Démographie en berne, nouveaux usages, innovations et changements d’habitudes : la distribution doit s’adapter.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 30 novembre 2018 (numéro 967) : “La distribution, suite”. Bonne lecture !!!

Grande distribution alimentaire, le marché a totalement changé ! Bien sûr, il y a belle lurette que l’on n’est plus dans le système d’inflation galopante où, pour gagner de l’argent, les grands groupes de la distribution avaient juste à ouvrir leurs magasins, car ils étaient livrés quotidiennement, ils vendaient au jour le jour, ils payaient à « 90 jours, fin de mois », et ils empochaient 4 % de marge sur leur chiffre d’affaires, sans rien faire, par cette inflation de 0,8 à 1 % par mois. L’industrie, alors non-concentrée, n’avait rien à dire, si elle voulait être réglée au comptant, elle devait se priver des ressorts de la grande distribution moderne. Moulinex et tant d’autres en sont morts (pour Moulinex, ce fut suite à un boycott du groupe E.Leclerc), il y a eu une grosse concentration de l’industrie, et un complet changement des rapports de force, puisque désormais, les délais de paiement sont encadrés par la loi, ils ont été raccourcis, et la trésorerie consentie par la clientèle, au jour le jour, n’apporte plus ce que l’on a souvent appelé comme « l’extravagance de la GDA (grande distribution alimentaire) » à savoir que c’était le seul métier où le besoin en fonds de roulement était négatif, puisque c’était les fournisseurs qui assuraient tous les risques.


Les normes IFRS 16 arrivent.

A partir du 1er janvier 2019, comme l’a souligné une note publiée très récemment par la société de Bourse Kepler Chevreux, il y aura la mise en application des normes comptables IFRS 16, qui vont remplacer les normes IAS 17. Bien sûr, pour vous, c’est totalement barbare. Si je résume, cela va avoir pour effet de déplacer les crédits-bails d’exploitation au bilan de la société. Les magasins qui ne sont pas en pleine propriété sont souvent financés par un crédit-bailleur, et, lorsque le magasin est totalement payé, il devient, pour une somme symbolique le plus souvent, la propriété du groupe de distribution. L’opération pourrait perturber la restructuration globale de cette industrie, car c’est devenu une industrie, qu’est la grande distribution, car de façon assez factice, les marges d’excédent brut d’exploitation hors loyer vont progresser, puisque les loyers, aujourd’hui passés dans les dépenses d’exploitation, deviendront des dépenses financières, les crédits étant, pour leur part, chargés au bilan, ce qui aura pour effet, pour la plupart des acteurs, d’augmenter la dette nette de façon assez sensible, alors que, aujourd’hui, les sommes dues au titre de différents crédits-bails ne sont pas considérées comme de la dette. Je rappelle que la méthode n’est pas employée que par la grande distribution (GDA), elle est aussi utilisée par énormément d’autres entreprises, pour le financement d’usines, de magasins, voire de chaînes de restaurants. Dans le passé, le groupe Buffalo Grill (sorti de la cote depuis) s’est sauvé, au moment d’une grosse crise, où il avait été faussement accusé d’avoir recyclé de la viande anglaise en pleine période de rejet du fait de la vache folle, mais cela lui avait causé une désaffection de la clientèle, l’entreprise n’a dû son salut qu’à une acceptation, par ses principaux créanciers crédits-bailleurs, de report d’échéance, ce qui permit un redressement rapide. Je rappelle qu’il en est de même pour le financement des navires de la société Bourbon, et de beaucoup d’autres actifs dans le monde. Dans les actifs réels, cela ne sert à rien de dépenser immédiatement une somme dont on aura l’utilisation opérationnelle pendant 15, pendant 20, pendant 25 voire même pendant 30 ans parfois.


Comprendre les enjeux d’un secteur, puis analyser les entreprises une à une.

Nous commençons cette semaine une longue étude financière sur le secteur de la distribution, qui vous permettra, du moins je l’espère, de mieux comprendre les enjeux, de mieux comprendre quelles sont les potentialités de ce qui va se réaliser dans les mois ou les trimestres à venir, pour la GDA française, mais également à l’international. Tout d’abord, permettez-moi de me concentrer sur la distribution en France. Il faut, puisque l’on est dans une activité d’ultra grand public, regarder les fondamentaux de la démographie française. Alors que l’on connaissait une natalité de deux enfants par femme en moyenne en 2014, on est tombé à 1,88 enfant par femme en 2017 et il semble que, pour 2018, en année glissante, on soit encore en baisse, quelque part entre 1,82 et 1,83 enfant par femme. En 1990, la population âgée de plus de 60 ans ne représentait que 19 % de la population globale. Ce chiffre est monté à 25,5 % en 2017. C’est bien connu, une personne de plus de 60 ans ne consomme pas autant de denrées alimentaires ou de biens de consommation courante, notamment pour le premier équipement d’un foyer, qu’une personne plus jeune, qui a à constituer son équipement de base, au fur et à mesure de ses possibilités financières. En 1990, chaque ménage était constitué en moyenne de 2,6 personnes (le couple et les enfants qui y vivaient). En 2017, on est tombé à 2,2 personnes seulement par ménage. Ce sont des faits, ce sont des statistiques simples à comprendre.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.