Carrefour : on est mal, patron, on est mal !

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 15 mars 2019 (numéro 982) : “Saint-Gobain : un vieillard de plus en plus vert”. Bonne lecture !!!

Eh oui, on pourrait reprendre le slogan de son dynamique concurrent Lidl, qui, sans faire de bruit, à l’allemande, en mode Panzer-rouleau compresseur, est passé du format low cost à un format de petits et moyens supermarchés, avec une augmentation qualitative qui fait fortement concurrence aux Carrefour Market, Casino et autres supermarchés de Auchan, sans oublier les petits Intermarché et d’autres formats style Super U. Selon la presse propriété du groupe LVMH, qui n’ose pas, par pudeur peut-être, rappeler que le patron est aussi actionnaire de Carrefour, la société, en 2018, a « accéléré sa transformation ».

C’est un modèle de désinformation. Publié page 20 dans Les Echos du vendredi 1er mars, il est illustré par un graphique sur le résultat opérationnel courant. L’illustration est jolie, il y a du jaune, il y a du gris, il y a du bleu, et il y a de belles cartes. Officiellement, le résultat opérationnel courant a baissé de 43 % en France, les chiffres qui figurent aux années 2017 et 2018 sont exacts, en tout cas, ils sont conformes à ce qui a été publié par l’entreprise. En revanche, ce qui est très amusant, c’est de voir que l’Amérique latine est censée avoir une croissance de plus 33,8 %, alors que le résultat opérationnel courant est monté que de 715 à 800 millions d’euros ! Cela fait bizarre, même s’il s’agit des chiffres en millions d’euros alors que le pourcentage variation est en monnaie locale, le lecteur inattentif trouvera ça quand même un peu arrangé, tiré par les cheveux.


Officiellement, tout va très bien, madame la marquise.

Le groupe Carrefour, dans sa communication (mode je suis simple, depuis Massy, le nouveau siège), roule du tambour, mais pourtant, il n’y a pas de quoi ! Nous y reviendrons. Lorsque l’on regarde la présentation qui en est faite par le groupe, on a l’impression que tout va bien. On ne remarque pas que, en France du moins, les parts de marché ont continué leur glissade, pour partie du fait de l’arrêt des magasins Dia qui ont été fermés au milieu de l’année 2018, mais pour une autre partie, malheureusement, du fait de pertes de parts de marché face à la concurrence, ce dont nous avons déjà parlé, notamment dans la rubrique Scoop Toujours. Officiellement tout va bien vous dis-je : les ventes ont augmenté à change constant de 1,4 %, le revenu opérationnel courant est en hausse de 4,6 % à 1,938 milliard d’euros… et l’on nous annonce qu’il y a eu déjà pour 1 milliard d’euros de réduction de coûts, le plan qui visait une réduction de l’ordre de 2 milliards d’euros d’ici à 2020 (première étape du plan à cinq ans) est porté à 2,8 milliards d’euros. On est prié d’applaudir, c’est comme au cirque, le clown ne peut louper son numéro.


Peu de comparables.

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