Macron, la grande mascarade.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Emmanuel Macron est confronté à sa première grande crise politique avec l’affaire des Gilets jaunes. Est-ce une insurrection qui se prépare ? Ivan Rioufol a toujours pensé que le phénomène Macron ne durerait pas, puisqu’il avait publié, dès l’an dernier, un livre intitulé « Macron, la grande mascarade ». Alors, il était intéressant de recueillir son opinion en plein mouvement de révolte des Gilets jaunes : « Je suis un observateur attentif de ce théâtre politique et il était évident que le discours de Macron était beaucoup trop théâtralisé pour être sincère. Il était tout entier centré sur sa propre personne, sur le propre destin d’un homme, en oubliant la réalité des fractures françaises. Certes, il avait fait ce diagnostic de dire qu’il y avait un gouffre entre les élites et le peuple, et certains ont pu croire qu’il était le produit de la société civile. C’est même ainsi qu’il avait été vendu initialement. Cette première arnaque n’a été dévoilée par personne et elle était au cœur du grand malentendu. Naturellement, il n’a pas été l’homme choisi par la société civile, mais l’homme choisi par l’establishment. Il n’a pas été l’homme de la rupture, mais l’homme de la continuité. Lui, qui se présentait comme étant la France de demain qui allait enterrer la France d’hier, était tout simplement la France d’hier, la France du système, la France de la technocratie... Et c’est ce que l’on voit apparaître aujourd’hui, avec ce divorce qui, maintenant, s’inscrit dans les faits à travers cette mobilisation des Gilets jaunes. Aujourd’hui, les gens ne sont plus dupes de cette grande mascarade. J’avais opté pour ce titre de grande mascarade parce que j’avais pris un idiome de l’intellectuel sud-américain Gomez Davila, que j’aime beaucoup et qui dit que toute époque finit en mascarade. Effectivement, le vieux monde dans lequel j’inclus la Macronie s’écroule sous nos yeux dans cette grande mascarade d’une fausse démocratie confisquée à un système qui n’est préoccupé que par sa propre survie. Les Français voient de plus en plus cela. Cette révolte, qui est de mon point de vue une révolution, est soutenue par une majorité de citoyens ». Ivan Rioufol avait donc déjà compris que le phénomène Macron ne s’inscrirait pas dans le temps.

Ivan Rioufol nous alerte aussi depuis plusieurs années sur le phénomène de l’islamisme, puisqu’il avait publié un livre qui s’est retrouvé en tête des ventes : « La guerre civile qui vient ». À l’époque, cet ouvrage avait été critiqué par l’intelligentsia parisienne. Or, aujourd’hui, les discours sont bien différents… En effet, on se souvient des inquiétudes de François Hollande, lorsqu’il était à l’Élysée, sur une éventuelle partition du territoire. Par ailleurs, en quittant le ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb a lui aussi fait part de ses craintes en expliquant que nous n’allions plus vivre côte à côte, mais face à face… Tout cela, Ivan Rioufol le crie depuis longtemps : « Que de temps perdu ! Regardez ces deux confrères du Monde qui viennent de découvrir qu’il y a un problème d’islamisme en Seine-Saint-Denis ! Mais cela fait des années et des années, plus de vingt ans en ce qui me concerne, que j’alerte sur cette montée de l’islamisme, que j’alerte sur la montée du nouvel antisémitisme, que j’alerte sur les fractures identitaires et sur la guerre civile qui vient. Le peu que nous étions ont été nommés, vilipendés, considérés comme étant des extrémistes ou des fascistes. Naturellement, il faut avoir le cuir épais, il faut s’accrocher aux réalités. Je suis un journaliste de terrain. J’ai commencé à Nantes et je suis resté dans cette approche que je veux non idéologique. On me prend pour un idéologue, mais c’est exactement l’inverse de ce que je suis. J’essaie de regarder les faits et de me faire mon opinion simplement à travers les témoignages des gens et à travers de ce que je peux voir des réalités. L’idéologue est précisément celui qui s’aveugle des faits et qui veut jouer à la politique de l’autruche. Des autruches, il y en a beaucoup… Maintenant, on voit des autruches qui commencent à sortir la tête du sable, mais que de temps perdu ! C’est assez affolant et cela m’énerve un peu… »

