Dans un pneu Michelin : zéro miracle, mais plein de R&D.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 26 octobre 2018 (numéro 962) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Il y a quelques années, Michelin avait inventé le pneumatique qui permettait de supprimer la roue de secours,  un pneumatique plus onéreux, avec une bande de roulement assez épaisse qui pouvait permettre, en cas de crevaison, de continuer à rouler, à vitesse réduite, jusqu’à ce que l’on arrive à un garage. Cela ne fut pas un succès, et seul Renault, pour quelques Scenic, avait adopté cette innovation. Les frais de recherche et de développement du groupe Michelin sont impressionnants (pas loin de 2 milliards € par an, c’est davantage que ses concurrents), et ils ne débouchent pas toujours sur des réussites commerciales. Pourtant, sans l’innovation, Michelin serait aujourd’hui au tapis, et serait beaucoup plus éloigné de ses plus hauts historiques, constatés au tout début de l’année 2018, à 130,85 euros, qu’actuellement, malgré la désaffection générale pour l’industrie automobile et pour les équipementiers qui travaillent à destination de cette industrie. Ce mercredi, comme l’ensemble des valeurs du secteur, le titre Michelin s’est pris une petite claque, perdant 2 ,64% environ, et se rapprochant de son plus bas annuel.


Le chausseur de tout ce qui roule et qui vole.

Que doit-on penser de cette entreprise, numéro un mondial dans son secteur d’activité, qui fabrique, qui commercialise essentiellement des pneumatiques, et des produits qui en sont proches, voire complémentaires, comme les fameux guides, qui assoient la réputation du groupe dans le monde entier ? La marque Michelin c’est le nom de l’entreprise, mais il faut savoir que le groupe produit et commercialise également des pneumatiques sous le nom de BFGoodrich, Kleber, Uniroyal et encore Taurus, pour ne citer que les principales marques du groupe. La vente et la distribution de pneumatiques représentent environ 85 % du chiffre d’affaires, avec un tiers de cette activité à destination des poids lourds et deux tiers à destination des véhicules de tourisme et des camionnettes. Il ne faut pas croire que les guides et les cartes représentent 15 % du chiffre d’affaires. Les 15 % du CA non réalisés dans le pneumatique sont en réalité aussi réalisés dans le pneumatique, mais ce sont des enveloppes de spécialité qui sont destinées aux engins agricoles de génie civil, aux deux roues, aux avions. L’entreprise clermontoise réalise toujours un chiffre d’affaires significatif en France, mais cela ne représente qu’environ 2 milliards d’euros soit moins de 10 % de l’activité désormais, sa domination sur le marché européen est forte, mais il est très présent en Amérique du Nord et n’a jamais négligé le développement de son activité en Asie.


Le T3 sera dans la foulée du S1 : excellent.

Le groupe Michelin va publier, après la clôture du marché, son activité du troisième trimestre lundi prochain, le 22 octobre. Il y aura juste après une conférence avec des analystes financiers qui suivent la valeur, cette conférence sera retransmise en direct sur le site Internet michelin.com, cela permettra aux actionnaires individuels de se retrouver avec une information identique. Il faut savoir que le groupe Michelin soigne ses actionnaires individuels, et cela, c’est une très bonne chose. Le véritable « noyau dur » du capital de Michelin, c’est un peu le personnel, à travers le plan d’épargne groupe, et beaucoup les actionnaires individuels, fidèles, qui sont aujourd’hui à largement plus de 10 % du capital, peut-être même 13 ou 14 % environ. Les actionnaires institutionnels français représentent 26 % seulement du capital de Michelin, les actionnaires institutionnels non-résidents, qui sont parfois sous gestion d’entreprises françaises, mais avec des fonds domiciliés à l’étranger, représentent 60 % du capital environ, Michelin a beau être protégée par son statut de société en commandite par actions, il convient d’être prudent en ce qui concerne la possibilité, pour une assemblée générale, de changer les statuts en mobilisant les deux tiers des droits de vote, les actionnaires institutionnels non-résidents représentent 60 % des droits de vote. Lors d’une présentation de l’entreprise aux investisseurs, au mois de septembre dernier, organisée par la société de Bourse KEPLER CHEVREUX, il y a un mois de cela, le groupe a confirmé en tout point ses orientations et objectifs de résultats pour l’année 2018. Là où il y a des entreprises qui sont consommatrices de cash, Michelin, malgré un énorme effort de recherche et de développement, malgré des investissements industriels très significatifs, génère une capacité libre d’autofinancement structurelle du fait de son exploitation très abondante, l’entreprise émet de la monnaie, si l’on peut prendre cette comparaison.

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