Prenons le pouvoir sur notre santé ! Vers une médecine sur mesure.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Pour cet été, on oublie un peu la politique et l’économie, et on se penche sur notre santé avec le docteur Didier Chos. Spécialisé en nutrition, micronutrition et microbiotes, le docteur Didier Chos est le président fondateur de l’Institut Européen de Diététique et Micronutrition (IEDM). Il est directeur pédagogique des Diplômes Universitaires de Micronutrition (Universités de Strasbourg et de Casablanca) et, par ailleurs, l’auteur de nombreux ouvrages dans le domaine de la micronutrition, dont « En bonne santé grâce à la micronutrition » (Albin Michel, 2014) et « Maigrir Intelligent : et si tout venait de l’intestin, notre 2ème cerveau ? » (Albin Michel, 2015). Médecin du sport, ancien sportif de haut niveau, consultant nutritionnel de l’équipe de France de natation, il est l’un des fondateurs de la micronutrition. Selon lui, « la science réhabilite les médecines traditionnelles » et c’est ce qu’il entend démontrer dans son dernier livre qui permet de mieux comprendre les rouages de notre organisme. Depuis le début du XXIe siècle, trois révolutions biomédicales ont bouleversé la conception que nous avions du fonctionnement de notre corps : « Elles nous ont appris que nous étions uniques, déterminés par nos gènes, mais aussi façonnés par notre mode de vie (ce que l’on mange, l’air que l’on respire, notre niveau de stress…) et par les milliards de bactéries peuplant nos microbiotes. C’est ainsi que la science rejoint les médecines traditionnelles… »

Il explique que tout ce que notre corps reçoit a une importance, il s’agit des aliments, mais aussi des émotions, comme le stress, et tout cela a des conséquences sur notre santé. Mais n’est-ce pas du simple bon sens, puisque c’est quelque chose que l’on sait depuis des siècles ? Pour Didier Chos : « Cette observation est tout à fait valable, puisque l’on reprend une notion ancestrale : celle de l’hygiène de vie. On sait que la médecine moderne a accompli des progrès assez fantastiques depuis ces dernières décennies. Elle a réussi à vaincre un certain nombre d’épidémies, puis des maladies. Mais, malgré tous ces progrès, on s’est rendu compte qu’elle n’avait pas réussi à être pertinente sur ce que l’on appelle les maladies de civilisation : ces maladies sont l’obésité, le diabète, le cancer, les maladies auto-immunes, les allergies… On a fait d’énormes progrès sur la médecine curative mais, sur la prévention des maladies, on n’a pas été très bon... » Maintenant, la science rattrape la tradition. Or, la tradition c’était prévenir plutôt que guérir : « Si l’on prend le domaine de la nutrition, on voit bien que la nutrition de ces dernières décennies s’est essentiellement préoccupée des problèmes de surpoids. Hippocrate, qui est le père de la médecine et de l’alimentation, a toujours dit que l’alimentation était le premier médicament. Il pensait que tous les problèmes d’hygiène de vie avaient des conséquences, c’est-à-dire la façon de remplir son assiette, mais aussi la façon de bouger et tout ce que l’on appelle aujourd’hui la gestion du stress et du sommeil. Dans nos sociétés modernes, nous sommes tous confrontés à des stress multiples et variés, qui sont de tout autre ordre du stress d’il y a des milliers d’années... Aujourd’hui, les stress qui posent véritablement problème sont des stress relationnels, dans la vie de tous les jours, mais aussi dans la vie professionnelle. Aujourd’hui, on parle de cette évolution du stress vers la dépression et le burn-out, tout simplement parce que ces éléments font que, même si nous ne développons pas des maladies aiguës, nous développons des pathologies qui nous entraînent tous à partir de 55 ans vers des pathologies chroniques. On observe une réalité inquiétante : certes, la longévité s’est bien améliorée, on arrive à gagner un trimestre tous les deux ou trois ans mais, depuis dix ans, la longévité en bonne santé est en train de régresser ! »