Finalement, si l’on est toujours surpris par ce qui nous arrive, c’est aussi parce que le débat est impossible en France. Par exemple, Emmanuel Macron signe une tribune pour protéger la liberté d’expression, or, la page suivante, dans le même journal, on découvre une brève qui indique que l’on va fermer tel ou tel site Internet ou poursuivre telle ou telle personne pour des propos contestables… Ivan Rioufol déplore cette domination de la pensée unique dans nos médias : « On est dans cette contradiction, ce double discours qui, de mon point de vue, s’explique par le poids de l’idéologie, par le poids du politiquement correct, par ce monde glauque de ceux qui nous dirigent - appelons-les les élites, bien qu’ils n’aient rien d’élitiste - qui veulent se protéger par des informations propres. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a déclaré l’année dernière qu’il voulait une information propre, c’est-à-dire une information aseptisée. Maintenant, vous voyez le gouvernement se préoccuper de mettre l’Internet au pas, alors que c’est sur l’Internet que cette nouvelle société politique est en train de se constituer, à rebours du conformisme actuel : on voit bien que le pouvoir politique n’entend pas du tout défendre la liberté d’expression, mais qu’il entend défendre sa liberté d’expression, en diabolisant ceux qui ne seraient pas d’accord avec lui. Il suffit de voir comment le président de la République, lui-même, traite de nationalistes et de populistes les concitoyens qui ne pensent pas comme lui ! Il est quand même affolant de voir que cet homme, qui se dit homme de paix - il l’a redit lors des cérémonies du 11 novembre - est quelqu’un qui est en train d’attiser des braises et de se comporter comme un pyromane quand il accuse les Français qui ne sont pas d’accord avec lui d’être des fascistes en puissance. D’autant que ceux qu’il appelle des populistes ou des nationalistes sont ceux qui voient où est le vrai danger en France. Le vrai danger en France, aujourd’hui, ce n’est pas le nationalisme, ce n’est pas Donald Trump : c’est naturellement cette idéologie totalitaire islamiste qui est en train de s’installer depuis maintenant trente ans dans l’indifférence générale, au cœur des cités, et qui attise des séparatismes, des ressentiments, des violences, le nouvel antisémitisme et le nouveau sexisme. Macron trouve plus commode de désigner ceux des Français qui, précisément, sont en train de dire qu’il y a dans les cités des dangers colossaux. On en est encore dans cette idéologie ! Je me réjouis de voir que cette société démocratique se réveille, cette société civile, cette société des oubliés, cette France silencieuse... Elle est parfaitement lucide, parce qu’elle vit ses réalités. Les dirigeants se rendent compte de plus en plus qu’ils ne dirigent plus rien, puisque même le président de la République s’affole aujourd’hui de ce mouvement des Gilets jaunes… »

Justement, revenons aux Gilets jaunes. Ivan Rioufol estime que la France est au bord d’une révolution : « Je peux me tromper, mais je crois que nous sommes arrivés à un point de non-retour. Macron avait théorisé le procès fait aux corps intermédiaires et il a fait en sorte que les corps intermédiaires sont devenus inefficaces. Les syndicats n’arrivent plus à mobiliser dans la rue, ils critiquent d’ailleurs cette mobilisation populaire, les partis politiques courent après ces manifestations des Gilets jaunes et cela me fait dire que nous arrivons à la fin d’un processus. Aujourd’hui, grâce à l’Internet, cette société démocratique est en train de se fédérer, de se constituer en pouvoir politique et, de mon point de vue, on arrive à la fin de ce système sclérosé que tout le monde a décrit depuis des années. On est à la fin de cette démocratie représentative et l’on arrivera vers une démocratie participative. Je ne dis pas que ce sera mieux, j’espère que les corps intermédiaires reprendront de la vigueur en comprenant qu’ils ont tout intérêt à reprendre la parole confisquée de ceux qui se sentent oubliés depuis très longtemps, mais je crois que cette révolution, qui est de mon point de vue démocratique, populaire et girondine, est une révolution qui peut apporter un renouveau à la démocratie française. À moins qu’elle ne tombe dans la violence, on ne sait jamais… » En conclusion, Ivan Rioufol souligne que la contestation des impôts et des taxes par les Gilets jaunes est loin d’être anecdotique : « Il y a un élément supplémentaire qui me fait dire que ce mouvement prend une envergure historique : c’est que cette révolte, qui est un agrégat de nombreuses frustrations depuis des années, se focalise aujourd’hui sur une révolte fiscale. Dans toute l’histoire française, à commencer par la Révolution de 1789, ce sont les révoltes contre la fiscalité confiscatoire qui ont allumé la poudre. On est en plein dans ce processus, que l’on a déjà connu par le passé en France. Les gens se disent que tant que l’on ne touche pas à leur argent, le reste pourra attendre, mais là ils se rendent compte que la France est le pays au monde qui subit la fiscalité la plus importante ! On est à un point de saturation que les écologistes n’ont pas voulu voir. D’ailleurs, ils sont un peu penauds dans leur discours quand ils doivent défendre cette fiscalité écologique que Nicolas Hulot a imposée dans le débat public. Cette révolte fiscale peut agréger les autres colères qui se sont accumulées depuis plus de dix ans ».

« Macron, la grande mascarade » d’Ivan Rioufol est publié chez L’Artilleur.

« La nouvelle Révolution française » d’Ivan Rioufol est publié aux Éditions de Passy.

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