Italie : une crise politique au potentiel atomique.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 8 juin 2018 (numéro 945) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Si les marchés baissent, depuis six séances désormais, c’est tout simplement parce que, en Italie, les élections de mars dernier n’ont rien apporté de brillant ! Les répercussions de la crise politique italienne peuvent être particulièrement importantes en ce qui concerne l’ensemble des autres pays, tout simplement parce que l’Italie, ce n’est pas la Grèce, c’est une économie qui est huit à neuf fois plus importante, et, il convient de le rappeler, un pays fort d’une position de numéro deux dans les exportations européennes de produits industriels, légèrement devant la France, on a eu souvent tendance un peu à l’oublier. L’Italie conserve une industrie significativement puissante, une base automobile, mais aussi une base dans la production de biens manufacturés, de grande consommation, et toujours une force dans le textile, dans le luxe.
Il y a trente ou quarante ans de cela, une chaussure italienne était synonyme de piètre qualité, désormais, avec Tod’s ou autres Berluti (une filiale de LVMH), l’Italie a changé complètement de braquet, son repositionnement sur le haut de gamme a été une vraie réussite. De Gucci à Ferrari, en passant par Maserati ou Lamborghini, les marques italiennes sont passées de la piètre qualité au luxe total, avec une image mondiale forte. En l’an 2000, il y avait à peine plus d’un million d’étrangers qui étaient installés en Italie, en 2018, ils sont 6 à 8 millions, les Italiens vivent ça comme une véritable invasion, ils ont peur de voir leur système social être mis en danger par cette arrivée de personnes sans productivité, qui sont des poids sur la société et qui ne permettent pas à l’Etat italien de faire face à ses obligations vis-à-vis des personnes malades ou des personnes âgées.
Envie de renverser la table, une nouvelle fois.
La classe politique sortante, qui a été tourneboulée à plusieurs reprises comme lors de l’arrivée de Forza Italia de Silvio Berlusconi au milieu des années 1980, à la suite du scandale « mani pulite » (mains propres), est aujourd’hui complètement tourneboulée par l’arrivée d’un ancien comique, Beppe Grillo, très puissamment, aux portes du pouvoir, avec son « Mouvement 5 Etoiles », qui s’est allié, pour proposer une majorité de gouvernement, à « La Ligue », un parti qui fut pendant longtemps séparatiste entre l’Italie du Nord et l’Italie du Sud, et qui est aujourd’hui sur le créneau de la droite populaire, assez à droite d’ailleurs. Les programmes du Mouvement 5 Etoiles et de La Ligue ne sont pas obligatoirement compatibles, il en est arrivé une sorte de monstre, un programme de gouvernement insoluble, surtout lorsque l’on a une dette publique qui représente entre 135 et 140 % du PIB. Même si les Italiens détiennent 70 à 75 % de la dette publique italienne, la dette italienne est cotée sur les marchés mondiaux, et du coup, elle a vu sa valeur s’effondrer.
Le président italien, Sergio Mattarella, a confié à l’économiste Carlo Cottarelli, ancien haut responsable du FMI, la responsabilité de former un gouvernement technique qui aura comme seul but de préparer le budget italien pour 2019 et de convoquer de nouvelles élections, peut-être en septembre ou en octobre 2018, afin d’essayer de sortir de l’impasse politique actuelle, par une voie démocratique. Du coup, les marchés, pas trop constitutionnalistes dans leur analyse, entendent le barouf qui est fait en Italie, alors que Sergio Mattarella a respecté scrupuleusement la constitution. Le taux de rendement des obligations d’Etat italiennes à deux ans a bondi à presque 3 %, alors qu’il était très en dessous de 1 % quelques semaines auparavant, c’est le plus haut niveau constaté depuis 2012. L’écart de taux entre les obligations d’Etat allemandes à dix ans et les obligations italiennes à dix ans a grimpé au-dessus des 300 points de base, au plus haut depuis 2013, ce qui montre bien l’inquiétude des marchés.
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