Un sénateur souhaite ouvrir le débat sur les contreparties aux aides sociales.

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Philippe Adnot, sénateur de l’Aube : « Nous n’avons pas construit une société de l’effort. »

Philippe Adnot est sénateur de l’Aube. Il n’est inscrit à aucun groupe politique, il a longtemps soutenu François Bayrou sans être membre du MoDem et on peut le présenter comme un centriste libéral. Ancien président du Conseil général de l’Aube, il souhaite ouvrir la question des contreparties aux aides sociales. En effet, le Premier ministre, Édouard Philippe, a déclaré qu’il n’était pas hostile à cette idée. Toutefois, le gouvernement a rétropédalé sur cette question. Philippe Adnot aborde ce sujet dans nos colonnes.


L’Hebdo-Bourseplus : On parle des contreparties aux aides sociales depuis plusieurs années, pensez-vous que l’opinion publique soit prête à aborder cette question ?

Philippe Adnot : J’ai réagi à la prise de position du Premier ministre, Édouard Philippe, dans le Finistère, où il a évoqué très clairement l’idée de contreparties aux aides sociales. C’est une idée que j’ai depuis extrêmement longtemps et que j’ai suggérée dans différentes occasions, puisque j’ai été président du département de l’Aube pendant 27 ans. Je fais partie des très rares parlementaires qui n’avaient pas voté le texte sur le RSA au Sénat. Je m’étais abstenu, parce que j’avais expliqué que, après une analyse de mes services, quelqu’un qui bénéficierait de cette aide gagnerait plus que quelqu’un qui aurait un contrat à durée indéterminée au SMIC... J’avais expliqué que l’on ne peut pas, à ce point, dévaloriser l’acte de travailler. Il faut cumuler l’ensemble des aides possibles quand on analyse ce sujet et c’est très vaste. Dans mon département de l’Aube, il y a 300 000 habitants et 10 000 personnes qui sont au RSA.

Nous sommes dans cette situation assez paradoxale où nous avons des gens qui travaillent et qui n’en peuvent plus. Il y a tous ceux qui travaillent dans les hôpitaux ou dans les maisons de retraite. Les personnes âgées arrivent de plus en plus tard dans les maisons de retraite et elles sont de plus en plus dépendantes. Les prix sont déjà à la limite de ce que l’on peut faire accepter comme coûts aux familles et, avec les petites retraites, on voit bien que les gens ne peuvent pas financer cela. Les prix sont maîtrisés et l on a un personnel qui est épuisé et qui n’a pas le temps de faire tout ce qu’il aimerait faire, comme écouter la personne qui a quelque chose à dire et qui va se répéter. Donc, c’est difficile. De l’autre côté, on a des gens disponibles, que je ne critique pas, puisque la loi ne leur demande pas de rendre une contrepartie. Il est normal que la solidarité nationale soit généreuse.

En face, il doit y avoir une demande de contreparties pour que les gens se trouvent bien dans la société, mais il y a aussi tout un tas de gens qui se comportent en prédateurs. Je connaissais une famille relativement aisée dans un village - vous savez que, maintenant, les enfants peuvent toucher le RSA, même si la famille a très largement les moyens - or si l’on demandait à cette jeune personne, dont les parents sont aisés, de balayer les trottoirs de la commune, je crois qu’elle craquerait au bout d’une journée et qu’elle se dépêcherait de trouver un autre statut ! On a aussi une quantité de gens qui profitent de la situation et qui préfèrent ne pas travailler pour bénéficier de la société d’une certaine manière. Pour que les gens acceptent d’aller faire les vendanges, il a fallu que le président du Conseil général qui m’a succédé dise qu’il est possible de cumuler les indemnités du RSA et celles des vendanges. Sinon, on ne trouvait personne… Tout cela n’est pas sain dans une société.

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