Le facteur psychologique est essentiel. Par exemple, un groupe d’assurances a réalisé une étude intéressante sur le viager : ainsi, lorsqu’une personne vend sa maison en viager, elle reste à son domicile, elle perçoit une rente chaque mois et son espérance de vie augmente parce qu’elle est plus heureuse… Didier Chos souligne que « cet exemple est assez cohérent avec le fait que plus on avance en âge, plus les notions de sécurité et de mieux-être sont importantes. Le mieux-être et le bien-être sont des états de santé qui ne sont pas toujours bien compris par la médecine et, plus on avance en âge, plus on se rend compte que c’est sur ces notions qu’il faut véritablement faire des progrès. Avec la micronutrition, on s’est rendu compte que si l’on voulait donner de bons conseils en matière d’alimentation et de santé, il fallait de plus en plus personnaliser le conseil. Faire des recommandations générales, c’est très bien, mais la personnalisation est le garant de l’efficacité. Un certain nombre de connaissances scientifiques modernes, dont tout le monde entend plus ou moins parler, nous permettent de comprendre que, depuis quinze ans, il y a trois révolutions qui bouleversent l’approche de la médecine et l’approche médicale classique qui repose sur des recommandations, des statistiques ou la santé des populations. On évolue vers la médecine personnalisée et cette notion gagne la médecine préventive, mais aussi la médecine classique, la médecine curative : c’est-à-dire que, de plus en plus, les médicaments vont être destinés à chaque personne, puisque nous ne gérons pas les médicaments de la même manière. En matière de prévention, la façon de mieux manger et la façon de bouger sont très importantes. Nous n’avons pas une même approche en matière de motivation, parce que nous avons tous des structures de personnalité qui font que certains sont attirés par certaines modalités de motivation et d’autres non. Donc, si l’on veut prodiguer des conseils pertinents, les professionnels de santé doivent devenir des médecins qui pratiquent la médecine personnalisée ».

Son livre ne se termine pas par des recommandations de santé ou de bien-être, mais par un questionnaire et il y a des rails différents selon son état : « Jusqu’à présent, on explique que la santé, ce n’est pas un capital, ce n’est pas quelque chose qui nous tombe du ciel et que nous allons simplement la gérer. On demande que chacun prenne en charge sa santé. C’est bien de prendre en charge sa santé, mais il faut d’abord comprendre de quoi il s’agit et nous avons souhaité aider les gens à prendre le pouvoir sur leur santé. Pour cela, il faut savoir dans quelle dimension nous nous situons et c’est pour cette raison que nous évoquons différents profils. Nous avons travaillé pendant une vingtaine d’années sur les profils nutritionnels et nous nous sommes rendu compte que si des personnes souhaitaient perdre un peu de poids ou avoir une alimentation qui leur convienne mieux, en raison de leurs intolérances alimentaires ou de leurs problèmes digestifs, il y avait des profils particuliers tout à fait différents et nous avons proposé des alimentations santé différentes en fonction des profils. Pour tous les autres problèmes de santé, que ce soit pour l’activité physique, la façon de gérer son stress et son sommeil, ce n’est pas la même chose… Nous avons déterminé quatre profils très différents de personnes qui présentent des orientations de perturbations de santé particulières. Sur le problème digestif, avec les milliards de bactéries qui contribuent à informer notre organisme de tout ce qui rentre et de tout ce qui sort, tout cela est éminemment important. Il y a des gens qui ont des perturbations digestives et cela fait le lit de beaucoup de pathologies. Il y a des gens qui digèrent mal, avec des problèmes de transit, des ballonnements et parfois des allergies ».

En conclusion, nous devons prendre soin de notre corps car parfois on fait davantage attention à sa voiture : les gens s’affolent de la moindre rayure, mais ils ne prennent pas soin d’eux et ils infligent des rayures à leur organisme : « Vous avez raison et nous avons fait cette comparaison entre les modalités de contrôle qualité d’une maison, quand vous voulez acheter un bien immobilier, et quand on confie sa santé à la médecine… En médecine, le contrôle qualité consiste en quelque sorte à regarder s’il n’y a pas de fumée qui sort du tuyau d’échappement et, si la carrosserie n’est pas trop cabossée, on n’ouvre pas le capot… Au mieux, on confie cela à des médecins qui sont chargés de voir si vous n’allez pas mourir demain… On a un bon système pour savoir si l’on n’est pas malade, mais notre système n’est pas pertinent pour savoir si l’on est en bonne santé ! » Didier Chos livre un dernier conseil : « Une alimentation intéressante, ce n’est pas une alimentation qui évite ou qui conseille : c’est d’abord une alimentation extrêmement variée et, dans la variété, on n’exclut rien. Trop manger ou mal manger devient un substitut des modalités de gestion du stress et c’est là où l’hygiène de vie n’est pas adéquate. Mais la bonne alimentation, la bonne activité physique et la bonne gestion du stress et du sommeil, c’est la prise en compte des besoins de chacun et une négociation permanente. Une meilleure alimentation permet de mieux bouger et mieux bouger permet de mieux s’alimenter. Bien bouger et bien s’alimenter permettent de mieux gérer son stress. Et mieux gérer son stress permet de mieux gérer son sommeil... C’est donc un cercle vertueux ! La notion classique visant à imposer un certain nombre de règles pour avoir une bonne santé n’est pas très motivante... »

« Prenons le pouvoir sur notre santé ! Vers une médecine sur mesure » de Didier Chos est publié chez Solar Éditions.

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