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Un maire démissionne de son mandat pour exprimer son ras-le-bol
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Robert Azaïs, maire de Terssac (Tarn) : « On assiste sournoisement à la fin de la fonction de maire telle qu’on l’a connue. »
Robert Azaïs, maire de Terssac, une commune de 1300 habitants située dans le département du Tarn, vient de donner sa démission en signe de protestation, non seulement contre la baisse des dotations de l’État, mais également pour marquer son ras-le-bol sur la diminution progressive de ses pouvoirs. Cela fait plusieurs années que l’on évoque le malaise des maires, particulièrement ceux qui sont en milieu rural. Or, Robert Azaïs constate maintenant qu’il n’est même plus en mesure de mener à bien ses projets.
L’Hebdo-Bourseplus : Les maires ruraux expriment leur ras-le-bol depuis plusieurs années. Votre démission constitue-t-elle aussi un cri d’alerte à l’égard des pouvoirs publics ?
Robert Azaïs : C’est un cri d’alerte, mais c’est aussi un ras-le-bol de ne pas avoir de moyens pour pouvoir conduire les projets que je souhaitais conduire. Depuis plusieurs années, on assiste à la baisse de la dotation générale de fonctionnement et cela a été le déclencheur de cette décision. On m’explique que la baisse est compensée depuis ces dernières années, mais l’an dernier j’ai encore perdu une partie de la DGF et, en quatre ans, j’ai perdu 63 % de cette dotation générale de fonctionnement... Quand ça diminue, on essaie évidemment de limiter nos frais de fonctionnement et c’est ce que j’ai fait en essayant de réduire un certain nombre de dépenses, mais à un moment donné on est obligé de prendre sur l’investissement pour faire fonctionner nos mairies. Un projet, c’est toujours de l’arbitrage, évidemment, puisque nous sommes basés pas très loin d’un centre commercial relativement important. Nous voulions créer une maison avec des produits de première nécessité, ainsi qu’une salle pour que les adolescents puissent se réunir. Nous avons dû abandonner ce dernier projet. Notre village est bordé par une route départementale où passent 1000 véhicules par jour dans les deux sens, avec des habitations tout le long, et nous sommes en train de mener une réflexion pour l’aménager. Mais je crains bien que, là aussi, nous ne soyons obligés de faire des arbitrages. Donc, si nous faisons cela, nous ne pouvons pas faire autre chose.
Lorsque vous vous présentez aux élections, vous avez des projets pour votre commune. Puis, quelques années plus tard, vous vous apercevez que vous ne pouvez rien faire…
Effectivement, quand on se présente, on est un peu utopiste ! J’ai entendu dire que les maires qui démissionnent sont ceux qui sont malades, ceux qui ne sont pas préparés à cette fonction, ou parce qu’il y a des communes nouvelles : c’est la secrétaire d’État aux collectivités qui a dit cela sur une radio nationale, or c’est un peu facile, parce qu’il n’y a pas chaque jour des communes nouvelles qui se créent... Quand on se présente, c’est pour faire avancer les projets de la commune et pour avoir un lien de proximité avec nos concitoyens. Assez rapidement, on déchante, parce que l’on n’a plus de moyens. Au-delà de cet aspect financier, il y a le glissement des compétences vers les communautés de communes, notamment la compétence économique. Donc, nous en avons ras le bol, puisque nous n’avons plus de compétences et plus de moyens. Ce sont les communautés de communes ou d’agglomération qui ont les compétences et il ne me reste plus que la petite enfance et la police du maire : c’est-à-dire gérer les chiens qui aboient ou les chats écrasés...