LVMH : un conglomérat à la formidable réussite, surtout dans la distribution spécialisée.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 15 février 2019 (numéro 978) : “Perspectives 2019 : les bonnes surprises... et les moins bonnes”. Bonne lecture !!!

La boutique (murs), le boutiquier (fonds de commerce), voilà, pour résumer, l’ambition de Bernard Arnault, surnommé, très régulièrement dans nos colonnes, « Saint Bernard ». Dans son enfance du Nord, il a pu constater, de ses yeux, le déclin des usines, de l’industrie. Après la prise de contrôle du groupe des frères Willot, au début des années 1980, avec l’aide active de Pierre Mauroy, Premier ministre socialiste, qui était bien content de trouver un « gars du Nord », fils de Pierre Arnault (il fut longtemps lecteur, fidèle abonné à la lettre La Bourse), promoteur immobilier et lotisseur local qui avait ses stands aux fêtes du PS, comme à celle de tous les partis politiques, afin d’éviter la déconfiture totale du groupe anciennement connu sous le nom de Boussac, constitué et racheté par les quatre frères Willot. Les “Dalton” (leur surnom) n’avaient pas l’envergure pour le développer. Les 39 heures payées 40, la cinquième semaine de congés payés, dans une industrie où les marges étaient extrêmement ténues, cela n’est pas passé. On ne s’en souvient plus, mais à l’époque, le groupe Peugeot fut obligé de passer la main de l’industriel Parayre à un ancien banquier, Jacques Calvet, afin que, par ses relations, il puisse obtenir des banques de quoi faire la paie, certains mois. C’était avant le succès de la 205 et celui de la BX, qui, comme les 308 et 3008 d’aujourd’hui, ont formidablement renfloué les comptes.


Au début, “saint Bernard” était “sans le sou”.

On a du mal à l’imaginer aujourd’hui, puisque LVMH vaut 146 milliards d’euros en Bourse, mais Bernard Arnault, lorsqu’il a repris les parts des frères Willot, n’avait pas beaucoup d’argent devant lui, certains disent qu’il n’avait pas le premier franc, et que sa fortune se comptait en centaines de milliers de francs, certainement pas en millions. Les quatre frères Willot avaient peur d’aller en prison, suite à la déconfiture de leur empire, plus ou moins sous surveillance de la rue de Rivoli (le ministère de l’Economie et des Finances s’y situait, avant d’être installé à Bercy), et ils ont consenti un crédit vendeur, Bernard Arnault s’est « payé sur la bête », en vendant des actifs, comme notamment les magasins Korvette, ou encore les couches Peaudouce. Il a bénéficié également d’un crédit public, qui fut remboursé rubis sur l’ongle, avec les intérêts. Il restait des sous, cela a pu permettre de restructurer, de recentrer, de garder les actifs qui étaient convoités, et éventuellement de les relancer.


Entré comme “ami” chez LVMH.

Parmi les actifs, il y avait la maison de couture Christian Dior, naguère rachetée par le roi du textile (et de la presse), Boussac, il y avait aussi Le Bon Marché, et il y avait quelques autres actifs, de taille moindre, mais avec parfois des immeubles bien placés. Un peu plus tard, fort de la belle petite cagnotte qu’il s’était faite en vendant Peaudouce et d’autres actifs, fort de l’arrêt de pertes dans un certain nombre d’actifs du textile, qui furent externalisées, Bernard Arnault, qui possédait la marque Christian Dior dans la couture, a été sollicité pour devenir actionnaire de LVMH, où les héritiers de la famille Vuitton se disputaient avec ceux des familles Moët et Hennessy, Alain Chevalier, issu de Moët Hennessy, ayant beaucoup de difficultés à imposer la paix à Henry Racamier, gendre d’une héritière Vuitton. Racamier avait redéveloppé formidablement Louis Vuitton, en prenant comme axe de développement la construction, un peu partout dans le monde, dans les endroits les plus chics, de boutiques où le groupe vendait ses produits, au-delà du luxe, parfois en toile cirée, à bon prix, sans marge d’intermédiaire, alors que, avant sa venue, le malletier avait un faible réseau de distribution en propre. Depuis la fin des années 1980 et la prise de contrôle, à la hussarde, via une alliance avec Guinness (devenu Diageo désormais), le groupe de Bernard Arnault a, progressivement, pris le contrôle du capital, de krach en krach, et ce, sans OPA, grâce à des dispenses de la COB, devenue AMF ultérieurement.

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