France, le moment politique.
LITTÉRATURE
Hervé Juvin est économiste et essayiste. Il a conseillé de nombreux États, en Asie et en Afrique, il a été associé d’Eurogroup Consulting, un groupe de conseil en stratégie et organisation qui compte plus de 1200 consultants, et il a été président de l’Observatoire Eurogroup jusqu’en 2017. Il présente un manifeste écologique et social avec des propositions pour redresser la France. C’est un programme de civilisation qui va loin, puisqu’il imagine la France dans 100 ans, et il commence par traiter de l’écologie : « Ce livre s’appelle « France, le moment politique » parce que je crois que nous vivons un moment politique assez exceptionnel et c’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre. Le moment politique est exceptionnel à cause du vide politique... Quand je pense à la densité de femmes et d’hommes d’État que j’ai pu connaître dans les années 80 ou dans les années 90, je ne sais pas très bien aujourd’hui qui a la qualité d’une femme ou d’un homme d’État ! Et j’en vois très peu qui peuvent assumer le gouvernement de la France, parce qu’ils, ou elles, sont habités par une vision de la France. Je crois que ce vide politique se couple à un vide stratégique inquiétant. Que fait la France par rapport à la Chine ? Que fait la France par rapport à l’OTAN, de plus en plus agressive à l’égard de la Russie ? Que fait la France par rapport à un multilatéralisme totalement dépassé - on le voit avec les décisions du président Trump - et sans aucune réponse européenne ou française ? Ce vide stratégique est la manifestation la plus éclatante d’une question interdite qui est celle de notre identité collective. Je crois que l’Union européenne détruit l’identité collective des peuples européens, je crois que l’Union européenne cherche à détruire les nations européennes, mais elle se détruira elle-même. Je constate avec regret que la France ne sait plus affirmer une identité nationale et républicaine afin de faire de tous les Français et de toutes les Françaises un corps uni. Cela ne vient pas par hasard, ce vide stratégique et ce vide politique, cela vient de tant de décennies où la politique s’est réduite à la gestion des affaires et à la gestion de l’économie... Si j’ai choisi de commencer par l’écologie, c’est parce que ce sujet de notre milieu de vie, de notre santé, de la bienveillance de la nature, du maintien de l’incroyable richesse de la biodiversité animale et végétale et de la beauté du territoire français, tout cela est menacé pour nous-mêmes et pour les générations à venir. L’écologie est le domaine où l’on ne plaisante pas avec le temps ! Nous sommes aujourd’hui en train de jeter dans l’atmosphère, dans les eaux de la mer ou dans la terre, des substances chimiques, des rejets de gaz, dont les conséquences inéluctables se feront sentir à 50, 80 ou 100 ans… Les sujets de l’écologie obligent à avoir une vision pour les générations futures. Nous ne sommes pas aux 5 ans des échéances présidentielles, nous ne sommes pas dans les échéances électorales qui font courir tout le monde politique... Nous sommes contraints, quand nous regardons ce sujet absolument essentiel à notre vie, de penser à 30 ou 50 ans, donc très au-delà des cycles politiques actuels. C’est en ce sens que le moment politique est le moment où tous les acteurs sont confrontés à une vision de la France du futur, sur ce qu’il faut transmettre et sur ce qui doit demeurer envers et contre tout ».
