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EDF : après les "dix plaies d’Egypte", de nouvelles années plus rayonnantes ?
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 25 mai 2018 (numéro 943) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Entre le plus haut historique du titre EDF, à 78,11 euros, et le plus bas, il y a un an tout juste, à 7,04 euros, il y a eu une division par dix, il y avait comme un air de faillite annoncée. Etait-ce juste ? La Bourse, surtout dans des marchés étroits, est presque toujours injuste. EDF, bien évidemment, ne méritait certainement pas les honneurs d’une hausse aussi faramineuse depuis son introduction au milieu des années 2000 jusqu’à un plus haut de 78,11 euros, mais, à l’inverse, la dégringolade n’était pas non plus aussi méritée, du moins pas obligatoirement dans cette ampleur. Pendant très longtemps, de la fin de 2012 jusqu’au milieu de 2015, le titre EDF s’est situé dans une fourchette comprise entre 18 et 25 euros, et a été avec de faibles variations mensuelles, essentiellement rythmées du versement des coupons ou des avances sur dividendes.
Si le titre EDF s’est pris des coups sur la figure de façon si violente, c’est tout simplement parce que le marché s’est mis à spéculer à la baisse, de façon forte et outrancière, entraînant une réplique particulièrement forte du séisme initial. Dans le dossier EDF, il y avait pas mal de plaies, je ne sais pas si on peut parler des« dix plaies d’EDF », mais il ne faut pas oublier que, avec l’ouverture de l’énergie à la concurrence, les calamités se sont précipitées.
Comme les hirondelles, les em... ont volé en escadrille.
Outre la concurrence, qui s’est structurée progressivement, avec notamment une agressivité commerciale forte de Direct Energie, qui a progressivement concentré et aggloméré tout un tas de petites entreprises, Direct Energie étant actuellement en cours de rachat par le groupe Total, une affaire sérieuse, ce qui a sauvé ses actionnaires, au moment où les gros défis commençaient, il y avait bien évidemment aussi comme principal concurrent le partenaire de longue date, Engie, issu de la fusion entre le groupe Suez (dont Tractebel en Belgique), et du groupe Gaz de France, longtemps associé à EDF sous le nom EDF-GDF, puisqu’il faisait réseaux en commun, sur tout le territoire national. Un peu comme La Poste fut longtemps associée à France Télécom, EDF et GDF ont souvent été les frères jumeaux de l’énergie publique à la française. Lors de la séparation de corps, qui fut assez douloureuse, EDF est devenu le premier concurrent de GDF dans la distribution de gaz, et Engie, nouveau nom de GDF, est devenu le premier concurrent d’EDF en ce qui concerne la distribution d’électricité, Engie a eu d’autant plus de facilités qu’il avait des sources de production qui lui appartenaient en propre, notamment à travers les barrages de la Compagnie nationale du Rhône.
Outre l’ouverture à la concurrence, le groupe EDF s’est retrouvé avec l’obligation d’investir très lourdement dans la sécurisation et la modernisation de son énorme parc de centrales nucléaires, tout simplement parce que, en Europe, on a été beaucoup choqué par la catastrophe japonaise de Fukushima, ce qui a amené les autorités de sécurité nucléaires de tous les pays à faire ce qu’elles ne faisaient pas trop auparavant, c’est-à-dire du zèle. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a même obligé EDF à fermer provisoirement une grosse centrale dans la Drôme au prétexte qu’un barrage de protection n’était pas suffisamment consolidé et qu’il se pouvait, en cas d’incident et de crue centennale du Rhône, qu’il puisse y avoir une inondation sur le site. Les réparations ont été faites, ceci dit, cela ne se fait pas d’un claquement de doigts, et pour EDF, cela a nui à la production nucléaire en 2017, année de l’incident en question.