Communautarisme, incivilités, violences à l’école : entretien avec la députée LR du Doubs.

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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Annie Genevard, vice-présidente de l’Assemblée nationale : « On vit les derniers avatars tragiques de Mai 68 pour l’école et la jeunesse. »

Annie Genevard est députée LR du Doubs et vice-présidente de l’Assemblée nationale. Elle évoque pour nous un sujet sensible : la multiplication des violences à l’école, les incivilités de plus en plus nombreuses et surtout le communautarisme croissant.


L’Hebdo-Bourseplus : Aujourd’hui, plus personne n’est vraiment surpris quand on entend parler de communautarisme dans une école ou lorsqu’un élève braque son professeur avec un revolver… Comment a-t-on pu laisser la situation s’envenimer à ce point dans notre pays ?

Annie Genevard : On est arrivé à un point où l’on voit la résultante d’échecs depuis longtemps en matière de politique éducative. Au fond, on vit les derniers avatars tragiques de Mai 68 pour l’école et la jeunesse, où ont été remis en cause les fondements mêmes de l’autorité et de la transmission. L’école souffre de plusieurs maux et je vais vous donner quelques points qui me semblent fondamentaux et qui expliquent pourquoi l’école se trouve aujourd’hui dans cette situation. Le premier point, c’est la remise en cause du maître, du professeur, en tant que détenteur d’un savoir qu’il a à transmettre et détenteur d’une autorité qu’il a à faire respecter. J’ai été enseignante pendant vingt ans et j’ai vu les choses évoluer d’une façon que je crois négative. D’abord, des professeurs qui ne sont pas toujours suffisamment formés, des bulletins écrits par des professeurs incapables de maîtriser l’orthographe, des professeurs se laissant tutoyer par facilité, laissant à penser que l’élève est un alter ego, et, même dans les méthodes d’enseignement, le cours magistral étant la quintessence de la ringardise, l’élève devant construire lui-même son savoir... Ajoutez à cela le refus de l’évaluation des élèves, une évaluation quasi inexistante du corps enseignant, des difficultés de management des établissements, une paupérisation de la fonction enseignante…

Il y a un mélange explosif et une sorte de continuité dans un certain nombre de renoncements qui font qu’aujourd’hui la situation est celle que nous connaissons. Si vous ajoutez à cela la difficulté qu’a le corps enseignant à conduire convenablement l’orientation des élèves, la voie professionnelle étant la plupart du temps présentée par les professeurs eux-mêmes comme une voie de relégation, tout cela fait que nous avons des jeunes qui n’ont rien à faire dans des filières générales et que nous avons des professeurs qui, faute d’être convenablement soutenus par leur hiérarchie, vivent des situations professionnelles terribles. Ce qui m’a frappée dans cette vidéo à Créteil, c’est l’absence de réaction du professeur : soit elle est sidérée par la scène, soit c’est une scène de violence tellement habituelle qu’au fond elle ne réagit même plus... On voit bien que l’on est arrivé à un point incroyable d’affaiblissement de certains professeurs dans certains établissements. Il faut se garder aussi de généraliser, car toutes les écoles de France ne sont pas concernées. Mais quand bien même n’y en aurait-il qu’une, elle devrait susciter de la part des responsables politiques le même engagement à combattre une telle situation.


Pour revenir au communautarisme, l’affaire du voile de Creil remonte quand même à 1989. Donc, personne ne peut dire aujourd’hui qu’il est surpris par ce qui se passe… Que dites-vous à ceux qui pensent que les professeurs n’ont pas à se plaindre puisqu’ils ont accepté le tutoiement, la victimisation et qu’en outre ils ont rejeté l’autorité ?

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