Une prise de conscience générale est nécessaire face à la multiplication des cyberattaques.
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Miguel Liottier : « Les gens n’ont pas du tout conscience des risques, ils se sentent concernés par la cybersécurité, mais ils n’ont pas du tout conscience de la faiblesse qu’ils peuvent avoir dans ce domaine. »
La nouvelle guerre est numérique. En effet, une simple image, un commentaire dans un forum ou un fichier PDF peuvent être le vecteur d’une destruction ou du vol de vos données. Les pirates visent particulièrement les entreprises, or, pour l’une d’elles visée, combien de particuliers seront des victimes collatérales ? Une grand-mère qui perd les photos de ses petits-enfants du fait d’un ransomware ; une entreprise moyenne dont les données clients sont détruites parce qu’un script kiddy a voulu tester une technique vue sur un forum ; un hôpital incapable de fournir les médicaments nécessaires ou de planifier une opération, car un ancien employé a décidé de se venger d’un licenciement… Les menaces évoluent, elles sont plus pernicieuses et, parfois, un réseau d’ordinateurs est compromis depuis plusieurs mois avant que quelqu’un ne s’en aperçoive, cela malgré des antivirus ou l’application de règles de sécurité.
Pourtant, des outils gratuits, à disposition de tous ceux qui les téléchargent, regroupent tous les logiciels permettant de craquer des mots de passe, de pénétrer des réseaux ou de masquer une activité illicite. La responsabilité pénale des dirigeants, ou des particuliers est engagée dès lors que leur réseau a été utilisé à des fins crapuleuses. Il est donc indispensable de savoir maîtriser la sécurité de son système informatique face à l’Internet. Pour arriver à cela, il faut être en mesure de se mettre à la place du pirate, c’est-à-dire être capable d’effectuer l’ensemble de ses attaques pour pouvoir les contrer efficacement et, surtout, les prévenir.
Nous abordons ce sujet passionnant avec Miguel Liottier, enseignant-chercheur en systèmes d’information et consultant comme auditeur en sécurité des systèmes d’information. Il vient de publier avec Virginie Bilet, enseignante en informatique et spécialiste du développement Web et des méthodes agiles, un ouvrage intitulé « Survivre à une cyberattaque ». « Survivre à une cyberattaque : Anticiper, prévenir, réagir » de Miguel Liottier et Virginie Bilet est publié chez VA Press.
L’Hebdo-Bourseplus : Votre livre s’appelle « Survivre à une cyberattaque ». Ce terme de survivre est associé au survivalisme, après une guerre par exemple : cela signifie-t-il que les enjeux soient de cet ordre ?
Miguel Liottier : Les enjeux sont de cet ordre, toutes proportions gardées, mais il peut y avoir des choses exceptionnelles. Regardez ce qui vient de se passer avec Facebook : 50 millions de comptes piratés, avec une faille extrêmement simple... C’était une simple erreur dans le logiciel qui faisait que, en déposant un message sur le mur de quelqu’un, par exemple pour un anniversaire, vous pouviez avoir accès à l’ensemble du mur, donc à toutes ses données, comme si vous étiez la personne. Dans l’absolu, on pourrait dire que ce n’est pas très grave, c’est simplement Facebook, mais vous avez quand même 200 000 personnes qui ont été touchées en France et des millions de personnes en Europe ! Je vous rappelle qu’il y a le RGPD (Règlement général sur la protection des données) et, pour quelque chose qui touche aux données personnelles, l’amende peut atteindre 4 % du chiffre d’affaires ! Il y a eu d’autres problèmes. Il ne faut pas oublier que Facebook, depuis le début de l’année, a enregistré 26 % de chute de ses installations sur les téléphones mobiles. Donc, 26 % des utilisateurs de Facebook ont retiré l’application de leur téléphone mobile. On parle bien de survie de l’entreprise, de son écosystème, car il y a des gens qui vivent de cette entreprise. Il y a beaucoup d’indépendants en France, ces gens savent que Facebook peut être un moteur pour eux, pour les aider à se faire connaître à moindre coût et, si vous leur dites qu’un quart des personnes qu’ils souhaitent toucher ont disparu du jour au lendemain, on pense bien à un quart du potentiel de chiffre d’affaires de ces indépendants qui est menacé. Mais il y a des choses beaucoup plus graves...
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