Le coup de gueule d’un maire pour conserver son unique distributeur de billets.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Alain Vidal, maire de Loupian (Hérault) : « C’est un besoin crucial pour le village, donc je vais me bagarrer. »

Le nombre de distributeurs de billets se réduit chaque année, particulièrement en zone rurale, mais l’impact n’y est pas le même que dans une grande ville car, à la campagne, il y a encore beaucoup de gens qui font leurs courses chez des petits commerçants et qui effectuent leurs paiements en espèces. Alain Vidal, maire de Loupian, une commune de 2 100 habitants, située dans le département de l’Hérault, mène un combat contre la suppression du seul distributeur de billets du village, car il estime que cela participe au service qui doit être apporté à la population. En effet, si la banque devait aller jusqu’au bout de son projet, il redoute le départ des commerçants et la fin de la convivialité au sein du village. Il rappelle aussi que les personnes âgées ne disposent pas toutes d’une carte bancaire.


L’Hebdo-Bourseplus : Avec votre combat pour le maintien de votre distributeur de billets, on constate que rien n’est anecdotique en milieu rural car vous déclarez qu’il y va de la survie de votre commune…

Alain Vidal : C’est tout à fait le message que je veux faire passer. Je dis que pour la population c’est un service public. J’étais premier adjoint à l’époque, je m’étais bagarré pour faire installer ce distributeur automatique de billets et, maintenant, la banque nous menace de le retirer parce qu’il n’y a pas suffisamment de retraits, entre 10 000 et 15 000 euros par an. Mais c’est essentiel puisque nous n’avons que ce distributeur sur la commune. Nous n’avons pas de banque, La Poste n’est ouverte que le matin et elle ne distribue plus d’argent... C’est un besoin pour le petit commerce, pour les foires et pour les différentes animations du village. C’est un besoin crucial pour nous !


Vu depuis Paris, on pourrait traiter ce problème avec un peu de condescendance, en soulignant que nous vivons à l’heure du paiement par carte bancaire ou par téléphone…

J’ai été interrogé sur la radio RMC et ils m’ont pris de haut, en me laissant trois minutes pour m’exprimer. Le journaliste m’a dit que tout le monde avait une carte bancaire aujourd’hui, mais j’ai répondu que tout le monde ne savait pas forcément se servir d’une carte bancaire et, surtout, que tout le monde n’avait pas forcément envie de se servir d’une carte bancaire... On m’explique aussi que les gens n’ont qu’à aller au distributeur qui se trouve à Sète : mais c’est à 15 kilomètres de Loupian ! Ils m’ont pris de haut. C’est vrai, vu de loin, un distributeur ne doit pas représenter grand-chose, mais pour une petite commune comme la nôtre, c’est énorme. C’est un message qui est difficile à faire passer, même avec la banque. Je comprends la position de la banque qui indique que ce n’est pas rentable, c’est une entreprise privée, mais j’estime qu’il s’agit d’un besoin crucial pour le village. Donc, je vais me bagarrer.

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