Hervé Juvin estime que les politiques se concentrent beaucoup trop sur l’économie et que c’est une erreur fondamentale : « On a du sous-marxisme mal dirigé, y compris chez les ultralibéraux : ce que, probablement, ils ne comprennent pas, c’est qu’un corps politique c’est d’abord une identité, c’est d’abord un collectif doué d’une vie qui lui est propre et doué d’une ambition essentielle, celle de se diriger selon ses propres lois et de décider du destin que l’on s’est choisi. L’économie ne répond pas à toutes ces questions. Ce ne sont que les moyens de l’identité collective et ce ne sont que les moyens du projet collectif. À vouloir tout centrer sur l’économie, nos dirigeants politiques ont pris deux ou trois risques qui sont en train de leur exploser à la figure. Le premier risque - je pense à la célèbre phrase « Contre le chômage, on a tout essayé » - c’est que personne ne maîtrise l’économie au moment de la globalisation, parce que des forces très supérieures à celles des États et à celle des politiques décident du chômage, des revenus, de la circulation des capitaux et du commerce. Les politiques confient leur destin et font l’essentiel de leur discours sur un sujet qu’ils ne maîtrisent pas. Qu’est-ce que l’économie ? Pendant très longtemps l’économie s’est confondue avec le progrès et avec la croissance, d’où les affirmations de tant de dirigeants politiques, tout récemment encore en France : « Avec moi la croissance va remonter à 3 %, avec moi le chômage va redescendre en dessous des 5 %… » On sait ce qu’il en a été ! Est-ce si grave ? Certainement pas, parce que depuis un certain nombre d’années, probablement depuis les années 80 et 90, la croissance économique a cessé de se confondre avec le progrès. On sait bien qu’un certain nombre de sociétés les plus malades sur Terre sont des sociétés qui connaissent la croissance et la prospérité économique. On sait bien que des sociétés fières d’elles-mêmes, certaines de maîtriser leur destin, sont des sociétés qui ne vont pas très bien sur le plan économique : par exemple, des pays comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne sont ravagés par l’obésité, sont ravagés par les conséquences de la nourriture industrielle qui n’a plus rien à voir avec les éléments naturels, ce qui donne une conséquence extrêmement brutale : l’espérance de vie des classes populaires est en train de régresser de plusieurs années ! Vous savez que l’espérance de vie est l’un des critères essentiels du développement humain. Dans le même temps, vous avez des pays qui, certes, n’ont pas le même niveau de richesse économique - je pense naturellement à la Russie, à la Chine, à nombre de pays d’Asie - qui sont animés par une conscience collective et une conscience d’un destin choisi et voulu qui fait que, d’une manière ou d’une autre, chacune et chacun estiment avoir sa place dans une aventure collective et qu’ils sont probablement beaucoup plus contents de la vie et confiants dans l’avenir que nous ne le sommes... Les statistiques internationales sont terrifiantes à cet égard ! Un Indien sous Ram Nath Kovind, un Russe sous Vladimir Poutine, ou un Chinois sous Xi Jinping, sont infiniment plus confiants dans l’avenir, infiniment plus heureux d’être Indiens, Russes ou Chinois que nous ne le sommes d’être Français, Britanniques ou Américains, malgré notre niveau indécent d’accumulation de richesses matérielles... Non seulement l’économie ne répond pas à tous les problèmes, mais l’économie est une partie du problème à venir ! »
Dans son livre, Hervé Juvin aborde aussi la question de la sécurité qu’il estime être la première de nos libertés individuelles : « J’ai beaucoup d’inquiétudes quand je vois la loi sur ce que l’on appelle les fake news, qui va permettre de tarir les sources d’information qui ne concordent pas avec les intérêts du pouvoir et, soyons clairs, avec les intérêts des multinationales et de la finance... J’ai beaucoup d’inquiétudes quand je vois la loi sur le secret des affaires qui va probablement limiter les capacités d’expertise et d’enquête sur la toxicité d’un certain nombre de produits. Je suis très inquiet quand je vois le Premier ministre se réjouir que l’on va réduire la durée de mise sur le marché des médicaments parce que, si quelque chose demande à être testé et éprouvé, ce sont bien les médicaments ! J’ai des inquiétudes pour nos libertés sur le plan de lois liberticides et des nouvelles acquisitions que l’on nous fait subir. Il suffit de regarder les faits divers, la sécurité au jour le jour des Français qui n’est plus assurée. Il faut dire très franchement que les gens n’ont pas peur des blonds aux yeux bleus dans les transports publics, ce n’est pas contre eux qu’ils sont obligés d’organiser des rondes pour surveiller leur maison quand ils partent en vacances ! Il faut être très clair, il y a un lien évident entre la sécurité et le multiculturalisme. D’ailleurs, Angela Merkel elle-même en avait convenu, peu de temps avant d’accepter, de manière totalement surréaliste, l’entrée d’un million de migrants sur le sol allemand. On en constate en Allemagne les conséquences avec, partout, la montée des partis d’extrême droite, le retour de nationalistes parfois agressifs, mais il y a partout une grande demande qui contribue à me faire douter de la primauté de l’économie. Un État qui n’assure pas sur son territoire la sécurité de ses citoyens n’est plus un État légitime ! La question va se poser en France auprès d’élites prétendues, auprès de la dictature mondialiste et globaliste qui veut que tous les hommes soient les mêmes. Un gouvernement, des dirigeants politiques et une élite qui n’assurent plus la sécurité des citoyens sur leur territoire, et donc le contrôle des frontières, ce sont des élites et des gouvernants qui ont failli et qui ne sont plus légitimes à exercer le pouvoir. Je suis persuadé que c’est une question qui va monter dans les années à venir. » L’ouvrage est passionnant car Hervé Juvin ouvre des pistes de disruption sur le plan politique qui vont intéresser toutes les générations.
« France, le moment politique » d’Hervé Juvin est publié aux Éditions du Rocher.
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