Le pétrole à 100 dollars le baril, est-ce possible ? Les risques augmentent.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 31 mai 2019 (numéro 993) : “L’Europe : nain politique face à la guerre Chine-USA ”. Bonne lecture !!!

Il y a certaines plaines, certains endroits du monde, qui semblent prédisposés à l’Histoire. La Mésopotamie en fait partie. Entre les vallées du Tigre et de l’Euphrate, qui irriguent aujourd’hui les territoires de Turquie, de Syrie et d’Irak, s’est concentré le démarrage de la civilisation, et, bien évidemment, les premiers gisements de pétrole, qui furent, à l’origine, essentiellement utilisés pour calfater les navires, dans sa forme visqueuse, le goudron.

Certains affirment que le « buisson-ardent », cité dans la Bible, n’était autre que l’inflammation de gaz pétroliers, qui s’évaporaient d’un pétrole affleurant immédiatement le sol. Etymologiquement, pétrole vient d’huile de pierre, c’est donc de l’huile qui est contenue dans une roche poreuse. L’histoire de la Terre a fait de cette région un espace concentré où se trouvent beaucoup de pétrole, de gaz, et de produits dérivés.


Forte concentration.

A partir du sud de la mer Caspienne, et jusqu’au large de Chypre et au nord de la Libye, en passant bien évidemment par le golfe arabo-persique et les grands gisements d’Iran, d’Irak et d’Arabie Saoudite, lorsque l’on regarde les zones fortement pétrolifères, on s’aperçoit qu’elles se concentrent, pour plus d’un tiers de la production mondiale, sur un espace inférieur à un million de kilomètres carrés. Sans parler de « choc de civilisation », dans cette zone, il y a une confrontation vive, entre la longue tradition persique, incarnée par l’Iran moderne, qui accentue son particularisme avec la religion musulmane chiite, et un ensemble arabo-égyptien, qui est de religion musulmane sunnite, très hostile au chiisme, tout simplement parce que de grosses populations chiites sont au sud, au Yémen, au nord (en Irak, en Syrie et au Liban), et qu’il y a une sorte de sentiment d’encerclement.

La Turquie moderne est très peu dotée de pétrole, le plateau anatolien ayant éliminé ses racines hellénistiques au début du XXème siècle, via les massacres successifs des Arméniens puis des Grecs, celles et ceux qui ne furent pas massacrés furent forcés à l’exil. L’ancien Empire ottoman cherche à mettre la main sur les ressources naturelles de la zone, et, via les grandes sources des principaux fleuves de la région, dispose d’un pouvoir certain. Même si l’on ne parle plus trop de la guerre civile en Syrie et de la guerre en Irak, la zone reste une poudrière, et les différents acteurs agitent des torches enflammées dans des zones ultra-dangereuses, dans les premières réserves de gaz du monde.

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