Petite histoire des guerres de Vendée.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Henri Servien a été professeur d’histoire-géographie dans l’enseignement secondaire et il est l’auteur d’essais historiques portant notamment sur l’Empire colonial français et la Guerre de Vendée. Sa « Petite histoire de France » a reçu le Prix Saint-Louis et la Minerve d’or de la Société d’Encouragement au Bien. Par ailleurs, sa « Petite histoire des colonies et missions françaises », préfacée par Jean Raspail, a été couronnée du Prix des Intellectuels indépendants et du Prix Lyautey de l’Académie des sciences d’outre-mer. Il vient de publier la « Petite histoire des guerres de Vendée », en quelque sorte un livre d’initiation à l’épopée de l’Ouest. Pour la première fois depuis plus de cinquante ans, une synthèse rigoureuse est proposée, abondamment illustrée de dessins originaux et destinée à la fois aux jeunes et aux curieux.

Henri Servien souligne : « On ne parle plus des guerres de Vendée au lycée. Et, en faculté, il n’y a que ceux qui ont choisi la période révolutionnaire qui savent un peu quelque chose. Néanmoins, petit à petit, depuis deux ou trois générations, il y a eu des ouvrages qui se sont multipliés et, avec le spectacle du Puy du Fou, cette histoire est davantage connue. Il est difficile de ne pas faire le procès de la République quand on voit ce qu’elle a ordonné sur ses propres citoyens ! C’est ce qui s’est passé en Vendée. Depuis la IIIe République - vous pouvez revoir les ouvrages scolaires - on présentait parfois un chef vendéen en nous expliquant que c’était quelqu’un d’abominable. Et c’était toujours très manichéen... On observe, parmi les révolutionnaires, surtout la bourgeoisie acquise aux idées nouvelles, mais ni les paysans, ni les nobles n’y ont trouvé leur compte : « Au départ, certaines mesures ont attiré les agriculteurs vendéens quand il y a eu la vente des biens nationaux. Certains en ont acquis mais, très vite, ils se sont rendu compte que les acheteurs principaux, avec lesquels il ne pouvait pas rivaliser, étaient les agents de la bourgeoisie. Dès le départ, il y a eu des rancœurs. Ce qui a joué aussi, c’est la ferveur religieuse des Vendéens. Il y a eu de nombreux pèlerinages dans de nombreuses provinces de France, avec des gens accablés, mais les Vendéens sont toujours restés fidèles à la religion. Aux yeux des Républicains, c’était des fanatiques : l’expression a été employée par Diderot et Voltaire pour qui, à partir du moment où l’on est chrétien, on est un fanatique... »

Ainsi, 300 000 Vendéens se soulèvent... Ils étaient parfaitement bien organisés et ils ont pratiquement constitué une sorte d’armée : « Il y a des descriptions et des interventions. Je reprends beaucoup de textes de survivants de ces génocides, parfois des proches de gens qui se sont battus, comme des lettres de la marquise de La Rochejaquelein qui a fait une enquête très pointue. C’est la différence avec les Chouans : ils participent du même combat mais, ce qui diffère, c’est l’organisation. Les guerres de Vendée ont duré plus longtemps parce qu’il y avait une organisation, avec un conseil supérieur, une sorte d’état-major, et tout était vraiment bien organisé parce qu’ils ont pensé à la logistique et à différentes choses très modernes. En Vendée, il y a des effectifs importants, souvent entre 10 000 et 30 000 hommes, mais avec cette capacité de se disperser dès que les choses vont mal. Bien sûr, il y avait des morts et des prisonniers, mais les Vendéens avaient un sens inné et une bonne formation, parce qu’ils ont fait leur service militaire avec des milices de bord de mer qui furent installées au XVIIIe siècle pour surveiller les côtes. On leur a appris à manier des armes et à charger un canon, certains ont ensuite pu apprendre cela aux autres ».

