Saint-Gobain : un vieillard de plus en plus "vert" !
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 mars 2019 (numéro 982) : “Casino : nos prévisions, jusqu’en 2021”. Bonne lecture !!!
Eh oui, Saint-Gobain est plus que tricentenaire (353 ans, cela inspire le respect), mais de plus en plus vert ! Il y a un vrai mystère en Bourse, ce sont les ratios de Saint-Gobain ! Actuellement, cette entreprise qui a dégagé en 2018 un résultat opérationnel de 3,122 milliards d’euros, en croissance de 4,5 % à données comparables, et un résultat net courant de 1,729 milliard (3,18 euros de bénéfice par action), qui distribue depuis des années et des années un dividende correct, qui va l’augmenter de 1,30 à 1,33 euro entre 2017 et 2018… n’est valorisée que moins de dix fois le résultat net, avec une valorisation beaucoup plus modeste que la plupart de ses concurrents, comme si cela allait mal… ce qui est bien évidemment totalement farfelu. Depuis l’annonce du départ définitif du groupe Wendel dans l’actionnariat de Saint-Gobain, en dehors des salariés, à un peu moins de 8 % du capital, il n’y a plus véritablement d’actionnaires majeurs sur l’entreprise, elle est, visiblement, une cible pour le grand bankstérisme internationalisé, qui n’a pas manqué de voir, derrière des métiers traditionnels et plutôt roboratifs (fabrication et commercialisation de matériaux de construction), une activité extraordinairement porteuse, et à terme ultra-valorisable. Il fut un temps où il pouvait y avoir des raisons de s’inquiéter du dossier Saint-Gobain, avec une dette nette qui était un peu tendue, ce n’est plus le cas.
Il n’y a plus de souci avec la dette.
A la fin de l’année 2018, la dette nette de l’entreprise était de 8,19 milliards d’euros, ce qui représentait moins de deux fois l’EBITDA, des ratios particulièrement agréables. Si l’on veut résumer l’année 2018 pour Saint-Gobain, c’est qu’elle a été contrastée, avec un premier semestre médiocre, qui a donné le ton, et un deuxième semestre beaucoup plus intéressant, qui a prouvé que ce leader sur ses marchés était capable de faire passer des hausses de prix, rattrapant les dérives qu’il pouvait y avoir éventuellement sur les coûts des matières premières, sur ceux de l’énergie. Il est très intéressant de remarquer que le résultat d’exploitation a progressé de 7,2 % au second semestre, ce qui est quand même beaucoup plus intéressant que la très médiocre croissance du premier semestre, sur l’année, on se résume à plus 4,5 %, mais l’on se trouve dans une dynamique qui impactera de façon très positive le premier semestre de 2019. Depuis des années et des années, Saint-Gobain est un groupe qui paraît ne pas bouger, mais qui se transforme en profondeur. Sur l’exercice 2018, pas moins de 27 acquisitions, souvent de petite ou de moyenne taille, ont représenté 768 millions d’euros d’investissement. Les investissements industriels ont progressé de 8,3 %, ils ont été notamment portés par les projets de croissance en pays émergeants.
Une transformation “en continu”.
Le groupe continue à se transformer, après avoir vendu beaucoup d’activités verrières, dont les fabrications de pots à confitures, de flacons de parfum et autres bouteilles pour le marché vitivinicole, le groupe a annoncé, lors de la présentation de ses résultats, qu’il allait accélérer sa transformation. Plusieurs cessions ont déjà été réalisées, certaines sont annoncées et en cours d’autorisation, cela représente un total de 2,4 milliards d’euros de CA qui sortiront du périmètre, soit l’essentiel de l’objectif de 3 milliards d’euros qui fut annoncé lors de la présentation du plan de transformation. Le groupe a profité de la très jolie plus-value générée par le dossier Sika, pour déprécier pour 2 milliards d’euros des actifs et des survaleurs, ce qui va permettre, dans les années à venir, d’avoir des économies en ce qui concerne les amortissements, et donc une augmentation significative du résultat qui s’ajoutera aux économies apportées par la nouvelle structure organisationnelle, visant 50 millions d’euros de résultat supplémentaire dès 2019, et 250 millions à terme.
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