Une jeune pousse qui ubérise l’approche des médias traditionnels.
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Sergine Dupuy, cofondatrice de Quidol : « Il faut de la ténacité, de la résilience et de l’agilité avant de réussir à trouver le modèle qui fonctionne bien. »
L’application Quidol vient de lever 1 million d’euros auprès d’Anaxago, son partenaire financier, et de RedPill, le groupe qui l’a lancée. Ce financement lui permettra d’accélérer l’acquisition de nouveaux joueurs et la croissance de l’audience. Inspiré des grands rendez-vous de divertissement et se positionnant comme un nouveau média, Quidol a développé des émissions interactives, quotidiennes et en direct pour proposer de la culture, de la comédie et des jeux. L’application Quidol a permis de réaliser 1 million d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2018. L’entreprise est rentable depuis l’été dernier, avec 300 000 téléchargements et 10 % de croissance des engagements par mois. Le média Quidol et sa plate-forme ont su convaincre des grands groupes français tels que La Fnac, La Française des Jeux, M6, RMC, Webedia, Peugeot et Carrefour, confirmant ainsi un véritable appel du marché pour ce type de solution.
Quidol est la dernière jeune pousse lancée en février 2018 par le groupe RedPill, le studio start-up dirigé par Sergine Dupuy et Marco Tinelli. Le concept de ce studio est original : concrètement, une coentreprise est montée avec des grands groupes, l’équipe est hébergée dans les locaux de RedPill et, une fois la maturité atteinte, l’entreprise a vocation à réintégrer la maison mère. Notons que RedPill est à l’origine du projet RelevanC avec le groupe Casino. Il s’agit d’une plate-forme « rich data » de solutions marketing qui recueille au quotidien la totalité des données de toutes les enseignes de Casino et elles sont ensuite exploitables, sous forme de panels segmentés selon 1200 critères, pour l’ensemble du marché. Sergine Dupuy revient sur la réussite de Quidol.
L’Hebdo-Bourseplus : Les opérateurs historiques, comme Orange ou Canal, essaient de lancer des chaînes sur mobile pour toucher le public jeune, mais ils n’y parviennent pas forcément. Cela signifie-t-il qu’un nouvel opérateur doive disrupter le marché, comme NRJ a su le faire dans la radio dans les années 80, face à RTL et Europe 1 qui n’arrivaient plus à attirer les jeunes ?
Sergine Dupuy : Effectivement, on est sur un petit démarrage du marché, donc il est difficile de prendre des conclusions très rapidement. Mais il est vrai que nous sommes dans une deuxième révolution digitale. On parle de streaming, de live, d’interaction en direct et de mobile, et maintenant on pousse le digital un cran plus loin. C’est exact, on voit des acteurs traditionnels tenter l’aventure, c’est de cette manière que nous le voyons de l’extérieur, mais pour l’instant le succès n’est pas formidable. Pour autant, je ne vais pas en conclure que ce sont les petits acteurs agiles qui ont plus de chances d’y arriver, car ce serait prendre des conclusions trop vite. D’ailleurs, nous avons travaillé avec ces acteurs traditionnels. Cependant, comme cela ne représente qu’une toute petite part de business potentiel pour l’instant et qu’ils ont quand même de gros soucis à régler au niveau de leur audience et de leur cœur de métier - en plus, ce ne sont pas des acteurs particulièrement agiles et qui prennent de gros risques en termes d’innovation - ils avancent du bout des doigts, sans donner vraiment une chance au produit et sans faire profiter le produit de l’énorme force de frappe dont ils disposent encore.
Finalement, on ne peut pas arriver sur ce marché en ne se donnant aucun moyen et aucun temps et en se disant que si l’on ne gagne pas de l’argent assez rapidement, il faut débrancher, parce que l’on ne peut pas mettre d’argent autre part que pour essayer de garder de l’audience sur les chaînes traditionnelles. C’est un peu dommage, mais ce n’est pas une question liée aux médias, c’est la question des grandes entreprises face à l’innovation. On ne veut pas arriver la fleur au fusil avec une grande marque et créer un nouveau service que l’on va débrancher au bout de quelques mois s’il ne marche pas… Il faut de la ténacité, de la résilience et de l’agilité avant de réussir à trouver le modèle qui fonctionne bien. Il faut se casser les dents à plusieurs reprises avant de trouver l’exécution parfaite, il faut travailler les campagnes d’acquisition... C’est cela, faire de l’innovation… Si un gros opérateur des médias avait cette volonté, cette résilience, cette ténacité et cette foi démesurée, il y arriverait. En plus, il pourrait amener une manne formidable d’audience. S’il y avait moins de problèmes politiques internes dans les grands groupes traditionnels, ils pourraient travailler sur des renvois d’audience. Il y a plein de choses formidables à faire. Mais il semble compliqué de faire bouger tout cela...
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