Vers la révolution. Et si la France se soulevait à nouveau ?
LITTÉRATURE
En mars dernier, Fabrice Grimal, un entrepreneur d’une trentaine d’années, publiait son premier essai intitulé « Vers la révolution. Et si la France se soulevait à nouveau ? ». Dans ce livre, il expliquait que le décalage entre le peuple et les élites était de plus en plus fort, que nous étions dans un climat révolutionnaire, notamment en raison de la hausse de la fiscalité, et que sous l’influence des réseaux sociaux, une révolution était susceptible de se déclencher… Cet ouvrage était alors passé inaperçu, car beaucoup de journalistes avaient estimé que cette analyse n’était pas sérieuse… Une révolution sous Emmanuel Macron ? Impensable ! Or, il est arrivé ce qui est arrivé et nous avons demandé à Fabrice Grimal de nous livrer ses commentaires : « Avant la révolution, il y a forcément des prémices. Avant la révolution bolchevique de 1917, il y a eu la révolution de 1905... Il se passe toujours des choses avant et peut-être que les Gilets jaunes sont les prémices d’un soulèvement futur. Bien malin celui qui peut prévoir jusqu’où cela va aller… Ce qui m’a marqué, c’est la maturité stratégique de ce mouvement, parce que nous avons affaire à des gens qui font de la politique pour la première fois, des gens qui n’avaient jamais manifesté, des abstentionnistes qui, d’un seul coup, s’engagent dans un combat… Pour avoir participé aux manifestations trois samedis de suite à Paris, je peux vous dire que nous avons des gens très connectés : ils peuvent venir de province, être au chômage ou avoir des emplois mal payés, mais ils sont très au courant de ce qui circule sur Internet et sur les réseaux sociaux, et de tout ce qui se passe dans les rues. Ils savent parfaitement comment la police et les médias fonctionnent et ils ont d’excellentes intuitions, comme refuser tout porte-parole… Sur les réseaux sociaux, on s’aperçoit que ceux qui parlent à la télévision sont considérés comme illégitimes par l’écrasante majorité des Gilets jaunes. L’establishment réclame, depuis le début, des délégués pour les Gilets jaunes, car c’est facile, on peut acheter un délégué, un bac + 3 qui se retrouve face à un énarque inspecteur des finances et qui se fait manger en 30 secondes parce qu’il ne fait pas le poids sur le plan de la rhétorique ! Donc, Jacline Mouraud peut dire ce qu’elle veut, elle n’est suivie par personne, puisque tout se fait dans les groupes Facebook et dans la rue… »
Le mouvement a commencé par des protestations contre l’excès de fiscalité sur le carburant. Depuis, il a évolué sur nombreux autres sujets. Fabrice Grimal estime que cette orientation est cohérente : « On est parti sur les taxes et les impôts au tout début et, au bout d’une semaine, on était déjà passé à « Macron démission ». Les gens ont été très vite amenés à s’interroger sur l’évolution démocratique des institutions, avec le RIC (Référendum d’initiative citoyenne). Les médias ont aussi voulu appuyer sur les contradictions des Gilets jaunes, qui voulaient plus de taxes et plus de services publics... Quand on pose ces deux questions en même temps, on s’interroge immédiatement sur la création monétaire et la loi de 1973... Ce sont de nombreuses choses qui ont été débattues, mais maintenant tout se concentre sur le RIC. Il s’agit de permettre aux gens d’être souverains. Emmanuel Macron fait totalement le sourd à cette revendication, qui saperait les bases de son pouvoir et de sa relation avec l’Union européenne, mais c’est devenu la revendication massive. Les médias préfèrent noyer le mouvement sous un flot de revendications présentées comme contradictoires, en évitant de donner une cohérence à cet ensemble, mais la question démocratique est vraiment au cœur du sujet. »
Le pouvoir a peur du Référendum d’initiative citoyenne, tout le monde le sait, car il s’agit d’éviter la question de l’immigration. C’est une évidence pour Fabrice Grimal : « Le Référendum d’initiative citoyenne permettrait de débloquer des situations qui sont inextricables depuis plus de quarante ans, c’est notamment le cas de l’immigration. Le débat a été totalement biaisé par François Mitterrand. C’est un débat bloqué. On n’a jamais demandé la parole aux Français sur ce sujet, car tout le monde connaît la réponse. Tout le monde sait que l’immigration est l’arme de réserve du capitalisme pour faire baisser les salaires, pour servir de moyen de pression sur les salariés. L’ennemi économique du migrant, c’est le migrant encore plus récent, on sait que c’est une stratégie patronale depuis longtemps… Le vrai problème serait pour Jean-Luc Mélenchon de se positionner une fois que les Français auraient voté à 70 % pour fermer les vannes de l’immigration. Une seule question changerait totalement le paysage politique du pays, c’est pour cette raison qu’il faut l’éviter. »
Les médias focalisent le discours des Gilets jaunes autour de l’ISF. N’est-ce pas un risque de marquage à gauche du mouvement ? Fabrice Grimal souligne qu’une telle approche est une erreur : « On est dans l’immaturité économique. Le problème, c’est le seuil : si Macron avait laissé l’ISF en l’état en passant la barre de 1,3 million à 2 millions, la plupart des gens auraient pensé que c’était raisonnable et la mesure serait passée tranquillement. L’erreur a été de commencer par la réforme de l’ISF et, surtout, de faire la séparation entre le financier et l’immobilier. Mais cela concerne toutes les classes moyennes supérieures qui ont un petit patrimoine, elles vont continuer de payer alors que ces gens ne sont pas des très riches. Il aurait fallu tout simplement remonter le seuil pour laisser respirer davantage de gens. Finalement, il a choisi toutes les mauvaises manières d’aborder ce sujet. Les très riches sont totalement inaccessibles : donc, on s’attaque à la classe moyenne supérieure, celle qui ne peut pas partir, celle qui est attachée à son territoire, alors que les très riches sont totalement hors-sol ». L’autre enseignement de ces dernières semaines, c’est la violence des manifestations et Fabrice Grimal livre une analyse originale sur les casseurs : « Il y a eu un changement d’état d’esprit après trop d’humiliations et trop de gazages. Les gens ne justifient pas la casse, mais ils estiment que ce n’est pas à eux de courir après les casseurs ! C’est le travail de la police, qui doit se débrouiller. C’est un climat insurrectionnel. Évidemment, je ne cautionne pas ce qui s’est passé, mais les black blocs apportent une certaine culture de l’émeute et une certaine expérience tactique. Au début, vous ne répondez pas, c’était très Gandhi... Or, au fur et à mesure, l’état d’esprit a évolué et les gens ont observé la casse en se disant pourquoi pas… Il faut bien comprendre qu’il y a eu beaucoup de mépris et une répression terrible ».
En conclusion, tout cela nous rappelle que la situation reste fragile : « Il ne faut jamais un effort de dingue pour faire tomber le système qui s’effondre toujours comme un fruit mûr au moment où il doit tomber. Il s’agit simplement de secouer l’arbre. Emmanuel Macron est aux abois. Le soutien des forces de l’ordre tient au paiement des heures supplémentaires, au respect de la hiérarchie pour les subordonnés et au non-respect des subordonnés pour leur chef suprême, Christophe Castaner, un ancien joueur de poker marseillais… Donc, c’est quand même beaucoup demander que d’obéir à ça, quand on a trente ans de carrière dans la police ! »
« Vers la révolution. Et si la France se soulevait à nouveau ? » de Fabrice Grimal est publié aux Éditions J-C Godefroy.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.