Le président du syndicat des professionnels de l’immobilier dénonce la politique du gouvernement à l’égard des syndics de copropriété.
LA VIE DE L’IMMOBILIER
Christophe Tanay, président de l’UNIS : « Le gouvernement nous met sur le dos la complexité d’un document qui a été fait par la puissance publique. »
Christophe Tanay est le président de l’UNIS (Union des syndicats de l’immobilier), une association historique qui regroupe les professionnels des métiers de l’immobilier : la gestion (syndics de copropriété, gérants), la transaction et l’investissement (agents immobiliers, promoteurs-rénovateurs), ainsi que l’expertise. C’est une première, l’UNIS vient de publier un communiqué avec la FNAIM pour dénoncer les déclarations du Premier ministre, Édouard Philippe, contre les syndics de copropriété. En effet, pour fêter les dix ans de l’Autorité de la Concurrence, Édouard Philippe a tenu « des propos étrangement comparables à ceux de Mme Cécile Duflot lorsqu’elle était ministre en charge du Logement. Au nom de ces griefs, elle avait justifié l’introduction dans la loi ALUR d’un contrat type obligatoire. Cette injonction, finalement acceptée par les professionnels, signifiait tout de même une immixtion éminemment contestable de l’État dans une organisation de droit privé. Mais voilà que des sanctions vont maintenant pleuvoir, car les professionnels resteraient trop onéreux.
En outre, les états datés vont être plafonnés. Enfin, et ce n’est pas la moindre des incohérences, la mise en concurrence obligatoire des syndics va être renforcée. Le comble est que cet arsenal a été voulu pour aller dans le sens des copropriétaires. C’est pourtant tout l’inverse qui va se produire ». Selon le communiqué de la FNAIM et de l’UNIS, « en plus d’être inadaptées, les annonces du Premier ministre surviennent à contretemps. Des discussions ont été amorcées pour réformer la copropriété par deux ordonnances, en application de la loi ELAN (2018). Dès lors, les mesures présentées le 5 mars impactent gravement les travaux précédemment amorcés ». Certes, « comme dans absolument toute profession, une minorité de syndics professionnels se situent en dehors des clous. Il serait pourtant préférable d’écouter plutôt l’immense majorité des professionnels sérieux. Ces derniers sont conscients de leur responsabilité importante au regard des volumes qu’ils gèrent (15 milliards d’euros de charges annuelles), du poids de la copropriété dans le logement des Français (30 % des logements sont collectifs), et des enjeux liés à l’entretien et la rénovation du parc. À cet égard, le drame de Marseille a servi de révélateur, mais cet enjeu concerne toutes les villes, quelles que soient leur taille ».
L’Hebdo-Bourseplus : Il est rare que les deux plus gros syndicats de l’immobilier, la FNAIM et l’UNIS, publient un communiqué commun pour réagir à des propos du gouvernement. Est-ce parce que vous jugez grave ce procès d’Édouard Philippe contre les syndics de copropriété ?
Christophe Tanay : Nous avons été assez scandalisés sur la forme et sur le fond. Sur le fond, ces annonces étaient prévisibles, nous en avions été informés auparavant, mais nous ne pensions pas que c’était aussi important. Sur les états datés, on sait que le plafonnement figure depuis cinq ans dans la loi ALUR. Il n’y a pas eu de décret depuis cinq ans, mais maintenant le gouvernement annonce un décret, donc ce n’est pas une surprise. Ce qui a été désobligeant pour nous, c’est cet aparté du Premier ministre dans son discours, en prenant un ton humoristique pour demander s’il y avait quelqu’un dans la salle qui avait déjà changé de syndic... Nous pensons que c’était un peu méprisant et pas très sympathique pour les gestionnaires de copropriété, qui ont un travail difficile. Ce sont des personnes qui travaillent tard le soir et qui doivent gérer des relations qui ne sont pas toujours simples. Ce qui nous a surpris, c’est que le Premier ministre annonce cela entre des mesures sur les assurances et d’autres sur les garagistes... Certes, c’était à l’occasion de l’anniversaire de l’Autorité de la concurrence, mais on sait bien que c’est une mesure qui peut faire économiser peut-être 1,50 euro par mois à chaque copropriétaire et je trouve que c’est un peu ridicule au niveau de l’enjeu.
Ce qui nous déplaît aussi, c’est qu’il attaque le contrat de syndic, qui est tout à fait illisible : nous sommes tout à fait d’accord, mais il oublie que ce contrat a été établi par la chancellerie en 2015 ! Il a été présenté au Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières (CNTGI) et nous avons tous voté contre, y compris les consommateurs. Face à cela, nous avions présenté un contrat de syndic équilibré, réalisé avec les consommateurs, qui était clair et lisible, mais la chancellerie a balayé cela en sortant une première mouture que nous avons refusé de voter. Ils sont revenus vers nous une semaine après et nous avons voté contre la dernière mouture, qui avait quand même été un peu allégée, mais qui était loin de ce que nous avions proposé. Le gouvernement nous met sur le dos la complexité d’un document qui a été fait par la puissance publique, donc c’est extrêmement désagréable.
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