Le tsunami pornographique.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pour la première fois, une association vient de compiler toutes les études sur les effets de la pornographie sur les jeunes et les adultes en publiant un DVD, un ouvrage et différents documents thématiques concernant ce sujet. L’association Stop au Porno est dirigée par François Billot de Lochner et Guillaume de Thieulloy. Tout d’abord, François Billot de Lochner revient sur sa définition de la pornographie : « Il y a aujourd’hui un véritable mélange des genres dans les esprits et les gens ne font pas le distinguo entre érotisme et pornographie. Jusqu’à il y a un demi-siècle, la pornographie était extrêmement limitée et il y avait plutôt de l’érotisme. Progressivement, il y a eu un mélange de plus en plus évident entre érotisme et pornographie. Les promoteurs de l’érotisme ont compris que l’on pouvait amener mécaniquement à la pornographie. Il y a deux siècles, vous regardiez un dessin d’une femme nue et c’était fini, alors qu’aujourd’hui nous sommes dans une société où quelqu’un qui regarde une femme nue à 14 heures peut ensuite trouver des vidéos pornographiques et y passer la soirée ! Aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus de distinction entre l’érotisme et la pornographie. L’érotisme est une partie de la pièce pornographique, mais c’est complètement lié. Le but de la pornographie est d’exciter les pulsions les plus débridées et l’érotisme conduit à la pornographie de façon quasiment mécanique ».

On savait que l’excès de pornographie entraîne de la violence, y compris au sein du couple, mais l’étude de Stop au Porno va plus loin puisqu’elle explique que cet abus a pour effet de rendre les gens deviennent plus violents d’une manière générale : « C’est un point qui se révèle. Nous avons dans le cerveau une substance chimique qui s’appelle la dopamine. Si vous vous mettez à table, vous avez de l’appétit parce que la dopamine excite le cerveau qui irrigue l’envie de déjeuner ou de dîner. Pour la sexualité, la dopamine a un rôle fondamental : c’est l’outil du cerveau qui permet que l’activité sexuelle soit classique et normale. Les neurosciences prouvent que l’excès de pornographie dégrade la dopamine, qui ne réagit plus. Donc, si une personne regarde de la pornographie sur Internet, au départ cela excite sa dopamine et cette personne aura un conditionnement sexuel à peu près normal. Puis, la dopamine s’abîme et la personne aura envie d’aller plus loin pour être excitée. Et, à la longue, la dopamine ne réagira plus. À ce moment-là, l’individu deviendra de plus en plus violent, notamment pour épanouir sa sexualité. Mais cela ne marchera même plus au bout d’un certain moment. Les cas d’impuissance liés à la pornographie sont de plus en plus nombreux et c’est quelque chose de méconnu. Je fais des conférences dans toute la France et certains viennent me dire que la sexualité peut s’épanouir par la pornographie… Or, en réalité, on tue purement et simplement sa sexualité par la pornographie. C’est une évidence : si un homme s’adonne à la pornographie à haute dose, la femme devient un objet de consommation courante, ce n’est plus une personne, c’est une espèce d’instrument de boucherie ».

Ainsi, l’étude indique que la pornographie exerce un impact sur notre cerveau, nos cellules cérébrales se modifient et la sécrétion de dopamine disparaît progressivement : « Lorsque le cerveau devient accro à regarder les scènes sexuelles, la sécrétion de la dopamine augmente, mais après un moment les cellules qui sécrètent la dopamine se fatiguent, leur sécrétion diminue et elles s’atrophient progressivement. La personne ne se sent plus heureuse comme auparavant, cherchant d’autres moyens plus excitants (comme un toxicomane) et donc le dommage des cellules augment… C’est un véritable processus de destruction ! Les dommages s’étendent à la zone frontale du cerveau qui se heurte avec le temps, se dégradant progressivement, et perdant ainsi l’aptitude à prendre la bonne décision ». Ainsi, quelqu’un qui abuse de la pornographie n’est plus en mesure de prendre des décisions normales. Pour les enfants, « lorsque la personne voit le film, ce qui s’exprime d’abord c’est son empathie. Un peu comme avec un film d’horreur, elle se cache les yeux parce que ce qu’elle voit est perçu comme horrible, et elle le perçoit comme horrible parce qu’elle a identifié la victime et qu’elle s’est mise à sa place. Le temps passant, l’habitude venant, le spectateur se coupe de son empathie, il ne souffre plus à la place de sa victime, il jouit à la place de l’agresseur. » Conséquence : « La sexualité n’est plus perçue comme une aventure à deux, mais comme une performance personnelle pour assouvir un besoin personnel. La pornographie ou cyberporno entraîne aussi une dépendance avec un besoin d’en voir toujours de plus en plus souvent, avec des scénarios toujours différents et de plus en plus violents également. Bon nombre de jeunes visualisent ces sites dans l’optique d’obtenir des renseignements sur la sexualité et sur le comment faire. Les garçons reproduisent ce qu’ils ont vu et les filles se conforment à ce qu’elles voient à et à ce qui est attendu d’elles. »

