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Le Crowdfunding doit se restructurer pour à nouveau inspirer confiance.
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Philippe Gaborieau, fondateur d’Happy Capital : « La fin de l’ISF a donné un grand coup de frein dans l’investissement en capital dans les PME. »
Le Crowdfunding (financement participatif) est en perte de vitesse. Les articles négatifs sont de plus en plus nombreux, notamment sur la quantité importante de défaillances et la mauvaise sélection des dossiers. Maintenant, ce sont les plates-formes de Crowdfunding qui sont menacées, avec notamment la récente liquidation judiciaire d’Unilend ou le repositionnement de Smartangels. Pourtant, Philippe Gaborieau, fondateur d’Happy Capital, un acteur majeur du Crowdfunding en France, continue d’y croire, car la concentration du secteur est une opportunité d’identifier les dossiers les plus musclés et de rendre plus drastiques encore les critères de sélection : « Le Crowdfunding n’est pas mort, il mute. Des projets plus solides vont être financés et des technologies plus ergonomiques et plus efficaces en capacité à fédérer apparaissent. Au contraire, les procédés s’améliorent et le Crowdfunding devient, encore un peu plus, un formidable moyen de faire émerger les initiatives de demain. » Notons que Happy Capital a réalisé l’une des plus importantes levées de fonds en Equity Crowdfunding, d’un montant de plus de 800 000 euros, pour un vaccin thérapeutique contre le Sida, pour la société Biosantech. Philippe Gaborieau répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : On a beaucoup parlé du Crowdfunding il y a quelques années, mais on a le sentiment que cette technique a perdu de son attractivité. Que s’est-il passé ?
Philippe Gaborieau : Il y a plusieurs éléments qui sont différents selon le type de Crowdfunding. On cite le Crowdfunding en général, mais il y a derrière plusieurs produits. On parle toujours du don, du prêt et de l’equity, mais les agréments et les modèles économiques sont différents. Selon les modèles, il y a certainement eu des erreurs. Pour les prêts, je pense que les plates-formes n’ont pas trouvé le bon modèle, puisqu’elles ne sont toujours pas rentables. Au bout de trois ou quatre ans d’existence, elles ne peuvent pas s’imaginer continuer leur activité sans être rentables uniquement parce qu’elles ont levé des fonds. Elles sont sur un modèle sur le montant levé, qui est de 4 % mais, dans le détail, on observe que les plates-formes travaillent avec des intermédiaires pour sourcer les projets ou les investisseurs. Déjà, pour sourcer les projets, elles rétrocèdent immédiatement 1 %. C’est donc une aberration : elles font du Crowdfunding pour désintermédier, mais elles commencent déjà par mettre un intermédiaire au milieu ! Beaucoup de plates-formes travaillent avec des rabatteurs qui leur apportent des dossiers et qui sont rémunérés.
Donc, on multiplie les intermédiaires, ce qui est une erreur. Ensuite, les plates-formes se sont rendu compte qu’il n’était pas simple de trouver des prêteurs et ils sont sollicités pour ouvrir des comptes, parfois même avec de l’argent. Une plate-forme de Crowdfunding n’a pas les moyens d’une banque pour investir 20 à 80 euros pour acquérir un client dont on sait qu’il ne pourra pas investir plus de 2000 euros par projet. Enfin, on passe par des prestataires de paiement - c’est une obligation légale, puisque l’on n’a pas le droit de récolter des fonds - des tiers certificateurs pour la signature électronique et l’on rajoute encore à peu près 1 % de plus. Donc, les plates-formes vivent en gagnant 2 % sur le montant levé et ce n’est pas viable. Tant qu’elles ne changeront pas leur modèle, ce ne sera pas viable. Je viens de recevoir trois dossiers de plates-formes qui souhaitent arrêter leur activité. En l’état, il faut changer de modèle, chacun trouvera midi à sa porte. Nous sommes en train de nous positionner sur le prêt et nous allons travailler sans apporteurs d’affaires. Aujourd’hui, il y a eu assez de buzz autour du Crowdfunding pour que les porteurs de projets soient suffisamment au courant de l’existence de ces plates-formes.
Il y a aussi beaucoup d’inquiétudes sur la question du taux de défaut des entreprises…