La comédie (in)humaine.
LITTÉRATURE
Réunions interminables, séminaires sportifs, inflation des process : l’entreprise est devenue le lieu de l’absurde. Julia de Funès et Nicolas Bouzou partent en croisade contre l’absence de sens qui paralyse nos sociétés, en constatant que les entreprises s’évertuent à bâtir des organisations qui font fuir les meilleurs, alors que leur principal objectif devrait être d’attirer à elles les talents. Les auteurs dénoncent des dysfonctionnements insensés, sources de burn-out, bore-out et autres brown-out... Ce n’est pas avec un baby-foot, des formations ludiques, des documents PowerPoint à n’en plus finir, ou des Chief Happiness Officers, que l’entreprise de demain sera le lieu de l’innovation, de la performance et du progrès.
Julia de Funès est docteur en philosophie et diplômée en RH. Elle est notamment l’auteur de «Socrate au pays des process » (Flammarion). Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, directeur du cabinet de conseil Asterès, et il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages. Leur livre est un vrai succès de librairie car on découvre que les grandes entreprises ont, comme l’État, un mode de fonctionnement très bureaucratique : « Nous avons fait ce livre sur les grandes entreprises, mais il est intéressant de voir que nous recevons pas mal de témoignages de gens qui travaillent dans la fonction publique, dans le secteur associatif ou dans le secteur mutualiste, et qui nous disent que les problèmes sont exactement les mêmes. Certaines personnes vont dans le secteur associatif parce qu’elles sont à la recherche de sens, en pensant que ce sera mieux que dans l’entreprise traditionnelle mais, finalement, elles y retrouvent les mêmes problèmes, c’est même parfois pire, avec toute cette bureaucratie. La difficulté, c’est les organisations : quand vous avez une grande organisation, il faut gérer des êtres humains et c’est quelque chose de très difficile » explique Nicolas Bouzou.
Julia de Funès ajoute que « ce livre est surtout tombé à un très bon moment, car les gens en ont marre de toutes ces normes managériales, comportementales et langagières que l’on retrouve dans les entreprises et cela décongestionne certains poncifs. On a osé dire ce que l’on pensait d’une façon très vraie et très crue, c’est ce qui plaît aux gens. La question des procédures va bien au-delà de l’entreprise. Cela concerne le privé, comme le public. On est complètement englué dans des procédures car, même pour appeler son banquier, on doit taper sur des touches et on n’arrive jamais à le joindre. Ce sont des situations très courantes dans la vie de tous les jours ».
Il y a tout un chapitre sur l’autonomie et la rénovation du salariat et ils estiment que « le droit du travail enferme le travailleur dans un univers carcéral » : « C’est un discours que j’ai beaucoup de mal à faire comprendre à mes concitoyens » précise Nicolas Bouzou. Par exemple, « prenez des pays où le droit du travail est beaucoup plus flexible, comme la Suisse, les Pays-Bas ou le Danemark, les relations sociales sont excellentes et très apaisées. Avec Julia, quand on va dans des grandes entreprises, on voit que les salariés doivent passer leur badge sous un lecteur, y compris au moment de la pause déjeuner, parce que leur temps de travail est comptabilisé. C’est un avatar des 35 heures. Pour les gens qui ne sont pas au forfait, on doit comptabiliser le nombre d’heures, on doit badger les salariés... Donc, c’est le droit du travail qui impose le flicage et la surveillance d’un certain nombre de salariés, ce qui nous paraît être totalement contre-productif parce que, dans cette période de troisième révolution industrielle, on doit laisser de l’autonomie aux collaborateurs et ils doivent pouvoir développer leurs capacités d’êtres humains ».
Julia de Funès indique que « le terme de carcéral fait référence à Jeremy Bentham qui a parlé du panoptique de la prison en verre où tout est totalement visible. Si vous regardez les technopoles qui se construisent aujourd’hui à la périphérie de Paris, tout est visible, on voit tout le monde et il suffit de se savoir vu pour agir comme si nous étions vus... Donc, c’est très angoissant. C’est aussi pour cette raison que le télétravail marche très bien. Ce n’est pas simplement un gain de temps en transports, mais aussi parce que les gens ne sont plus en représentation permanente, ce qui accapare une partie de l’esprit. On essaie de camoufler cela avec un cadre de boulot sympa, en installant des baby-foot, des plantes et des smoothies bio, mais il est quand même assez contraignant et assez carcéral d’être visible en permanence ».
Ils évoquent le fonctionnement de l’agence de pub BETC, où tout est technologique, on sait précisément à quelle heure les cadres arrivent et repartent… Julia de Funès regrette que « la confiance soit quelque chose de très peu pratiqué dans l’univers de l’entreprise, car on est dans un univers très contractuel et le contrat, c’est exactement l’inverse de la confiance. J’entends beaucoup de managers dirent qu’ils attendent que leur collaborateur ait un comportement digne de confiance pour lui faire confiance. C’est tout sauf de la confiance puisque l’on ne fait pas confiance à des gens fiables, les gens sont fiables, donc ce n’est pas la peine de leur faire confiance... À un moment, la confiance est une prise de risques, on est dans la logique de la croyance, c’est-à-dire du pari sur l’inconnu et, si je vous fais confiance, je parie sur vous alors que je ne sais pas tout. Il est très difficile de mettre cela en place, mais le télétravail est un gage de confiance énorme ».
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.