Le gouvernement prépare un plan pour sauver et développer les commerçants indépendants.

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Benoit Potterie, député LREM du Pas-de-Calais : « Le commerce n’est pas mort, il doit simplement s’adapter aux évolutions des comportements des consommateurs. »

Benoit Potterie est un élu issu de la société civile. Il était auparavant opticien et il est aujourd’hui député LREM du Pas-de-Calais. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il aborde la question de l’avenir du commerce indépendant à travers plusieurs domaines. À l’Assemblée nationale, il vient d’interroger Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique, sur un sujet particulier : le déréférencement des indépendants par les grandes plates-formes de commerce en ligne. Ainsi, les entrepreneurs sont victimes de « frais imposés, contrefaçons, déréférencement brutal et inexpliqué et, dans la plupart des cas, une absence d’interlocuteur dédié qui a pour effet d’amplifier chacune de ces difficultés. Aujourd’hui, alors que ces intermédiaires deviennent incontournables, ces contraintes ne sont plus seulement des obstacles pour nos entrepreneurs : pour certains, c’est même la survie de leur activité qui est menacée ». Mounir Mahjoubi a répondu : « Bruno Le Maire a, il y a quelques mois, via la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, saisi la justice sur les clauses contractuelles abusives imposées par Amazon. En ce moment, l’Union européenne discute du projet de règlement Platform to business, en vue de rééquilibrer la relation entre les entreprises et ces plateformes ».


L’Hebdo-Bourseplus : La question de l’avenir du commerce indépendant concerne plusieurs sujets. D’abord, quelle photographie faites-vous du commerce indépendant en France et des inquiétudes que l’on entend formuler ?

Benoît Potterie : Le commerce représente plus de 500 000 établissements en France, 1,5 million d’emplois et 415 milliards de chiffre d’affaires, ce n’est pas négligeable dans l’économie française. Cependant, le chiffre d’affaires du commerce baisse régulièrement depuis une dizaine d’années, en moyenne de 4 à 6 % par an et, sur les six premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires des commerces a baissé de 8 %. Dans le même temps, celui du commerce en ligne progresse, avec + 10 % sur les premiers mois de l’année, voire + 14 % depuis le mois d’octobre. En tant qu’ancien opticien, je rencontre pas mal de fédérations de commerçants et elles me disent toutes que ces chiffres sont confirmés. Il faut réagir, parce qu’il y a une forte distorsion de concurrence entre le commerce physique et le commerce en ligne, puisque le commerce physique est soumis aux impôts locaux et aux taxes locales. Il existe plus de 85 taxes pour les commerces physiques ! Je ne dis pas qu’un commerçant paie 85 taxes mais, quand on répertorie toutes les taxes qui existent, il en existe 85 alors que les sites Internet sont soumis à 3 taxes ! Je souhaite m’attaquer à cette distorsion de concurrence parce que, si l’on continue comme ça, il n’y aura plus de commerce dans les centres-villes et dans les villes moyennes. Le commerce indépendant est un lieu de rencontres, c’est quelque chose d’important pour créer du lien social, c’est ce qui permet aussi aux gens de sortir. Bien entendu, il faut faire évoluer le commerce indépendant : j’ai bien conscience que le commerce à la grand-papa, c’est terminé et que le comportement du consommateur évolue. Mais si l’on ne met pas un sac à dos avec des pierres sur le dos des commerçants, ils pourront s’adapter aux nouveaux comportements des clients.


On ne peut pas séparer cette réflexion de la politique de stationnement dans les villes… On a l’impression qu’il n’y a pas de recette magique, parce qu’il y a des villes avec des centres piétonniers qui fonctionnent très bien, tandis qu’ailleurs cela ne marche pas du tout…

Il n’y a pas de recette miracle. Les maires ont la volonté d’avoir un centre-ville dynamique, de mettre en place des choses et, pour la première fois depuis les années 70, le gouvernement a entrepris un plan d’action à travers Cœur de ville : ce sont 222 villes qui ont été retenues et qui bénéficieront d’un fonds de 5 milliards pour redynamiser leur centre-ville, avec un plan d’action sur l’urbanisme et sur le logement. On part du principe que si le logement redevient attractif en centre-ville, les gens reviendront en ville. Nous travaillons aussi sur la dynamique commerciale et l’attractivité culturelle et sportive, en favorisant les associations. Je pense que le souci est qu’il y a de moins en moins de commerces et que la pression fiscale sur ces commerces est toujours aussi forte. Il va falloir que les maires se posent la question de ces taxes sur les enseignes, sur la publicité ou sur la CFE… Parfois, lorsqu’un commerçant met un petit portant sur son trottoir, il se retrouve taxé… En réalité, il faudrait plutôt laisser respirer les commerçants et alléger les taxes, ou les supprimer, mais cela veut dire qu’il faut une compensation à côté et c’est pour cette raison que j’ai proposé un amendement sur l’allégement de la taxe foncière des commerces de moins de 400 mètres carrés, en la compensant par une taxe sur la livraison des colis Internet.

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