10 000 jours pour l’humanité.
LITTÉRATURE
Jean-Michel Riou est l’auteur de grands succès de librairie comme « Le secret de Champollion », « L’Insoumise du Roi-Soleil » et « Versailles, le palais de toutes les promesses ». Dans son dernier roman, il se met dans la peau de Jules Verne en faisant croire au lecteur que l’on a retrouvé un manuscrit secret de l’écrivain… En effet, en 1860, le jeune Jules Verne écrivit « Paris au XXe siècle », un roman qui ne paraîtrait que cent ans plus tard. L’œuvre sommeillait dans le coffre de son fils et personne n’avait songé à en soulever le plancher. Or, en dessous, il y avait « 10 000 jours pour l’humanité ».
Cette histoire est celle d’une comète géante qui fonce sur la Terre. Que vont faire les hommes ? S’entredéchirer ou sauver la planète ? Elizabeth Storm, jeune et jolie scientifique, et Pierre Lefranc, fougueux journaliste au Petit Journal, pensent probable la deuxième option. La croisade débute : on n’échappera à l’astéroïde Wildcat, six cents kilomètres de diamètre, qui s’approche inéluctablement et menace de détruire la planète, qu’en construisant des cités souterraines dans le cocon maternel de la vie : la Terre. Il s’agit d’abriter un milliard quatre cents millions de Terriens. Alors, comment se met-on dans la peau et dans le style de Jules Verne ? Jean-Michel Riou rappelle que « Jules Verne est un auteur intemporel, parce qu’il a le sens de la narration et le sens de l’épopée. Cela colle bien avec ce que j’ai en tête et ce que j’ai envie de raconter. J’ai beaucoup lu Jules Verne quand j’étais jeune et j’ai relu ses œuvres, ne serait-ce que pour retrouver la patte de l’époque, et peut-être aussi pour me glisser dans son monde. Le grand pari était de ne surtout pas trahir Jules Verne, qui fait appel énormément à la science. Je ne pouvais pas parler de choses qui n’existaient pas alors, mais je pouvais anticiper sur ce qui existait : par exemple, le sous-marin existait au temps de Jules Verne, mais les militaires considéraient que c’était un outil de guerre inutile et aussi un outil de transport inutile ! Le génie de Jules Verne a été d’anticiper et d’imaginer le développement du sous-marin. Cela donne le Nautilus et « 20 000 lieux sous les mers. » Dans le fond, le style de Jules Verne, c’est sa capacité à entraîner les gens dans des grandes aventures, comme dans « Le Tour du monde en quatre-vingts jours », et j’ai dû me glisser dans cette magie. Mais c’est venu assez naturellement, parce que j’ai une grande affection pour Jules Verne ».
Le roman se déroule à la fin du XIXe siècle : les télescopes du monde entier découvrent qu’un astéroïde d’une taille monumentale fonce sur la Terre et que le point d’impact devrait intervenir une trentaine d’années plus tard. Alors, comment la population mondiale s’organise-t-elle ? Alors, les scientifiques développent l’idée de créer des cités géantes sous la Terre et, parallèlement, des canons géants, pour tenter de faire exploser cet astéroïde lorsqu’il s’approchera : « C’est inspiré de l’œuvre de Jules Verne avec « Voyage au centre de la Terre », lorsque les deux héros découvrent un monde extraordinaire au centre de la Terre. C’est une Anglaise qui propose cette idée en disant que la Terre est le cocon protecteur. On sait ce qui a tué les dinosaures, c’est parce que l’œuf était plus fragile que le ventre de la mère et c’est pour cette raison que les mammifères ont survécu. Aujourd’hui, l’homme est confronté à une évolution nécessaire et ce salut vient de la Terre elle-même, le ventre protecteur de l’humanité et de la vie. La deuxième idée est aussi inspirée d’un roman de Jules Verne qui s’appelle « Sans dessus-dessous », avec des savants fous qui imaginent des énormes canons qui modifieraient l’axe de la Terre pour mettre le pôle Nord face au soleil, pour le réchauffer et exploiter ainsi les richesses minières du pôle Nord. Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui avec le réchauffement climatique, on constate que c’est prodigieusement génial d’avoir conçu cela il y a plus de cent ans ! Je m’inspire de ces deux pistes pour imaginer deux solutions pour échapper à cet astéroïde monstrueux de 600 kilomètres de long qui se précipite sur la Terre ».
