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Comment les grandes entreprises abordent leur transformation digitale.
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Pierre Guimard, président du cabinet Keley Consulting : « Le modèle issu de la transformation digitale doit être absolument original et il doit tenir compte de l’histoire de l’entreprise. »
Monoprix vient d’annoncer un accord avec Amazon. Or, Pierre Guimard, président du cabinet Keley Consulting, spécialiste de la transformation digitale des acteurs du CAC 40, estime qu’il y a là un risque non neutre pour Monoprix : « L’accord de partenariat avec Amazon semble séduisant. Il apporte une capacité à vendre plus, sans investissement important et dans des délais rapides. Monoprix a aussi beaucoup à apprendre de son partenaire pure-player. Le deal permet également d’améliorer l’image d’un magasin peu digitalisé. Pour Amazon, il s’agit de prendre de vitesse de nombreux concurrents sur la livraison en une heure. Monoprix apporte des produits diversifiés et haut de gamme, ainsi qu’un bon maillage sur Paris. Mais s’agit-il d’un deal gagnant-gagnant ? L’intérêt du deal pour les deux sociétés dépend évidemment de la négociation du contrat de partenariat. Monoprix, qui sera responsable de la préparation des commandes, apparaît comme un sous-traitant du géant de Seattle, un sous-traitant éventuellement substituable et qui peut être mis en concurrence avec d’autres distributeurs.
Amazon s’arroge la relation client, un maillon clé de la chaîne de valeur, et va collecter de nombreuses données essentielles sur le marché français de l’alimentaire. Un apprentissage à peu de frais… » Pierre Guimard rappelle : « Tous les distributeurs n’ont pas profité de leur accord avec Amazon. Rappelons que Borders, qui possédait plus de 500 magasins de produits culturels aux États-Unis, avait confié à Amazon son e-commerce, avant de faire machine arrière en 2008, puis de disparaître en 2011. Les acteurs traditionnels s’associent souvent avec des pure-players car le digital n’est pas considéré comme un cœur de métier. Cette vision, qui fut celle de Borders, est évidemment dangereuse dans un monde où tout commerce devient un commerce omnicanal ». Nous évoquons avec Pierre Guimard cette question de la transformation numérique des grandes entreprises.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes spécialisé dans la transformation digitale des acteurs du CAC 40. Ont-ils été les premiers à prendre conscience de tout cela, ou est-ce que beaucoup d’entre eux se sont mis dans une zone de confort en se disant que les choses fonctionneront naturellement, parce qu’ils s’imaginent être les plus forts ?
Pierre Guimard : Il y a différentes situations. Aujourd’hui, en 2018, toutes les entreprises ont vraiment pris le virage. Il y a une prise de conscience aiguë au niveau du top management, mais il y a des niveaux différents. Vous avez des sociétés qui ont pris le virage il y a trois ou quatre ans, alors que d’autres sont un peu en retard. Il suffit d’analyser certains parcours clients pour constater qu’ils ne sont pas du tout digitalisés et, même dans les process internes, il y a encore beaucoup de retard. Nous sommes dans une situation hétérogène, mais avec une prise de conscience qui est quasiment systématique. Il a fallu du temps pour que tout cela se produise, or l’être humain est toujours pareil : que ce soit pour une entreprise ou pour une personne individuelle, on change quand on a mal quelque part, sinon on a tendance à attendre, que ce soit pour arrêter de fumer ou se mettre à faire du sport... Il y a eu tellement d’exemples, avec Kodak, Borders qui a fermé aux États-Unis... La menace liée à l’absence de transformation digitale est plus que précise et, maintenant, tout le monde est en train d’essayer de changer le plus rapidement possible.
Quand des acteurs de l’économie numérique qui opèrent dans un métier proche d’une entreprise du CAC 40 commencent à émerger, cette entreprise a-t-elle tendance à faire la même chose ? Innove-t-elle ou va-t-elle chercher des partenariats ?
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