Un maire qui se positionne comme un résistant dans la défense des communes rurales.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Bernard Debeugny, maire de Neuf-Berquin (Nord) : « Je suis d’abord un maire résistant, parce que la commune doit continuer d’exister. »

Pour dénoncer la baisse des moyens accordés par l’État, les maires ruraux du Nord viennent d’annoncer une action pour les prochaines élections européennes. Après avoir proclamé les résultats, les élus doivent normalement rapporter les enveloppes vides à la préfecture. Or, cette fois-ci, ils demanderont aux services de l’État de venir les récupérer. Bernard Debeugny, maire de Neuf-Berquin, est aussi le trésorier de l’Association des maires ruraux du Nord et, comme de nombreux autres élus, il se montre inquiet sur l’avenir des communes rurales.


L’Hebdo-Bourseplus : Cela fait plusieurs décennies que l’on parle du blues des maires ruraux, mais on a toujours l’impression que la situation s’aggrave…

Bernard Debeugny : On parle beaucoup du blues des maires, mais ce n’est pas vrai pour tout le monde. Je suis d’abord un maire résistant, parce que la commune doit continuer d’exister. Je n’abandonne pas le bateau, même s’il y a de sérieuses menaces. Je suis maire depuis bientôt trente ans et je trouve que cette évolution est assez récente.


Souvenez-vous, par exemple, du discours de politique générale d’Édouard Balladur en 1993 : il évoquait déjà l’inquiétude du monde rural !

J’interviens sur le terrain et je ressens fortement cette situation, surtout depuis la baisse des dotations de l’État, décidée par le gouvernement sous la présidence de François Hollande. Il y a eu un autre axe important à travers la loi NOTRe, qui va aussi très fortement dans ce sens. Je suis adhérent à l’Association des maires ruraux, nous ressentons bien cette pression et nous avons donc décidé d’agir lors des prochaines élections européennes. Contrairement à ce qui a été dit, nous n’allons pas boycotter quoi que ce soit, mais on ne va pas se déplacer pour aller apporter les documents dans les préfectures : nous avons simplement dit que l’État viendrait les chercher lui-même. Nous voulons en parler pour alerter sur ce qui se passe dans nos communes. On peut faire de moins en moins de choses, alors que nos concitoyens nous demandent d’agir. Auparavant, les communes pouvaient travailler ensemble. Maintenant, avec les transferts de compétences, nous arrivons dans un système où chaque commune ne travaille plus que pour elle. On voudrait faire croire qu’un maire rural est élu pour un territoire : en réalité, il est élu pour défendre sa commune au sein d’un territoire. Il y a des décisions prises au sein de l’État et, pour l’instant, on ne ressent pas l’État comme étant favorable à l’existence réelle de nos communes. Nous n’avons pas été élus pour regarder le train passer ! Il faut faire des choses…

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