Un maire interdit dans sa ville les radars privés embarqués.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-Bernard Dufour, maire de Naujac-sur-Mer (Gironde) : « Demain, on pourra être flashé par un fiché S ! »

Jean-Bernard Dufour, maire de Naujac-sur-Mer, a pris un arrêté pour proscrire dans sa commune les radars embarqués privés. Le texte stipule « l’interdiction de circulation sur l’ensemble du réseau routier de la commune de Naujac-sur-Mer à tous véhicules munis de systèmes de caméras embarquées en fonctionnement ». Le maire de cette localité de 1000 habitants n’a pas pris cette décision pour défendre les chauffards, mais pour protester contre cette délégation de service public à des sociétés privées. Il estime que c’est à la police ou la gendarmerie qu’il incombe de procéder à de tels contrôles et il s’appuie sur un article du Code de la route stipulant qu’il est interdit « de placer dans le champ de vision du conducteur un appareil doté d’un écran ne constituant pas une aide à la conduite ou à la navigation. Or, l’installation d’une caméra embarquée peut entraîner une perte d’attention et de fait la maîtrise du véhicule par son conducteur, causes de manœuvres dangereuses et accidentelles ». Derrière cette mesure, il entend surtout ouvrir le débat sur la légitimité de la privatisation des contrôles routiers à travers ces véhicules qui disposeront de radars embarqués.


L’Hebdo-Bourseplus : Qu’est-ce qui vous a conduit à prendre cet arrêté ?

Jean-Bernard Dufour : Je ne suis pas contre la sécurité, parce qu’il serait quand même idiot de la part d’un élu d’être contre la sécurité ! Donc, si des contrôles supplémentaires doivent être pratiqués par les forces de l’ordre - c’est-à-dire par la gendarmerie ou les forces de police - je ne suis absolument pas contre. Mais je n’accepte pas que l’on confie ces missions d’ordre régalien à une société privée. Ce n’est pas normal.


S’agit-il d’un coup de gueule médiatique de votre part, ou votre arrêté est-il bien légal ?

Je vais être honnête. Oui, cela peut être le coup de gueule d’un citoyen lambda, d’un élu aussi, mais j’y ai pris goût lorsque j’ai eu le retour des gens qui auraient dû me répondre d’une façon très correcte et en prêtant une oreille attentive à ma préoccupation. Mais là, on a joué à l’intoxication... Je ne vais pas aller jusqu’à dire que j’ai été menacé, mais on m’a fait comprendre que j’étais un petit maire qui ne représentait pas grand-chose et que c’était un arrêté illégal...

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