Laurent Gbagbo "Libre - Pour la vérité et la justice"
LITTÉRATURE
La Cour pénale internationale a acquitté ce mardi 15 janvier Laurent Gbagbo, en ordonnant sa mise en liberté immédiate. On découvre progressivement que tout ce qui avait été relayé par les médias institutionnels auprès de l’opinion publique, fin 2010, était infondé. Sommes-nous face à une nouvelle manipulation de l’histoire, après celles concernant la première guerre du Golfe, le charnier de Timisoara en Roumanie, la deuxième guerre du Golfe, la Libye ? Au départ, on monte des « fake news », ou « infox », à partir d’allégations non vérifiées, voire falsifiées ou délibérément mensongères, on désigne un méchant, 98 % de l’opinion publique s’indigne, on déclenche une guerre... Puis on oublie… Finalement, c’est seulement dix à quinze ans plus tard que l’on découvre la vérité, pratiquement dans l’indifférence générale… S’agit-il du même processus pour l’affaire Gbagbo ? Le journaliste François Mattéi a rencontré à plusieurs reprises l’ancien président ivoirien dans sa cellule à La Haye et les deux hommes ont écrit un livre qui est sorti en décembre dernier. Aujourd’hui, avec l’annonce de la libération de Laurent Gbagbo, cet ouvrage figure dans le classement des 10 meilleures ventes d’Amazon.
François Mattéi souligne que «le « Gbagbo gate » est quelque chose d’énorme, de terriblement scandaleux ! Ce ne sont pas simplement des mots, car il y a une réalité abominable derrière, avec la fabrication d’un dossier. La Cour pénale internationale est un instrument de justice qui se veut universel. Au départ, la fondation de la CPI était quelque chose de noble dans lequel on pouvait éventuellement croire. Or, il faut savoir que ce n’est pas la CPI qui a monté le dossier, mais le bureau du procureur qui avait une façon très politique de fonctionner avec Luis Moreno Ocampo, proche du Quai d’Orsay et Monsieur Ouattara, qui voulait éliminer politiquement Monsieur Gbagbo. On a retrouvé les preuves de tout cela à travers des échanges de mails entre la CPI, le Quai d’Orsay, Monsieur Ouattara en Côte d’Ivoire et, en toute illégalité, ils ont décidé de programmer l’élimination de Laurent Gbagbo à la CPI. Ensuite, la procureure a produit des témoins. Elle devait en produire 138, mais ils se sont arrêtés, découragés, à 82 parce que cela tournait à la confusion de l’accusation, étant donné qu’aucune preuve n’était apportée et que certains montages apparaissaient très clairement. Donc, cela a été une catastrophe. En revanche, il faut souligner que contrairement à ce qui se dit partout, les journalistes relaient que c’est un échec de la CPI, ce qui sous-entend qu’une réussite de la CPI aurait été une condamnation de Gbagbo, alors que j’estime que les magistrats de la CPI viennent de sauver leur honneur et, peut-être, fonder la légitimité de cette institution ».
Revenons à l’origine de cette affaire. La quasi-totalité des Français sont encore sur le scénario suivant : des élections sont organisées en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo perd ces élections, le camp Gbagbo sème des troubles et trafique les résultats. Gbagbo est retranché dans son palais présidentiel et Nicolas Sarkozy fait valoir le droit : « C’est ce que l’on a lu dans beaucoup de journaux et certains continuent de diffuser cette version. Laurent Gbagbo a été élu en 2000 et, en 2002, la Côte d’Ivoire a été plongée immédiatement dans le chaos en raison d’une attaque du Burkina Faso, c’est-à-dire un coup d’État armé par la France. On a aujourd’hui les preuves que des militaires français ont participé à ce coup d’État et on a aussi les preuves que Monsieur Ouattara a donné de l’argent pour financer ce coup d’État. À l’issue de cette opération, le pays a été coupé en deux puisque 60% du territoire de la Côte d’Ivoire était occupé par des gens en armes et cela a duré pendant des années. On a reproché à Laurent Gbagbo de ne pas organiser une nouvelle élection présidentielle, mais comment pouvait-il organiser une élection dans un pays coupé en deux, avec des gens en armes dans la moitié du pays ? Il y a des discussions avec les rebelles et Laurent Gbagbo accepte de prendre des rebelles dans son gouvernement, notamment