Un documentaire émouvant qui démontre que l’avenir est à la ruralité.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Gaétan Leclerc, maire de Pouylebon (Gers) : « Il n’y a plus rien à attendre de l’État, si ce n’est des belles déclarations et des beaux discours. »

France 3 Occitanie a récemment diffusé un documentaire touchant sur la vie d’un village du Gers, Pouylebon. Il a été réalisé par Galéane Leclerc, qui filme le quotidien d’un maire rural qui n’est autre que son père. L’école va fermer et Gaétan Leclerc, maire du village, évoque cette ruralité abandonnée. Toutefois, il a toujours la volonté, même à 78 ans, de se battre pour faire vivre ou revivre sa campagne. Le téléspectateur retient un message : contrairement aux idées reçues, l’avenir est à la ruralité… Gaétan Leclerc, maire de Pouylebon, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : La concentration dans les villes va devenir de plus en plus insupportable et vous pensez qu’un jour ou l’autre, on se rendra compte que la bonne échelle est celle de la ruralité. Est-ce le message que vous voulez faire passer ?

Gaëtan Leclerc : Je ne sais pas si je le verrai, mais il est évident que les concentrations humaines, telles qu’elles sont définies par nos technocrates, ne sont pas viables et on pourrait les démolir une par une… Dans les villes, il y a plus d’encombrements, plus de bouchons, des moyens de transport collectifs qu’il faut augmenter en permanence… Pour chaque argument qui est mis en avant par la technocratie, dans les faits, on peut dire exactement l’inverse. Maintenant, c’est un rapport de force entre l’État, cette administration toute-puissante, et le citoyen. Au niveau de la ruralité, il est évident que les solutions ne seront qu’individuelles pour l’instant. On observe des réactions de citoyens en faveur des circuits courts, des réactions de citoyens pour le maintien des écoles, des agriculteurs qui se regroupent… Il n’y a plus rien à attendre de l’État, si ce n’est des belles déclarations et des beaux discours. Par exemple, lors de la conférence sur l’alimentation, on a dit que les paysans allaient pouvoir être partie prenante dans la définition de leurs prix de vente, mais c’est faux : ils participent mais, au moment des décisions finales, leur avis n’est plus que consultatif. C’est ce double discours de la technocratie qui fait que je ne crois plus beaucoup à des solutions administratives ou étatiques. Je crois davantage aux solutions individuelles, parce que les gens réagissent de plus en plus, du moins ceux qui le peuvent. Ce qui est terrible, c’est aussi cette évolution de la société qui est de plus en plus prisonnière de l’intelligence artificielle et cela va créer un gap inouï entre deux types de populations : celle qui arrive encore à se débrouiller dans tout cela, et celle qui ne veut pas ou qui ne peut pas. Finalement, ma vision est peut-être assez pessimiste, mais c’est sans doute lié à mon expérience. Je suis d’accord avec ce que vient de dire Hubert Reeves, qui explique que l’homme est engagé dans un combat…


Ce reportage sur la vie dans le monde rural a été réalisé par votre fille. Comment perçoit-elle cela ?

Elle a circulé dans le monde entier, elle est allée partout et elle estime qu’il y a parfois des réactions bien plus fortes et bien plus dynamiques qu’en France. Elle se rend compte que l’on va droit dans le mur, à grande vitesse. Alors, elle essaie de sensibiliser les gens à travers ce travail, ses contacts et ce film qu’elle vient de réaliser. Évidemment, elle est en terrain conquis ici, parce que tous les habitants de la commune sont bien conscients des choses. Cependant, nous manquons de moyens : je ne parle pas seulement des moyens financiers, mais aussi des moyens administratifs. Les jeunes disent tous que s’ils ont du travail, ils préfèrent évidemment vivre ici qu’à Toulouse ou dans la région parisienne. Il y a des gens qui adorent la vie citadine, mais la grande majorité des jeunes qui ont un peu d’expérience préfèrent vivre à la campagne. Dès qu’il y a un minimum de structures, les gens préfèrent s’installer au milieu des champs et des oiseaux… La seule solution, ce que l’on pourrait attendre de l’État, c’est de rendre nos territoires attractifs. Or, ce n’est pas ce qu’il fait quand il diminue les services publics ou quand il réduit les investissements pour les infrastructures... Auch ne sera pas reliée à Toulouse avant 2032, ne serait-ce que par une voie express, et l’on ne parle même plus d’une route qui irriguerait le département dans le sens nord sud.

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