La société Check Point présente son rapport sur Telegram : le rendez-vous de la cybercriminalité.

AVIS D’EXPERT

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Le Dark Web est un pôle d’activités illicites. Armes illégales, trafic de drogue, logiciels rançonneurs sous forme de service... les acheteurs et les vendeurs l’utilisent pour commercialiser et échanger des connaissances et des produits. Bien entendu, jusqu’à ce que la justice intervienne et y mette fin. Le démantèlement de ces places de marché dans le Dark Web, notamment Hansa Market et Alpha Bay, par les autorités aux États-Unis et en Europe, a fait les gros titres il n’y a pas si longtemps et a servi d’exemple pour illustrer ce jeu du chat et de la souris. Il n’a cependant pas fallu longtemps aux cybercriminels pour se tourner vers de nouveaux supports afin d’échapper aux autorités. Il est rapidement apparu qu’ils pouvaient utiliser Telegram, l’application de messagerie mobile de plus en plus populaire, et poursuivre leur commerce.

Le rapport Telegram élaboré par Check Point présente le jeu du chat et de la souris entre les autorités et les cybercriminels qui trouvent toujours de nouvelles façons de commettre des crimes, démontre que les criminels s’écartent du Dark Web en faveur de nouvelles applications mobiles chiffrées telles que Telegram, fournit des exemples intéressants sur la façon dont les cybercriminels s’intéressent par exemple au personnel d’entreprises de télécommunications, détaille les nouveaux outils et services de piratage tels que la falsification de documents officiels et prouve que ce phénomène est global puisque ces outils deviennent partout de plus en plus populaires.

Telegram, une application de messagerie instantanée chiffrée, lancée en 2013, a connu une augmentation fulgurante du nombre d’abonnés (5 millions de nouveaux utilisateurs en seulement 24 heures) à la suite d’un plantage du serveur de la plate-forme de messagerie WhatsApp. Comme avec WhatsApp, les utilisateurs de Telegram peuvent discuter avec d’autres utilisateurs ou des groupes. Ce qui le distingue, entre autres, c’est sa fierté dans ses fonctions de sécurité améliorées. Par conséquent, certains de ses groupes de discussion sont devenus une alternative utile aux forums secrets du Dark Web. Les groupes de discussion de Telegram, appelés « chaînes », peuvent être utilisés pour diffuser des messages à un nombre illimité d’abonnés et, bien que l’historique des messages peut être consulté, toute réponse à des messages publics est confidentielle.

La discrétion procurée par ces chaînes contribue grandement à déguiser leur malveillance. Tout cybercriminel disposant d’une offre douteuse ou souhaitant démarrer une discussion, peut profiter des conversations chiffrées et privées de bout en bout, au lieu des discussions exposées sur les forums en ligne. Si dans le passé plusieurs étapes étaient nécessaires pour assurer une connexion anonyme à TOR, tout utilisateur de Telegram peut aujourd’hui facilement et rapidement rejoindre des chaînes en un seul clic sur son smartphone, et commencer à recevoir des notifications de conversations et d’offres clandestines directement sur son smartphone, tout en maintenant son identité complètement cachée.

La Russie est un pays dans lequel ces chaînes douteuses prospèrent et certaines ont déjà attiré des milliers d’abonnés. « Dark Jobs », « Dark Work » et « Black Markets », en sont de bons exemples bien qu’il en existe beaucoup d’autres. Les messages échangés dans la chaîne « Dark Jobs » concernent généralement des offres d’emploi associées à un code couleur. Lorsqu’une offre d’emploi postée sur cette chaîne est dangereuse et susceptible de comporter des risques juridiques, elle est marquée de la couleur « noire », tandis que les offres d’emploi moins risquées sont marquées en « gris » ou en « blanc ». Les chaînes ne sont pas limitées aux recruteurs et aux chercheurs d’emploi, mais offrent également des publicités pour la vente de documents dérobés ou d’outils de piratage. Cela est particulièrement inquiétant, compte tenu de l’accessibilité des chaînes et des promesses de salaires élevés faites à ceux qui pourraient autrement s’abstenir de participer ou qui n’ont aucun moyen d’atteindre ces marchés.

Des exemples d’annonces souvent utilisées dans de tels messages pour inciter des candidats à prendre ce genre d’emplois sont « Vous en avez assez de vivre chez vos parents ? », « Les filles préfèrent les types qui ont de l’argent », et d’autres accroches similaires. Les profits rapides offerts par ces publicités pourraient bien convaincre les membres de la chaîne de prendre ce raccourci lucratif, quoique douteux, au lieu d’une carrière pénible. De ce fait, les taux de cybercriminalité risquent d’augmenter, car ces postes sont non seulement proposés ouvertement, mais sont également accessibles à des utilisateurs inexpérimentés, et mettent des outils dangereux à portée de tous.

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