Guillaume Soro, qui était le chef militaire des rebelles, tout cela dans un but d’apaisement. Ensuite, les élections sont organisées. Laurent Gbagbo gagne l’élection présidentielle puisque le Conseil constitutionnel, seule instance habilitée à valider le résultat d’une élection, déclare Gbagbo vainqueur. Ceux qui déclarent la victoire de Ouattara sont ceux que l’on appelle la communauté internationale, à savoir l’ONU, qui avait un pouvoir de certification sur la méthode et les techniques employées, mais pas sur le résultat, qui appartient au peuple ivoirien. Le résultat d’une élection présidentielle appartient au peuple de ce pays et aux institutions de ce pays : peut-on imaginer qu’en France, le résultat d’une élection présidentielle, en cas de litige, soit tranché par l’ONU ? Le coup d’État se fait de cette façon et Gbagbo est déclaré vaincu par les instances internationales, alors que le Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire le déclare vainqueur. Même le parti de Monsieur Ouattara avait reconnu, à l’issue du second tour, qu’il y avait eu une participation en baisse, mais qui atteignait quand même 70 %. Il y a des traces de tout cela. Ils ont proclamé les résultats au siège de campagne de Monsieur Ouattara. On n’a jamais vu cela, celui qui a déclaré les résultats était encadré par l’ambassadeur de France et l’ambassadeur des États-Unis... En plus, ils annoncent 83 % de participation. Donc, on a rajouté 13 % de participation pour faire gagner Monsieur Ouattara... La crise s’installe au mois de novembre 2010 et, au moment des fêtes, il y a deux présidents puisque les deux s’étaient proclamés… À ce momentlà, les avocats de Laurent Gbagbo demandent le recomptage des voix sous autorité internationale. L’ONU répond que ce n’est pas juste, on se demande pourquoi, mais on apprend que l’ONU avait fait détruire tout le matériel électoral, dont tous les bulletins ! Pourquoi l’ONU a-t-elle fait détruire tout le matériel électoral qui constitue les preuves du résultat ? C’est du jamais vu. Tout ce dossier a été monté pour faire battre Gbagbo, le chasser du pouvoir, et on l’a transféré à la CPI en dehors de toute légalité puisque la Côte d’Ivoire, à ce moment-là, n’avait même pas signé le statut de Rome qui fondait la CPI. Ce statut a été signé par Monsieur Ouattara deux ans après l’incarcération de Gbagbo. Tout a été monté de façon rapide et artificielle. Ensuite, le procureur a monté un dossier qui n’a pas tenu la route devant les juges et il faut rendre grâce aux juges qui ont dit le droit, puisque Gbagbo a toujours réclamé que l’on examine les faits : c’est ce qu’a fait la CPI ».
Alors, quel avenir pour Laurent Gbagbo maintenant ? François Mattéi explique que « Laurent Gbagbo va rentrer dans son pays, il a été acquitté. Henri Konan Bédié, ancien président de la République de Côte d’Ivoire, qui a été l’allié de Ouattara pendant un certain temps, vient de se féliciter du retour de Laurent Gbagbo. Ce sera une bonne chose pour la réconciliation. Il a tous les droits aujourd’hui. On a brisé son parcours politique, on a brisé la vie de la Côte d’Ivoire, on a criminalisé ses partisans... Aujourd’hui, la Cour pénale internationale a dit qu’il était innocent... Il a tous les droits ». Il y a donc une probabilité qu’il soit réélu président de la République : « C’est tout à fait possible puisque c’est en 2020, donc demain ». Nicolas Sarkozy avait ordonné à l’armée française de capturer Laurent Gbagbo. Que peut-il se passer maintenant vis-à-vis de la France ? François Mattéi souligne que « dans ce procès, on parle beaucoup de Monsieur Ouattara, de Monsieur Gbagbo ou de la CPI, mais il y a un acteur qui manque étrangement : la France, sans qui rien ne se serait passé de cette façon... La France a été présente diplomatiquement, économiquement et militairement dans ce dossier, mais on n’en parle pas. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles le procès s’est arrêté, parce que la parole allait passer à la défense et personne n’y avait intérêt. L’histoire va s’écrire ».
« Libre – Pour la vérité et la justice » de François Mattéi et Laurent Gbagbo est publié chez Max Milo.
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