L’Allemagne, un géant automobile aux pieds d’argile.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 3 août 2018 (numéro 953-954) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Il y a une petite vingtaine d’années, en 1999, la production automobile en France était proche de 3 millions d’unités par an, utilitaires légers compris, et celle en Allemagne était un peu supérieure à 5 millions d’unités. Après des mésaventures pour certains en Amérique (le groupe Daimler, avait pris le contrôle de Chrysler et une position forte chez le japonais Mitsubishi), les constructeurs allemands ont décidé de renforcer leurs bases locales, et n’ont pas fait de grosses acquisitions, cherchant à développer leurs implantations chinoises dans le cadre de coentreprises, continuant leur implantation industrielle et commerciale nord-américaine, mais s’axant de plus en plus sur les véhicules de haut de gamme, avec une production allemande pour la plupart du temps.

La mondialisation oui, mais celle des clients plus que celle des usines ! Le groupe Volkswagen, grâce notamment à ses succès chinois (sous les marques Volkswagen, Audi et Skoda), est devenu temporairement le numéro un mondial de l’automobile, mais, en 2016, il s’est pris les pieds dans le tapis de ses mensonges, en Amérique du Nord, avec des logiciels de trucage qui permettaient de passer les tests de contrôle des émissions polluantes alors que les véhicules consommaient et polluaient beaucoup plus que ce qui était indiqué dans les notices. Il ne faut pas oublier qu’il y a cinq gros constructeurs allemands, qui sont notamment Daimler, BMW, le groupe Volkswagen, Ford-Europe, et Opel (ancienne filiale de General Motors).


Une partie qui se joue à cinq contre deux

En France, il n’y a que deux constructeurs, le groupe PSA (Peugeot-Citroën il y a une vingtaine d’années), et Renault (qui était tout seul il y a une vingtaine d’années, qui a fait plein d’acquisitions depuis, on y reviendra). En 2017, après un point bas à 1,45 million d’unités en 2013, la production automobile en France a été d’environ 1,8 million d’unités, en Allemagne, on était à 5,64 millions d’unités. Là où la production automobile française pesait grosso modo 60 à 63 % de la production automobile allemande (l’écart le plus faible date de 2002 avec 3,29 millions de voitures fabriquées en France pour 5,12 millions en Allemagne), on a une sorte d’impression de déclin, avec une production française qui ne représente aujourd’hui même pas le tiers de la production allemande. Tout d’abord, le marché allemand est, structurellement, le premier débouché européen, avec une consommation de voitures et de véhicules utilitaires légers de l’ordre de 3,5 millions chaque année, contre un plus haut compris entre 2,4 et 2,5 millions pour le marché français.

Ensuite, il faut savoir que le marché allemand est chauvin, à l’inverse du marché français, il est assez mal vu, pour un Allemand, d’acheter un véhicule importé. La population locale achète pour 70 % de modèles issus des groupes automobiles locaux, même si, très souvent, ils sont fabriqués en Slovaquie, parfois même en Afrique du Sud (le cas de certaines BMW Série 3, aux Etats-Unis (les BMW X5), voire en France (nombre de moteurs des Mercedes, mais aussi les Smart, fabriquées à Hambach). Lorsque l’on est fournisseur du groupe Daimler, il n’est pas possible d’entrer pour faire une livraison dans l’usine si on n’est pas au volant d’un camion orné de la fameuse étoile. C’est ainsi, en France, on n’a pas ce patriotisme ou ce réflexe de solidarité économique entre entreprises. En France, même si pendant très longtemps les notaires et les comptables ont roulé en 504, en R16 ou encore en Citroën DS, aujourd’hui, pour s’afficher, on préfère être au volant d’une Audi horriblement cher, parfois même surcotée comme la Q2, qui n’est qu’une vulgaire Polo un peu mieux finie avec une carrosserie légèrement différente, mais vendue 44.000 euros alors que la Polo qui est bradée dans certaines offres, est à peine au-dessus d’une dizaine de milliers d’euros.

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