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L’Europe veut favoriser l’émergence de grands groupes dans le domaine du numérique.
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Rudy Aernoudt : « L’échec, c’est la base du succès et il faut échouer pour arriver. »
Rudy Aernoudt est professeur d’université, économiste et homme politique belge. Il est la seule personnalité belge à avoir mené une carrière des deux côtés de la « frontière linguistique ». Il est également le seul à avoir été directeur de cabinet au niveau européen, belge, wallon et flamand. Aujourd’hui, ce libéral convaincu rencontre les entreprises innovantes dans toute l’Europe car il conseille la Commission européenne sur un sujet important : comment favoriser l’émergence de grands groupes européens dans le numérique ? En effet, les Européens créent de nombreuses entreprises innovantes, toutefois, lorsque celles-ci atteignent une certaine taille, elles partent s’installer aux États-Unis…
L’Hebdo-Bourseplus : Vous conseillez la Commission européenne sur les questions liées aux start-up et à la nouvelle économie. Vous souhaitez la naissance d’un écosystème européen qui permettrait de faire émerger les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) européens de demain. D’abord, est-ce quelque chose qui se décrète car, chaque fois qu’il y a une intervention publique, cela ne marche jamais ?
Rudy Aernoudt : C’est vrai, cela ne se décrète pas. Ce n’est pas à l’État de décréter cela, c’est une question fondamentale sur le rôle de l’État. Pour moi, l’État est déjà trop important dans des pays comme la France ou la Belgique car plus il y a d’État, moins il y a d’esprit d’entreprendre ! Ensuite, c’est avant toute une question de mentalité, car la vie est trop courte pour travailler pour un patron… Si les gens réalisent cela, on va y arriver. Il faut que les Européens arrêtent de penser qu’ils ne sont pas aussi bien que les Américains, j’appelle cela le syndrome de Calimero, c’est-à-dire : « Je suis petit et je dois rester petit… » Il faut changer les mentalités et c’est pour cette raison que je vais parler partout en Europe pour inciter les entrepreneurs à être positifs. Maintenant, le secteur public doit mettre en place des instruments, pas avec de l’argent public, mais en canalisant l’argent privé. Regardez les GAFA, il y a beaucoup de ces grandes entreprises américaines qui sont nées en Europe. Je prends l’exemple de Criteo, qui est une entreprise française, ou Skype, qui est une entreprise estonienne… Toutes ces entreprises ont commencé par trouver de l’argent en Europe, mais à partir d’une certaine taille, elles ne trouvent plus d’argent et elles partent aux États-Unis.
L’Europe permettra-t-elle l’émergence de grandes entreprises lorsque nous aurons une réelle harmonisation fiscale et sociale entre tous les pays ?
Il est très facile de savoir ce que l’on doit faire et un rapport a été demandé par le Parlement européen, il y a quatre ans : cela s’appelait « Le coût d’une non-Europe ». On sait ce que l’on doit faire et la priorité de la Commission européenne doit être de mettre fin au marché unique. Lorsque ce sera fait, nous n’aurons plus aucun inconvénient par rapport aux États-Unis, parce que notre marché ne sera plus fragmenté. L’harmonisation fiscale est moins importante : ce qui est important, c’est d’abord le marché unique. Une fois que nous aurons le marché, on pourra lutter avec les mêmes armes que les Américains, d’autant que nous avons plus d’habitants. Ensuite, nous pourrons mettre en place les instruments dont nous avons besoin. Il faut aussi donner la chance aux gens de commencer mais, en même temps, quelqu’un qui se casse la figure doit avoir la possibilité de recommencer une deuxième ou une troisième fois…