Alors, les nations s’unissent et placent toute leur richesse dans une société mondiale chargée d’assurer la défense de la Terre : le mondialisme et la Société des Nations avant l’heure. Jean-Michel Riou ajoute que « c’est même plus que la Société des Nations, c’est la disparition des Nations ! Au fond, c’est un peu ce que certains nous proposent, la mondialisation, la disparition des frontières, et c’est maintenant l’humanité tout entière qui représente un bloc indissociable. Des industriels apparaissent un peu miraculeusement. Un cartel, dont tout le monde ignorait l’existence, propose la création de l’entreprise Pacifique, une entreprise mondiale et unique qui va rassembler toutes les compétences et tous les savoirs afin de créer des cités souterraines qui permettraient de sauver l’humanité ». Mais force est de constater que toutes les utopies mènent au drame : « Jules Verne est de l’époque de Charles Fourier, ce socialiste utopique qui veut créer des cités merveilleuses, communautaires, où tout est partagé : le savoir, l’éducation, la santé... Mais c’est un échec. Cela dit, l’utopie a le mérite de faire tourner les machines et les bras. Mais il n’y a pas d’autre solution pour l’avenir de l’humanité. Le prétexte pour écrire ce livre est que ce manuscrit a disparu. Or, je m’inspire d’un fait réel, car il faut savoir qu’un roman de Jules Verne a disparu dans un coffre et qu’on l’a retrouvé beaucoup plus tard... Ce livre, « Paris au XXe siècle » a été publié cent ans après avoir été écrit. Il décrit une société qui est extrêmement noire et sombre. Il y a même les prémices de l’Internet, avec une société très structurée où il y a très peu de liberté. Jules Verne a cru énormément à la science et au progrès mais, dans ce roman, il expose le côté pessimiste de sa pensée par rapport au progrès et il montre que la science et le progrès peuvent nuire à l’humanité ».
Dans le livre, toutes les Nations mettent toute leurs richesses dans cette grande entreprise, or on découvre très vite des détournements de fonds. Des cités bidons sont construites, or un temple réellement efficace et protecteur est réservé à l’élite… Jean-Michel revient sur cette idée : « Je ne suis pas un complotiste, mais j’ai écrit La prophétie de Golgotha il y a quelques années, alors que je survolais un peu cette question. L’idée est formidablement humaine : c’est, au fond, la manipulation de quelques-uns, la mise en avant d’une utopie qui n’a pour seul but que de servir les intérêts de quelques-uns. Ceux qui s’autoproclament les élus détournent une partie de ce labeur des humains à leur seul profit. C’est aussi l’occasion pour moi de retrouver cet esprit de Jules Verne avec la cité supérieure qui doit abriter cent mille élus, alors que les autres humains devront s’entasser dans des cités où il y aura vingt ou trente millions de personnes. C’est l’occasion pour moi de me glisser dans les traces de ce génie qu’est Jules Verne, en racontant à ma manière comment cette cité bénéficie de tous les avantages du progrès et de la science, avec des voitures électriques et des forêts entièrement reconstituées. Mais, pour que la propagande fonctionne, on développe toute une série d’arguments humanistes. On nous explique que cette entreprise Pacifique va créer des cités qui vont apporter le confort, la sécurité, la santé et l’éducation que n’ont pas la plupart des humains. Donc, demain, on rasera gratis ! Les gens sont portés par ce bénéfice annoncé et ils pensent que, peut-être, le monde qu’on leur promet sera meilleur que celui qu’ils connaissent aujourd’hui... »
Mais il aurait pu présenter ce livre comme un roman de Jean-Michel Riou sans passer par l’idée de l’œuvre imaginaire de Jules Verne : pourquoi cette référence à Jules Verne ? « Quand on est devant une idée qui met en scène la Terre et l’humanité, il m’est venu assez rapidement la comparaison avec Jules Verne. En écrivant ce roman comme s’il se déroulait à la fin du XIXe siècle, je m’autorise de formidables incursions dans la science, sans être confronté à l’objectivité du scientifique qui va me dire que ce que je dis est impossible. Et je maîtrise mieux, avec le recul, ce qui s’est passé à la fin du XIXe siècle. Si j’écrivais ce roman aujourd’hui, en expliquant qu’un astéroïde de 600 kilomètres de long va foncer sur la Terre, on me répondrait qu’il suffit d’envoyer des fusées avec des charges nucléaires… À la fin du XIXe siècle, je peux encore raconter cette fable, car j’ai voulu aussi engager cette réflexion sur l’humanité confrontée à un problème mondial ». Un roman passionnant, dans le style de Jules Verne, mais écrit par Jean-Michel Riou.
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