Les gros cailloux qui sont posés devant le rouleau compresseur chinois.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 14 septembre 2018 (numéro 956) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Il paraît que le président (à vie désormais) Xi Jinping a eu deux vexations principales ces derniers mois : que la Chine ne soit pas qualifiée au mondial de football (il adore ce jeu de ballon) et que l’Inde, dans ses derniers chiffres statistiques, affiche une croissance qui est désormais assez largement supérieure à celle de son pays. L’Inde est l’empire rival séculaire de la Chine, de longue date, et si l’on ajoute le Népal, le Sri Lanka, la Birmanie (Myanmar), le Bangladesh et le Pakistan, soit la dimension de l’ancien empire anglais des Indes, on a aujourd’hui une puissance proche de 2 milliards d’habitants, avec potentiellement un rôle de numéro un mondial de l’économie, ce qui fut le rang de l’Inde pendant presque deux millénaires, en rivalité complète avec la Chine, notamment sur la zone du sud-est asiatique, en Thaïlande, au Vietnam, au Laos et au Cambodge, sans oublier les îles de l’archipel indonésien.
Mao, Deng, Xi... trois étapes pour le renouveau.
Mao Zedong, dictateur sanguinaire (de 1945 à 1976, 100 millions de morts, contre 50 millions pour Hitler et 35 millions chez Staline), a réunifié un empire chinois éclaté, sous la férule du parti communiste. Deng Xiaoping, successeur de Mao, a plongé la Chine dans le monde moderne en envoyant des étudiants chinois étudier dans le monde occidental, il se souvenait qu’il avait appris à travailler dans les usines Renault durant la guerre de 1914-1918. Les successeurs de M. Deng ont fait du commerce, ont développé la prospérité chinoise, ont imposé l’enfant unique et donc l’enrichissement individuel de la population, tout en ne desserrant jamais l’étau politique, et en réprimant de façon violente les tentatives de révolte estudiantines notamment en 1989. Pour Monsieur Xi, le rêve, le programme, ce n’est pas le « Reich de Milan », mais c’est néanmoins de faire de la Chine la première puissance mondiale, à tout point de vue, d’ici à trente ans. Ce n’est pas si imbécile que cela, car je le rappelle, dans le passé, l’Inde ou la Chine se sont partagé le premier rang mondial, de loin, qu’il s’agisse de puissance militaire, politique, économique. Bien évidemment, les millénaires de prospérité indienne et chinoise furent accompagnés par l’accumulation de trésors culturels extraordinaires, la visite de la Chine montre que, malgré les destructions de la « révolution culturelle » du temps de la dictature de Mao Zedong, il y a encore de très beaux restes.
Les marques chinoises s’imposent au fil des ans.
Il y a quelques lignes, je vous disais que M. Xi était très vexé que la Chine ne soit pas présente au Mondial et qu’il n’y ait pas eu d’équipe chinoise de football sur les terrains de Russie. C’est en partie faux, car sur les terrains, les entreprises chinoises étaient ultrapuissantes. Sur les trois parrains principaux de la Coupe du Monde, trois étaient chinois, avec des caractères chinois alternant avec les caractères occidentaux. Hisense (électroménager), Vivo (ordiphone), et Mengniu avaient des partenariats exclusifs, le dernier étant spécialisé dans la distribution des produits laitiers durant la compétition, glaces comprises. Depuis les Jeux Olympiques de Pékin, on sait que la Chine a envie de dominer le monde sportif, car il s’agit d’une stratégie globale, de ce que les Anglo-Saxons appellent le « soft power ». En même pas trois décennies, la Chine est devenue la première puissance commerciale mondiale, le premier producteur de terres rares (qui sont ultra-nécessaires à la fabrication de produits de hautes technologies, comme pour les voitures électriques), c’est également le premier dépositaire de brevets, le premier fournisseur de publications scientifiques, c’est bien sûr le premier fabricant au monde pour les panneaux solaires, le premier investisseur dans les énergies renouvelables (la Chine produit néanmoins une partie très importante de son électricité en brûlant du charbon), la Chine, via le développement des ordiphones, est le numéro un mondial du paiement mobile…
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