Bolloré : 196 ans et toutes ses dents.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 6 juillet 2018 (numéro 949) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!

Le 195e anniversaire du groupe Bolloré, c’était l’an dernier. A l’origine, il s’agissait des papeteries Bolloré, installées près de Quimper, sur les bords de l’Odet, en Bretagne, où l’entreprise a su prospérer, tranquillement, en utilisant une énergie renouvelable, de l’eau pure, et une technologie très pointue permettant de fabriquer du papier peu épais mais hypersolide, à un moment où le papier, cela commençait à avoir de l’importance. En 1922, la quatrième génération, alors dirigée par René Bolloré, s’était exprimée à l’occasion du centenaire de l’entreprise. On en est à la huitième ou neuvième génération, selon que l’on s’arrête à Vincent ou à son fils Yannick, qui a d’ores et déjà récupéré le pouvoir chez Vivendi. En 1922, pour le centenaire, l’entreprise était devenue une entreprise de dimension nationale, rayonnant sur les colonies, mais n’avait pas une
renommée mondiale.


Une affaire de famille...

Lorsque Vincent Bolloré fêtera le bicentenaire de l’entreprise, juste avant de passer la main à la nouvelle génération, définitivement, comme il s’y est engagé, le groupe Bolloré aura pris une dimension mondiale, et souvent le leadership dans ses marchés, avec un horizon qui n’est pas celui de la semaine suivante, encore moins celui des comptes trimestriels, mais davantage celui de générations qui s’obligent les unes aux autres, à se former, à transmettre, à faire croître, et qui s’obligent également vers les employés, dont une fidélité et une loyauté est exigée, mais qui sont récompensés, un peu à l’ancienne, par un travail garanti. Dieu sait quelles peuvent avoir été les vicissitudes d’une entreprise presque bicentenaire. Pendant la guerre de 1914-1918, les Allemands, les gros clients de l’époque, ont saisi les comptes de la filiale, gardé le papier, et incendié les dépôts de Leipzig. Il n’y aura peut-être pas beaucoup de coiffes bretonnes ou d’habits traditionnels, de chapeaux ronds, lors de la fête du bicentenaire, ceci dit, il n’y a pas plus breton que Vincent Bolloré, même s’il habite à Paris !

Dans un humour qui peut être discuté et qui est certainement discutable, lors de sa visite au Saint-Siège, ce mardi, le président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, a parlé de la « mafia bretonne ». Il ne s’agit certainement pas d’une mafia, mais il s’agit d’une sorte d’obligation que l’on a les uns envers les autres, de solidarité régionale, d’un particularisme qui a regroupé des gens comme Patrick Le Lay, Yves Rocher, Vincent Bolloré et tant d’autres patrons issus de la Bretagne, qui ont toujours essayé d’être solidaires les unes des autres, un peu comme les patrons vendéens ont, face à l’adversité, le réflexe de se serrer les coudes, ce qui a amené le succès d’entreprises désormais de taille mondiale comme Dubreuil (Air Caraïbes, French Bee…) ou encore Bénéteau. Quand on est dans la pauvre Bretagne, on s’oriente vers le grand large. L’entreprise Bolloré a fabriqué le papier pour la vieille société RJ Reynolds, propriétaire de la célèbre marque de cigarettes « Camel ».

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