Abandon de la ligne de cuivre et arrivée de la 5G : le marché des télécoms est en plein bouleversement.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Frédéric Salles, fondateur de Matooma : « Orange a annoncé l’arrêt du RTC et c’est une aubaine pour nous puisque les fabricants qui ont mis des modems dans leurs boîtiers ont vu leurs commandes être multipliées par trois ou quatre. »

Fondée par Frédéric Salles, John William Aldon et Nadège Salles, Matooma est une société experte dans la connexion et la gestion des objets connectés par carte SIM. Grâce à un ensemble de services et de nombreux partenaires (opérateurs nationaux et internationaux, industriels, SSII…), Matooma propose des offres de connectivité sur mesure ainsi qu’un accompagnement tout au long du projet. Matooma est la solution plébiscitée par les acteurs de l’Internet des objets pour déployer leur projet de façon simple, économique et rapide, sans devoir passer par de multiples interlocuteurs. Frédéric Salles, PDG de Matooma, nous livre son avis d’expert sur deux sujets d’actualité : l’arrivée de la 5G et la disparition de la ligne de cuivre. Alors que le gouvernement français et l’autorité de régulation des télécoms (Arcep) viennent de dévoiler la feuille de route de la 5G, plusieurs acteurs s’inquiètent du manque de visibilité en la matière et s’interrogent sur la date exacte de son déploiement. Les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud disposent déjà d’un programme pour être opérationnels dès 2019.

Malgré les efforts fournis au niveau européen, les opérateurs français ne sont toujours pas en état de faire une offre au public avant 2020. Par ailleurs, les opérateurs vont cesser d’exploiter des lignes de cuivre et ils arrêtent d’ores et déjà la commercialisation des abonnements pour utiliser le réseau téléphonique commuté (RTC). L’obsolescence de ce système de transmission, qui est utilisé dans beaucoup d’applications de communication Machine to Machine, implique pour les entreprises impactées de migrer vers d’autres technologies comme l’IP. Une grande partie des terminaux de paiement bancaire, des systèmes de surveillance des ascenseurs, des alarmes, des équipements de télésurveillance, des systèmes de télé-relève de compteurs fonctionnent encore via le réseau téléphonique commuté. La transition va donc être complexe pour les professionnels de ces secteurs, qui doivent repenser leurs systèmes de communication.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes spécialisés dans la gestion des objets connectés. Ce sont essentiellement des réseaux à bas débit, mais vous vous intéressez à la problématique de l’abandon de la ligne de cuivre, et à l’arrivée de la 5G. Qu’est-ce que cela va changer pour vous ?

Frédéric Salles : Nous sommes dans la connexion des objets par carte SIM et nous utilisons les réseaux 2G, 3G et 4G pour connecter nos objets. Nous réalisons 11 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec 2 millions d’euros de résultat, donc nous sommes l’une des rares entreprises assez rentables dans ce domaine. Nous avons environ 2500 entreprises clientes avec des projets assez visibles comme Velib’ à Paris, où nous connectons l’ensemble des totems sur lesquels sont accrochés les vélos en utilisant des cartes SIM en 3G et en 4G, et en utilisant un réseau privé qui permet de sécuriser les données. Nous signons environ 150 nouveaux clients chaque mois. L’abandon du RTC, à savoir la ligne de cuivre, a des conséquences importantes puisqu’il y a énormément d’équipements à domicile, comme des alarmes, des boîtiers qui relient les personnes âgées et des systèmes de télé-santé qui sont branchés sur le RTC. C’était la seule solution pour faire remonter l’information.

Ensuite, nous sommes passés sur l’ADSL et ces boîtiers étaient branchés sur le RTC car on ne pouvait pas les brancher sur l’ADSL qui n’est pas sécuritaire : en effet, si vous avez une coupure de courant, la box ne fonctionne plus et, si vous avez une coupure du lien ADSL, cela ne marche plus. Nous sommes dans des métiers critiques, comme la santé ou la sécurité : par exemple, en cas de cambriolage, l’alerte ne remontera pas si le courant est coupé. La solution la plus simple consiste donc à utiliser les réseaux mobiles, comme le téléphone, et nous avons demandé à tous les fabricants d’intégrer des modems dans leurs boîtiers pour que nous puissions mettre des cartes SIM et ainsi connecter les boîtiers à Internet. Dans ce marché, la plupart des produits connectés à domicile fonctionnent via des cartes SIM. Orange a annoncé l’arrêt du RTC et c’est une aubaine pour nous, puisque les fabricants qui ont mis des modems dans leurs boîtiers ont vu leurs commandes être multipliées par trois ou quatre. Comme il y a une batterie dans chaque boîtier, ils sont autonomes pendant au moins 24 heures. En plus, là où nous avons été bons, c’est que nous avons mis des cartes SIM multi réseaux : donc, même s’il y a une coupure sur un réseau précis, la carte peut se rattraper sur un autre réseau et cela permet de remédier aux problèmes d’électricité et aux problèmes de transmission.

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