Faut-il jeter l’action Carrefour avec la monnaie des courses.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 27 juillet 2018 (numéro 952) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Mercredi, suite à une étude défavorable du bansker (multi-condamné dans les manipulations de marchés divers) britannique Barclays, le titre Carrefour a subi de gros désengagements, accentuant sa baisse sur l’année 2017, pour frôler son plus bas des dix dernières années qui fut, je me permets de le rappeler, de 12,48 euros. Si, à 12,48 euros, il y avait de vraies raisons de se méfier du titre Carrefour, aujourd’hui, alors que l’entreprise est reprise en main, qu’elle a un plan de retournement fort, et qu’elle est toujours rentable, distribuant un dividende correct, on peut se poser des questions sur le caractère outrancier, voire manipulé, de cette énorme baisse qui contraste avec l’enthousiasme de l’accueil, fin janvier, fait au plan de restructuration, lequel enthousiasme avait porté le titre au-dessus de 19 euros. Les vendeurs à découvert, qui sont souvent des robots, ont survendu le titre, et il est vraisemblable que la reprise sera d’autant plus forte qu’il y a eu beaucoup de titres vendus, et qu’il n’y aura pas de titres nouveaux, puisqu’il n’est pas prévu de réaliser une augmentation de capital en numéraire.


L’alliance avec Tesco forge un géant de 146 milliards € de CA.

Carrefour reste, nonobstant les critiques, le numéro deux mondial de la grande distribution alimentaire, avec des parts de marché très fortes en Amérique du Sud (Brésil et Argentine surtout), tout comme dans l’Europe du Sud (France, Espagne, Belgique et Italie principalement). Ce n’est par hasard que les deux géants européens que sont Carrefour et Tesco ont décidé de s’allier pour doper leur compétitivité. Au tout début du mois de juillet, il y a quelques jours seulement, Carrefour et Tesco ont annoncé un accord stratégique de long terme sur les achats et les services aux fournisseurs, histoire de regagner des marges, qui seront pour partie restituées aux consommateurs, clients de Tesco comme de Carrefour, et pour partie conservées sous forme de marge opérationnelle supplémentaire. Au-delà des achats auprès des fournisseurs habituels de la grande distribution, ce qui est intéressant, dans cet accord, c’est que le groupe Carrefour et le groupe Tesco vont acheter en commun les équipements destinés aux magasins, qu’il s’agisse de l’éclairage, des gondoles de présentation des produits, voire des chariots de transport de courses.

Il y aura également une alliance dans les achats de produits de marques propres, qui représentent la moitié des ventes de Tesco et un quart de celles de Carrefour. Je rappelle que le groupe Carrefour cherche à porter la part des marques propres dans son chiffre d’affaires à 33 %, et à réduire de 75 à 67 % la part des marques internationales ou nationales. Le groupe Casino avait noué précédemment un accord avec Auchan et Metro, l’ensemble Tesco plus Carrefour représente une dimension équivalente voire même légèrement supérieure. Il ne faut pas oublier que le groupe Carrefour avait noué, en avril dernier, un accord du même type pour le marché français avec Système U, ce qui, en ajoutant les deux parts de marché, lui permettait de se hisser au rang des leaders pour les achats en France, avec environ 30 % de la distribution alimentaire. Le chiffre d’affaires combiné de Tesco plus Carrefour c’est 146 milliards d’euros. Si l’on ajoute Système U, on est à presque 160 milliards.


Des économies sur les achats, y compris pour les charriots.

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