L’homéopathie à tous les âges de la femme.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est le sujet d’actualité du moment dans l’univers de la santé : l’homéopathie. En effet, les conditions dans lesquelles les médicaments homéopathiques seront « admis ou exclus » du remboursement par l’Assurance maladie seront bientôt définies par un décret. Controversée au sein du corps médical, l’homéopathie est l’objet d’une intense polémique depuis la publication d’un texte par une collectif de 124 médecins qui dénoncent « de fausses thérapies à l’efficacité illusoire » pratiquées « par des charlatans ».

Ces médicaments sont néanmoins remboursés à 30% par la Sécu, ce dont la HAS s’est étonnée dans plusieurs avis récents « compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% d’autres médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ». En 2017, les ventes totales d’homéopathie s’élevaient à près de 620 millions d’euros en France, dont 340 millions sur prescription médicale ouvrant droit au remboursement. De l’autre côté de la Manche, le débat est identique : les endroits entièrement dédiés aux traitements homéopathiques ne sont plus que trois à Londres et les hôpitaux londoniens ont même dû les arrêter dans leur service. D’ailleurs, depuis 2017, la Sécu britannique ne les rembourse plus. Pourtant, il existe aussi des médecins qui ne sont pas des charlatans et qui défendent toujours l’homéopathie. Elle intervient souvent à la radio et la télévision, le docteur Claire Bialkiewicz a quarante années de gynécologie derrière elle, dont plus de trente en gynécologie homéopathique, et elle est à l’origine de deux ouvrages « L’Homéopathie, la femme et la sexualité » (Éditions du Moment) et « L’homéopathie à tous les âges de la femme » (Presses du Châtelet). Elle rappelle qu’à l’heure où la médecine classique ou allopathique peut donner lieu à des inconvénients et à des réactions non souhaitées, l’homéopathie constitue une solution alternative.

Elle estime qu’il n’y a pas vraiment de guerre entre le monde de la médecine traditionnelle et celui de l’homéopathie : « C’est une guerre tout à fait théorique, car il n’y a qu’une seule médecine. Primum non nocere : en premier, ne pas nuire ! Nous utilisons la médecine pour le mieux dans l’intérêt des femmes et des hommes. Je soigne les problèmes d’infertilité féminine, lorsque tous les examens sont négatifs en médecine classique, et c’est là qu’intervient l’homéopathie ». Pourtant, l’homéopathie apparaît comme une médecine qui prévient et qui empêche, alors que la médecine traditionnelle serait celle qui répare : « C’est ce que l’on pourrait penser au départ. C’est vrai, l’homéopathie n’est pas la première médecine en ce qui concerne les cancers et il serait fou de penser que l’on peut guérir un cancer en homéopathie. Ce n’est pas possible. Mais on espère se servir de l’homéopathie contre les effets secondaires de la médecine classique. L’homéopathie, c’est de la prévention, alors qu’en médecine classique on ne peut pas vraiment faire de prévention. L’allopathie, à savoir la médecine classique, est une médecine des contraires. Quand il y a un virus, elle va essayer d’éradiquer le virus, alors qu’en médecine homéopathique, lorsqu’il y a un virus, on essaie d’éradiquer les effets secondaires du virus : c’est-à-dire la fièvre, le mal-être, les malaises et plein d’autres choses. C’est en ce sens que je dis que les deux médecines sont complémentaires. Les homéopathes ne refusent pas du tout les antibiotiques, mais ils essaient d’en prescrire le moins possible. Dans ce contexte, la prévention est essentielle, parce qu’il y a maintenant une résistance aux antibiotiques : on a trop donné d’antibiotiques pour des rhumes ou des petits problèmes et, malheureusement, les microbes sont devenus résistants aux antibiotiques. Les virus ne réagissent pas du tout aux antibiotiques, donc on ne peut traiter que les effets secondaires des virus et éviter la surinfection ».

