Réseaux sociaux : un virage vers davantage de protection des données personnelles.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Thomas Fauré, fondateur de Whaller : « Ce que fait Facebook à ses 2,2 milliards d’utilisateurs constitue un préjudice irréparable : cibler nos habitudes, exploiter nos données personnelles, les revendre, etc. »

Une ONG française, Internet Society France, a entrepris une action de groupe contre Facebook pour non-respect du récent Règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD), entraînant des « atteintes récurrentes aux libertés et à la vie privée ». Cette ONG a adressé une mise en demeure à Facebook en l’enjoignant de répondre à sept griefs. Conformément aux dispositions du RGPD, Facebook disposera de « quatre mois pour répondre » avant que l’affaire ne soit portée devant le tribunal de grande instance de Paris. La procédure s’inscrit dans l’initiative « eBastille », lancée par l’association, qui vise à « encourager les citoyens européens à prendre en main leur destin numérique ». Cette affaire permet de mesurer à quel point la protection des données personnelles constitue un point sensible pour les réseaux sociaux.

Dans ce contexte, un réseau social français se développe en axant sa communication sur la protection des données. Du nom de Whaller, il se situe dans un positionnement spécifique, car le site permet de créer et d’administrer une infinité de réseaux (appelés sphères) à partir d’un seul et même compte, afin de maîtriser ses communications, ses communautés et son audience. Le succès est au rendez-vous puisque Whaller comptabilise déjà plus de 250 000 utilisateurs inscrits et plus de 10 000 organisations créées. Thomas Fauré, fondateur de Whaller, présente sa démarche et commente la plainte formulée par l’Internet Society France à l’encontre de Facebook.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes à l’origine d’un nouveau réseau social qui axe sa communication sur la protection des données personnelles. Quel est votre positionnement ?

Thomas Fauré : On parle beaucoup de l’usage personnel des médias sociaux, pour des relations entre amis ou en famille, c’est ce qu’était Facebook au départ, mais on observe aujourd’hui que l’ensemble des relations humaines ne sont pas du tout restreintes aux relations privées : on a des relations au sein de son entreprise, on a des relations dans le milieu associatif... Nous travaillons plutôt sur ce volet, c’est-à-dire les relations que l’on peut avoir dans le cadre d’organisations. Whaller est un outil qui permet d’organiser des relations sociales et professionnelles, plutôt que des relations amicales et familiales. Notre produit est vraiment fait pour cela. Si l’on s’adressait aux usages privés, nous devrions conquérir un large public. C’est une vision que nous avons à moyen terme mais, pour amener du monde sur notre plate-forme, nous préférons nous adresser à des organisations. Dès lors que vous êtes dans une entreprise, tous les salariés vont s’y mettre et l’adoption sera beaucoup plus rapide.

Il est très important de comprendre que nous ne sommes pas sur les mêmes usages que Facebook. Les réseaux sociaux se sont aussi intéressés à cet aspect des relations au sein des organisations. Facebook est aujourd’hui vendu à des entreprises, ce sont en réalité les mêmes produits, mais qui permettent d’organiser des relations au sein d’une organisation. Notre approche est radicalement différente car le principe de Facebook est que tout le monde peut être connecté à tout le monde sur la même plate-forme. Or, le principe de Whaller est que chaque organisation va pouvoir créer son propre réseau, qui est isolé, et ensuite connecter les gens entre eux. Nous avons des milliers de réseaux qui sont étanches et qui permettent à n’importe quelle personne de fédérer des gens dans un cadre donné. Le design est aussi différent.

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