La France veut pousser l’Europe à se démarquer de Washington et de Moscou sur la crise au Proche et au Moyen-Orient.
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Belkhir Belhaddad, député LREM de la Moselle : « C’est parce que la France a une relation très particulière et passionnelle avec certains pays, que nous nous devons d’être à l’avant-garde. »
Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, vient de déclarer à l’Assemblée nationale que la France considère que « Jérusalem a vocation à devenir la capitale de deux États au terme d’un règlement négocié ». Cette position a été prise lors d’une réponse au parlementaire Belkhir Belhaddad, qui l’interrogeait sur la situation explosive au Proche et au Moyen-Orient. En effet, pour le député de la Moselle, « unilatérale, incompréhensible, irresponsable, contredisant les engagements des États, relevant du diktat, la décision du président Trump de sortir les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien agit comme une traînée de poudre sur les délicats équilibres aux Proche et Moyen-Orient. La semaine passée, aux frappes sur le plateau du Golan répondaient des tirs de missiles sur des positions iraniennes en Syrie. L’anniversaire des 70 ans de l’État d’Israël et l’installation de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem s’accompagnaient de tirs meurtriers sur Gaza, provoquant 59 morts et plus de 2400 blessés. Dans toute la zone, le vocabulaire et les actes guerriers reprennent place. Cet usage disproportionné de la force est condamné par la communauté internationale ».
Le député LREM a également rappelé : « Nous devrions pourtant nous souvenir des conditions d’émergence de Daech sur les ruines de l’État irakien. Les conséquences désastreuses nous touchent avec force aujourd’hui » alors que « l’Union européenne et, singulièrement, la France ont effectivement un rôle historique et capital à jouer. L’heure est venue de prendre nos responsabilités : nos responsabilités quant à la place que pourra occuper l’Union européenne dans cette bataille diplomatique ; nos responsabilités pour que celle-ci affiche son unité face aux dissensions de certains de ses membres ; nos responsabilités pour contester, devant l’OMC – Organisation mondiale du commerce –, l’extraterritorialité des décisions américaines ». Des propos intéressants, qui permettent d’engager un débat sur le thème suivant : quelle est la position de la France et de la majorité parlementaire sur la situation dans cette zone ? Belkhir Belhaddad, député LREM de la Moselle, répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : La France a toujours entretenu un lien spécifique avec le monde arabe. On a souvent parlé de la politique arabe de la France, mais on a le sentiment que ce lien s’est quelque peu distendu au cours de ces dernières décennies. Certes, il était remonté en force avec la ferme position de Dominique de Villepin avant la deuxième guerre en Irak, mais ce capital de sympathie est à nouveau en train d’être perdu progressivement. Quelle est la situation ?
Belkhir Belhaddad : La situation n’a rien à voir avec celle d’il y a vingt ans, elle est effectivement beaucoup plus tendue. Le contexte géopolitique a considérablement évolué, notamment depuis le printemps arabe, et l’on constate, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, que beaucoup de positions se sont radicalisées en amenant une certaine tension dans les conflits existants et potentiellement à venir. Les équilibres sont fragiles - je pense notamment aux accords entre l’Iran et les pays occidentaux - et nous voyons bien que tout cela ne résiste pas. Même si l’accord est imparfait, il a été remis en question et nous nous trouvons devant une fragilité de la position française, mais la France est restée constante, elle n’a pas évolué, que ce soit vis-à-vis d’Israël, qui reste un pays ami depuis très longtemps, tout comme à l’égard des pays arabes. Notre rôle est de véritablement essayer de recoller les morceaux en s’appuyant sur une Europe plus forte ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui. C’est ce contexte qui fragilise la situation de la France qui, sur le fond, reste sur la ligne qu’elle s’est donnée vis-à-vis des pays arabes et d’Israël.
La France a un discours très clair et très ferme sur les principes et, quand nous ne sommes pas d’accord sur certaines décisions, y compris sur le plan économique, comme avec la décision unilatérale sur l’acier, nous le disons très fermement. Emmanuel Macron a raison de défendre le multilatéralisme et nous devons absolument sortir de l’unilatéralisme de certains pays comme la Russie ou les États-Unis. Tout cela rend la situation extrêmement fragile pour trouver une sortie de crise rapide, comme au niveau de la Syrie, puisque beaucoup trop d’acteurs essaient de tirer systématiquement la couverture à eux. Il y a aussi la volonté de certains pays de retrouver une certaine influence politique, comme l’Iran. Et, derrière tout cela, il y a cette lutte entre les chiites et les sunnites. Tout cela complique la situation et la volonté de pays comme la France de trouver une solution politique efficace et rapide.
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