Médecine efficace, naturelle et convenant à toutes, celle-ci est presque toujours dépourvue d’effets secondaires. Elle permet de soigner de nombreuses maladies en douceur, ce qui évite dans bien des cas d’avoir recours à un traitement agressif. Claire Bialkiewicz rappelle aussi que l’expression « à dose homéopathique » marque aussi cette nécessité de dosage qui est le secret de l’homéopathie : « On parle du semblable dans la maladie, donc on traite le semblable par le semblable. En Russie, quand les gens ont une angine, on leur donne de la glace. Quand il y a une chute de température, on donne des glaçons pour contrer les maux de gorge. Par exemple, quand on opère les gens des amygdales et des végétations, on leur donne des glaces… Il s’agit de traiter le mal par le mal. Donc, il y a la médecine des contraires et la médecine des semblables. Les deux sont complémentaires et c’est quelque chose que les allopathes purs et durs n’ont pas toujours compris. On doit traiter les gens selon un principe de similitude et non pas selon un principe de contraire, mais il est très difficile de trouver la similitude d’une personne ». Par exemple, tout le monde connaît des histoires d’Africains ou de Touaregs, déjà piqués par des serpents, qui ne craignent rien : « C’est justement ce que nous faisons avec l’homéopathie lorsque nous essayons de faire augmenter l’immunité des gens. Dans mon dernier livre, je parle des papillomavirus. Pour les femmes, c’est peut-être le déclencheur du cancer féminin, le cancer du col, et nous essayons en homéopathie d’augmenter l’immunité pour des femmes qui ont un frottis anormal, que l’on appelle ASC-US, c’est-à-dire que l’on ne peut pas classer parce qu’il n’est ni bon ni mauvais. Quand le cancer est déclaré, nous ne pouvons rien faire et c’est la chirurgie. À ce moment-là, les chirurgiens peuvent peut-être intervenir ».

Elle défend aussi l’homéopathie face à un trouble psychologique comme un choc, une perte d’emploi ou le deuil d’un proche : « L’homéopathie est une médecine individualiste et c’est ce qu’il y a de plus difficile parce qu’il faut trouver l’individualité des gens. On ne donne pas le même remède à une personne, à sa sœur, à sa mère ou à un autre membre de la famille. Mais il y a des points communs, comme les phosphoriques, il y a des gens qui sont des longilignes et qui travaillent plus cérébralement, il y a les carboniques, qui sont les bons vivants… Il y a aussi un vieillissement des tissus. Après la cinquantaine, les gens sont plutôt sycotiques : les hommes ont du ventre, par exemple... Cela veut dire qu’il y a le vieillissement des tissus et l’on retrouve une nouvelle façon de réagir face à la maladie ».

Elle précise que l’homéopathie est une matière difficile : « Par exemple, à une personne qui a des nausées en bateau ou en voiture, en médecine classique on va donner un comprimé, alors qu’en homéopathie on va d’abord lui poser des questions bizarres… Quand la dame est sur un bateau, je lui demande si elle est mieux dans sa cabine sans bouger, ou si elle a envie de monter sur le pont pour être à l’air... Et je lui demande si, en voiture, elle a envie de baisser la vitre… Les remèdes sont différents selon la réponse. Si la personne se sent mieux à l’air, on va utiliser le remède Tabacum, alors que si elle se sent mieux dans sa cabine, on va préconiser le remède Cocculus. Il n’est pas toujours évident de traiter les gens en homéopathie. Nous travaillons dans la prévention. Pour le désir sexuel, parfois on donne un remède que l’on pensait être le bon, mais finalement il n’y a pas de réaction. Alors, il faut continuer de chercher. C’est une médecine beaucoup plus difficile que la médecine classique, mais nous ne nions pas la médecine classique. Nous sommes tous médecins et je ne comprends pas cette polémique actuelle qui oppose les deux médecines ».

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