La Cathédrale

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Cette semaine, nous nous devions de consacrer cette rubrique au drame de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris. Jean-François Blondel est historien et il a surtout étudié les initiations de métiers à travers le compagnonnage. Il a notamment publié « Mystique des tailleurs de pierre », « Les Outils et leurs symboles », « Le Moyen Âge des cathédrales », « Les Légendes des cathédrales », « Les Châteaux de la Loire, drames et passions », « Franc-Maçonnerie et alchimie » et « Des tailleurs de pierre aux Francs-Maçons ». Son dernier livre, paru en mars 2018, s’intitule « La Cathédrale ».

Nous lui avons d’abord demandé s’il était envisageable de reconstruire Notre-Dame à l’identique ou s’il fallait prendre acte que des savoir-faire ou des techniques ont disparu et que l’on n’est plus en mesure de les reproduire. Jean-François Blondel souligne qu’il y a effectivement « des savoir-faire qui ont disparu, mais il ne faut pas oublier que les Compagnons sont les derniers à qui l’on a enseigné la technique de la pierre. Aujourd’hui, on ne construit plus de maisons en pierres, mais les Compagnons sont les seuls à maîtriser ce savoir-faire. Le Compagnonnage a encore un avenir devant lui et il est reconnu d’utilité publique. Le Compagnonnage a été classé au Patrimoine mondial culturel de l’humanité et ils savent admirablement bien s’adapter aux techniques nouvelles. Lorsque Viollet-le-Duc a été chargé de la reconstruction de Notre-Dame en 1844, il a travaillé avec les Compagnons du Devoir de Liberté. Pour la Tour Eiffel, l’ingénieur Eiffel a fait pareil : c’étaient des charpentiers qui avaient appris le métier du bois. On leur a demandé de travailler sur de la charpente métallique et ils se sont adaptés pour bâtir la Tour Eiffel ».

Jean-François Blondel rappelle que « la cathédrale, c’est l’église de l’évêque. Il y a eu un âge d’or en ce XIIIe siècle, qui est aussi le siècle de Saint-Louis. Le royaume était riche, l’Église était riche et l’on pouvait se permettre de construire des édifices gigantesques pour l’époque. Il y a eu une concurrence entre les évêchés car chacun voulait la plus grande cathédrale. Le mot cathédrale vient de cathèdre, qui est le siège de l’évêque : dans le cœur d’une cathédrale, il y a un fauteuil un peu plus grand que les autres et c’est là que vient s’asseoir l’évêque ».

Revenons sur l’histoire de Notre-Dame-de-Paris. On évoque toujours la date de 1163 pour la construction de Notre-Dame-de-Paris, or il y avait déjà eu d’autres édifices auparavant : « Notre-Dame était la cinquième cathédrale qui a été rebâtie et toujours au même endroit. Nous n’avons plus de traces de la première, qui date de l’apparition du christianisme en Gaule. Après, il y a eu une cathédrale mérovingienne. Puis une cathédrale carolingienne. Et une cathédrale romane en l’an 1000. Ensuite, en 1163, Maurice de Sully, qui monte sur le trône épiscopal, veut reconstruire sa cathédrale avec le style gothique et c’est celle que nous connaissons aujourd’hui. C’est une longue succession d’édifices qui ont été construits au même endroit ».

Par la suite, depuis le XIIe siècle, Notre-Dame-de-Paris n’a pratiquement plus changé dans son aspect : « Elle a été construite en 1163 dans le style gothique qui venait d’apparaître avec la basilique Saint-Denis et d’autres édifices. C’était véritablement un style nouveau, avec l’apparition des croisées d’ogives et des arcs-boutants, ce qui a permis de construire des édifices de plus en plus élevés. Effectivement, la façade a été terminée en 1250 et elle est toujours dans ce premier style gothique. Ensuite, il y a eu une évolution, avec ce que l’on a appelé le gothique flamboyant à la fin du XVe siècle ».

Ensuite, des modifications sont intervenues : « Les ennuis ont commencé au siècle de Louis XIII, surtout au moment de Louis XIV. On ne comprenait plus l’intérêt des vitraux qui servaient à expliquer les Évangiles sous forme de bandes dessinées à la population. À cette époque, on voulait des verres blancs pour que la lumière pénètre à l’intérieur. Le jubé a été détruit, ce mur qui traversait la nef et qui barrait le cœur de l’église du reste de l’édifice. C’était le lieu où les évêques et les prêtres faisaient l’eucharistie. Le peuple n’avait pas accès à cet endroit, qui était en quelque sorte le Saint des Saints. Une église peut être divisée en trois parties : le narthex, réservé à ceux qui n’avaient pas encore été baptisés, la nef était la partie réservée au culte et le Saint des Saints était réservé à l’église. Ensuite, il y avait le portail ouest avec trois grands portails, dont celui du milieu séparé en deux, avec une pierre verticale pour séparer le grand portail en deux. On a démoli toute cette partie. Puis, au XVIIe siècle, le style gothique ne correspondait plus du tout à l’état d’esprit de l’époque. Lorsque Viollet-le-Duc est arrivé dans les années 1840, Notre-Dame était dans un état lamentable ! On avait cassé différentes choses sous Louis XIII et Louis XIV, il y avait eu ensuite la Révolution, l’église était devenue un grenier à blé, les vitraux ont été cassés, dans la galerie des rois, sur la façade ouest, on s’amusait avec des cordes pour faire tomber les statues par terre… Notre-Dame était vraiment dans un état lamentable au moment de l’arrivée de Viollet-le-Duc, car il n’y avait même plus de vitraux. Il faut bien avoir à l’esprit que l’atelier de Viollet-le-Duc a tout refait, puisqu’il ne restait que les quatre murs et la toiture ».

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