux rafles et, à ce moment-là, le maréchal Pétain était dans une position beaucoup plus en retrait puisqu’il a refusé de faire retirer la nationalité française aux juifs français, malgré la pression des Allemands et malgré la demande de Pierre Laval, ce qui aurait entraîné un véritable massacre. Il a été dans une position plus en retrait, bien qu’il ait mis en place le statut des juifs d’octobre 1940. Ensuite, la population française a majoritairement rejeté l’antisémitisme. Les Français ont été très impressionnés par les premières rafles, si bien que 75 % des juifs ont été sauvés en France, faisant de la France le troisième pays d’Europe qui a sauvé le plus de juifs. Vous avez aussi un cas intéressant, celui de l’Italie, avec 85 % des juifs qui ont été sauvés parce que Mussolini s’est opposé à la déportation des juifs alors qu’il avait fait voter des lois raciales en 1938, mais il s’est ensuite ravisé quand il a pris connaissance des atrocités qui se produisaient en Europe de l’Est ».

Il ajoute que « le maréchal Pétain a eu une position assez variable. Entre les deux guerres, il n’était pas antisémite, j’en donne les preuves, mais après la défaite de 1940 on a cherché des boucs émissaires et c’étaient les juifs. Autour du maréchal Pétain, il y avait des maurassiens, mais avec différentes tendances, une tendance germanophobe qui a rejoint la résistance et une tendance antisémite qui a rejoint la collaboration. Le maréchal Pétain a joué sur les deux tableaux et il s’est converti à l’antisémitisme d’État. Ensuite, il a été dans une position un peu plus en retrait, puisqu’il s’est opposé au fait que l’on retire la nationalité aux juifs français, alors que Laval était dans une position clairement affichée avec l’Allemagne, tout comme le chef de la police de Vichy, René Bousquet, qui a eu un rôle prépondérant dans cette affaire ».

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.