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Contre les idées reçues sur la transformation numérique
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Cédric Deniaud, fondateur de The Persuaders : « La plupart des entreprises n’ont peut-être pas besoin de se transformer, puisqu’elles se portent bien. »
À l’heure de la transformation digitale, les grandes entreprises doivent revoir leur modèle organisationnel. Les prestataires d’hier, qui n’ont pas su anticiper les impacts du numérique, sont-ils les mieux placés pour continuer d’accompagner les leaders économiques français ? La société The Persuaders conseille plus de 60 grands groupes en France et à l’international, tels que Nestlé, Club Med, Mc Donald’s, Condé Nast, Century 21, EDF, Total, La Poste, Generali, AXA, BNP Paribas, HSBC, ou Renault... Il y a huit ans, Cédric Deniaud, ancien responsable digital de l’UMP, et Stéphane Puchois, ont créé le premier cabinet conseil spécialisé en stratégie et transformation digitales.
Ils faisaient le constat que les agences web et les agences de communication ne pouvaient pas accompagner la montée en compétences et les réflexions stratégiques des annonceurs, car elles se placent d’abord comme des réalisateurs (site internet, community management, production de contenus …). C’est là un véritable conflit d’intérêts, qui ne permet pas aux entreprises d’avoir une version claire, indépendante et objective de la meilleure stratégie digitale à suivre. Alors, attention à ne pas tomber dans la mode du tout numérique : c’est aussi un piège, comme nous l’explique Cédric Deniaud.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous estimez que les prestataires d’hier n’ont pas su anticiper les impacts du numérique. Qu’est-ce qui vous a conduit à cette conclusion ?
Cédric Deniaud : Cela fait plus de quinze ans que je suis dans le digital. J’ai commencé ma carrière chez Dell en e-commerce, en 2003, je suis passé à la Française des Jeux : donc, d’un groupe très américain, qui avait fait de l’Internet l’un des piliers de son développement, à la Française des Jeux qui, à l’époque, était dans une situation de monopole et où il ne fallait surtout pas dire que l’on pouvait jouer en ligne... J’ai découvert que certaines entreprises avaient compris que le digital allait être leur vecteur de développement, tandis que d’autres avaient de nombreuses raisons politiques ou stratégiques de ne pas y aller et d’attendre. À travers toutes mes expériences, j’ai été ensuite responsable digital de l’UMP, à l’époque de la présidence de Nicolas Sarkozy. Je me suis dit que les entreprises et les décisionnaires étaient fortement poussés dans le dos par tout un tas de prestataires, des éditeurs ou des agences plus ou moins spécialisées, qui leur disaient que tout allait aller de plus en plus vite et qu’il fallait aller sur Facebook, mais bien souvent elles se contentent de suivre la mode.
En réalité, une entreprise, qu’elle ait dix, vingt ou quinze ans, existe parce qu’elle a su créer son propre style. Un style, c’est quelque chose qui est intemporel. Une marque existe parce qu’elle a su se démarquer des autres. Aujourd’hui, les décisionnaires sont un peu perdus dans ce marasme qu’est le digital, où on leur parle de données, d’intelligence artificielle et de réseaux sociaux. J’ai créé The Persuaders il y a huit ans, en me disant que les entreprises n’ont pas besoin d’une agence supplémentaire, peu importe son positionnement, mais d’un avocat qui les aide à prendre des décisions de manière désintéressée. Donc, j’ai créé un cabinet, qui n’est pas là pour faire et pour remplacer du développement et de la création de contenus, mais pour rassurer les décisionnaires qui doivent prendre des décisions stratégiques qui embarquent de plus en plus l’organisation, les processus et les ressources de l’entreprise autour du numérique.