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Kering : reine d’un jour, seulement?
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 2 novembre 2018 (numéro 963) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Ce mercredi, le groupe Kering, qui s’est appelé dans son histoire ancienne Pinault puis Pinault-Printemps-Redoute, s’offre le luxe, c’est le cas de le dire, de faire grimper sa capitalisation boursière de presque 5 milliards d’euros au sommet de la séance (+2,5 milliards € à la clôture), en tête non seulement du CAC 40, mais également de tous les autres indices, si l’on met de côté l’ensemble des pouilleries qui sont cotées, à une valeur souvent inférieure à 1 euro l’unité. Il y a quelques années de cela, lorsque le patron de LVMH, notre fameux « Saint Bernard », avait appris, par un petit mot, alors qu’il était en pleine conférence de présentation de ses objectifs à l’ensemble de ses cadres dans un hôtel de Disneyland Paris (défense de rigoler), que le groupe Pinault rachetait Gucci, il avait ironisé, disant au micro « figurez-vous, mes chers amis, que La Redoute veut se mettre dans le luxe ! ». Il y a eu une bagarre forte pour le contrôle de Gucci entre le conglomérat LVMH et le groupe Pinault, c’est Pinault qui a gagné, et il s’est ensuivi une longue dispute pour le rachat de la part minoritaire de LVMH, arbitrée et terminée (le 10 septembre 2001, juste à la veille des attentats) sous les auspices du baron Albert Frère, coassocié à Bernard Arnault dans un château du Bordelais, et également ami de François Pinault.
Kering se concentre sur le luxe, là où LVMH se disperse...
Depuis, l’autoproclamé « numéro un mondial du luxe » s’est développé dans la presse, rachetant Les Echos, Le Parisien, Aujourd’hui en France… et a décidé, entre autres bizarreries, de s’offrir une entreprise allemande qui fabrique des valises... et le “Jardin d’acclimatation”, petit parc de loisirs à Paris. L’ironie, c’est peut-être du côté du fils Pinault, qui a succédé à son père, qu’il conviendrait aujourd’hui de l’avoir, mais il est trop poli pour faire des déclarations publiques, ou même privées, devant ses cadres, pour se moquer de LVMH ou de « Saint Bernard », premier annonceur de France, et très riche, puisqu’il s’affiche parmi les toutes premières fortunes mondiales. La publication des chiffres du troisième trimestre de 2018 a été un coup de tonnerre qui a remis l’église au cœur du village à savoir LVMH dans son rôle de distributeur spécialisé de qualité, mais qui n’a connu qu’une croissance affichée à 14 % pour Louis Vuitton et la maroquinerie, alors que Kering, pour sa part, malgré une base de référence extravagante au troisième trimestre de 2017, affiche un orgueilleux plus 35 % au troisième trimestre.
J’ai beaucoup rigolé quand j’ai vu le titre de la dépêche de l’agence Reuters, publiée ce mercredi à 11 h 20 sur les sites Internet où il est indiqué : « Kering-Gucci résiste malgré les craintes concernant la Chine ». Je pense qu’un dictionnaire devra être offert, avec dédicace spéciale, par François-Henri Pinault, PDG de Kering, pour lui apprendre la définition du vocabulaire, et notamment du verbe « résister ». On n’est pas dans la résistance, on est dans l’offensive, on est dans la guerre éclair, et le dictionnaire des synonymes vous permettra de trouver les équivalents dans toutes les langues du monde. J’ignore pour qui Reuters roule, mais quand je vois une phrase comme « Kering a vu sa croissance organique se tasser légèrement au troisième trimestre », je me pince tellement fort que je m’arrache la peau.
Gucci a plus que doublé son CA entre le T3 de 2016 et le T3 de 2018.