François Billot de Lochner reçoit de nombreux témoignages : « J’ai reçu très récemment une lettre d’un garçon de 21 ans qui m’a dit que mon action était fondamentale, car il est addict à la pornographie. C’est une catastrophe pour lui, il s’est dit être pratiquement mort. Une femme m’a raconté l’histoire de sa fille de 26 ans : elle a fait Polytechnique, elle est cadre supérieure dans une grande société française, et dès qu’elle rentre chez elle le soir, elle se précipite sur son écran pour regarder des films pornographiques pendant toute la nuit. Le week-end, elle reste enfermée chez elle pour regarder des films pornographiques. Et je ne parle pas des millions de couples qui sont sacrifiés chaque année par la pornographie ! » Tout ceci est aussi la conséquence de la presse qui a influencé toute une génération qui ne s’engage jamais dans une relation et qui se dit toujours : « Je vais peut-être trouver mieux… » : « Le système, depuis presque un demi-siècle, par une espèce de libertarisme, fait que l’on ne s’occupe plus que de soi : « C’est moi qui prime et je fais mes choix selon ma jouissance personnelle ». L’être humain n’est plus un être social, l’autre ne compte plus. Donc, on prend, on jette et on reprend… » Dans ses dernières actions, l’association Stop au Porno attaque en justice le site Jacquie et Michel car, selon François Billot de Lochner, «c’est un site terriblement pervers, parce qu’il a l’air de sous-entendre que ce sont des amateurs qui font des vidéos, alors que c’est une incroyable machine à argent ! Ils paient des « actrices » dans des conditions absolument déplorables, on y accède simplement en cliquant pour dire que l’on a plus de 18 ans... On est vraiment dans le prototype du site mensonger de bout en bout, alors que c’est une affaire de gros sous. Nous les attaquons au pénal parce que je trouve insupportable de se laisser soumettre à des gens qui pervertissent objectivement la société ». Il ajoute : «Lorsque des gens me disent que c’est finalement la liberté de chacun. Alors, je leur réponds : « Accepteriez-vous que votre ravissante fille de 20 ans fasse une vidéo pornographique ? » À ce moment-là, la même personne qui me parle de liberté se met tout d’un coup à hurler... Aujourd’hui, 75 % des Français se disent inquiets par la pornographie. Or, il y a 10 ans, cela aurait été 20 %, voire moins. Aujourd’hui, la prise de conscience est tout à fait claire et les gens commencent à se poser des questions. Simplement, entre se poser des questions et agir, il y a un gouffre. L’Éducation nationale est une usine à pervertir la jeunesse, car, quand on voit les matériaux distribués par l’Éducation nationale aux jeunes, cela fait froid dans le dos. Toutefois, les parents protestent très peu… On a été saisi pour attaquer en justice un établissement de province qui se dit catholique et où le professeur de quatrième fait lire à ses élèves des livres hautement pornographiques. En plus, c’est un professeur de français qui arrive à choisir des auteurs qui n’alignent pas deux mots de français, c’est ignoble, et nos avocats ont pensé qu’il serait judicieux de faire témoigner des parents. Mais il n’y a plus personne et l’on entend toujours la même réflexion : « Mon enfant va être ostracisé et le professeur va lui mettre des mauvaises notes ».

Le site Internet de l’association Stop au Porno permet de se renseigner sur ce sujet, de consulter de nombreuses études et de commander le DVD « Le tsunami pornographique » (5 euros).

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