Finalement, la République a très vite compris l’efficacité de cette organisation et elle a même pris peur : « Quand la République parle des Vendéens, elle ne parle que des brigands, c’est-à-dire des gens qu’il faut éliminer, parce que celui qui reste fidèle à sa foi et à ses engagements régionaux ne comprend rien à la Révolution et aux Lumières, donc il n’appartient plus à l’espèce humaine ! Dans ce cas-là, les fanatiques doivent être exterminés... L’extermination s’est passée d’une façon méthodique et il ne faut pas oublier que les députés de la Convention ont tout fait pour se retrancher derrière des lois. La première loi a détaillé la politique de la terre brûlée pour toute la Vendée, avec l’appui d’un député vendéen républicain. Il fallait donc tout brûler, incendier les forêts, supprimer toutes les ressources et les récoltes, affamer les Vendéens et déplacer les habitants... Dans la deuxième loi, demandée par Barère, on en est arrivé à l’extermination : « Détruisez la Vendée, détruisez la Vendée… » Et cela va être fait. Il y avait des représentants sur place, le long des bords de Loire notamment, qui avaient des idées excellentes pour exterminer à travers l’arsenic ou l’infection des puits et des points d’eau. Ce sont les prisonniers qui ont surtout été exterminés. Et des prisons comme celle de Nantes ont été considérées comme des sortes de camps d’extermination. Tout cela a été très méthodiquement fait. Mais les généraux républicains, qui se méfiaient quand même de quelque chose, réclamaient sans cesse l’aval du gouvernement ».

Cependant, on nous présente souvent les guerres de Vendée comme un groupe de paysans qui se révoltent au fond de leur bocage, mais ils étaient tellement puissants que le gouvernement de la République s’est même demandé s’ils allaient poursuivre jusqu’à Paris : « Il faut bien distinguer la guerre de Vendée entre mars 1793 et la fin de l’année 1793. Après la bataille de Cholet, les chefs vendéens ont décidé de passer la Loire pour ne pas être pris en tenaille, avec des civils, des femmes, des enfants et du bétail, et ils sont partis vers le nord jusqu’en Normandie. Le plan était de s’emparer d’un port pour essayer d’avoir des renforts de troupes immigrées qui étaient en Angleterre et qui auraient pu passer la Manche. Effectivement, l’idée était de soulever la Normandie et de marcher sur Paris. Les Républicains ont compris tout cela et ils ont mis les bouchées doubles. Je ne fais que répéter ce que j’ai lu et ce que l’on trouve dans les correspondances de cette grande virée de Galerne. C’était très dur car c’était un aller-retour sur des centaines de kilomètres. Ils étaient en sabots, cela nécessite une abnégation et un courage inouïs ! »

Pendant ce temps, les députés républicains disent à la Convention : « Nous ferons un cimetière de la France, plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière ». Henri Servien rappelle que « c’est une phrase qui revient plusieurs fois. C’est Turreau qui a dit cela d’abord, mais aussi Saint-Just et d’autres. Les Vendéens ne devaient plus vivre, parce qu’ils s’étaient révoltés contre la République. On évoque la destruction totale de la région, avec le génocide des rebelles et, étaient considérés comme rebelles, tous les Vendéens, y compris les plus faibles comme les enfants. On a aussi fait payer ceux qui n’étaient pas partis, notamment les femmes. C’était absolument terrible, au-delà de ce que l’on peut imaginer, et des officiers républicains farouches ont même été écœurés. Le général Dumas ou Bonaparte ont demandé à ne pas être nommés dans l’Ouest, parce qu’ils savaient ce qui se passait... Cela se répandait dans l’armée républicaine, les familles recevaient des lettres de soldats avec des témoignages sur ce qu’ils avaient fait ou avaient vu. Certains disaient des choses pour se glorifier : « Nous avons fait passer les femelles de l’autre côté de la haie… »

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