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Air France-KLM se dirige vers le cimetière des compagnies disparues.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 18 mai 2018 (numéro 942) : “Les résultats décryptés, suite”. Bonne lecture !!!
Ceux qui ont quelques années d’altitude, comme moi, se souviennent que, il y a peu de temps, des grandes compagnies s’appelaient Swissair, Sabena, Pan Am, TWA… j’en oublie et des plus grosses ! Toutes les marques que je viens de citer ont disparu, pourtant, Swissair a longtemps été une entreprise ultra prospère, rayonnant à partir du cœur de l’Europe vers toutes les destinations continentales, mais aussi vers l’Afrique. Sabena était également une compagnie non-négligeable, qui n’avait rien à voir avec une jeune pousse, s’étant constitué un solide réseau africain à destination du Congo belge, du Rwanda, du Burundi, et ayant, par la suite, rayonné un peu partout ailleurs.
Que dire de Pan Am ? C’était une compagnie mythique, historique, qui représentait quasiment à elle seule le règne de la toute-puissance américaine. Ces compagnies ont fait faillite, ont disparu, et les statuts enviables de leurs personnels ont disparu également, en Amérique du Nord, désormais, on vole sur un avion de Delta ou d’une des trois autres compagnies principales, la déréglementation a été suivie, dans les dernières années, d’un énorme mouvement de concentration.
Plongeon, à l’allure de krach...
En Bourse, l’annonce soudaine du rejet de l’accord salarial proposé par le PDG, Jean-Marc Janaillac, par référendum, a fait plonger le titre Air France-KLM en Bourse, c’est exactement ce que je vous annonçais mi-mars, dans le numéro 933. Depuis son arrivée à la tête d’Air France-KLM en 2016, pour remplacer un ancien PDG qui n’arrivait pas à faire dialoguer les différentes catégories de personnel, Jean-Marc Janaillac s’était préservé de faire des commentaires publics sur les positions des syndicats, afin de ne pas mettre de l’huile sur le feu. L’échec du référendum l’a conduit à présenter sa démission, à mettre fin à son mandat. Cela lui rend la liberté de parole, et, ce n’est pas du léger ! Le PDG sortant a de bonnes raisons d’être amer, car il était là pour essayer de redresser l’entreprise, avec des partenaires sociaux qui n’ont ni compris son ambition, ni compris les enjeux, par inculture économique crasse. Le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), dominant mais pas unique dans cette catégorie de personnel, est devenu jusqu’au-boutiste, agressif, et même parfois insultant, présentant Janaillac comme « une marionnette de l’Etat ».
Il convient de rappeler que l’Etat ne détient que 14 % du capital d’Air France-KLM, que Delta détient 10 %, et que la compagnie China Eastern en détient 10 % également. Le fonds des salariés est à un peu plus de 6 %, il est majoritairement entre les mains des pilotes. Il ne s’agit pas d’un actionnaire omnipotent, omniprésent, et qui peut prendre une décision en un tour de main. Chez Air France-KLM, à force de ne pas rémunérer le capital, ce que je soulignais dans l’étude publiée en kiosque le 16 mars 2018, on oublie son existence, et, en retour, si l’entreprise a des besoins, elle ne trouvera pas de financements. Il est faux de déclarer, comme l’affirme le SNPL, qu’Air France est « une entreprise parfaitement saine économiquement et […] capable d’assumer à la fois les pertes associées à ce conflit et le rattrapage de l’inflation ». Il faut savoir qu’Air France est à l’os. Il y a quelques années seulement, la compagnie exploitait deux tiers de ses avions en pleine propriété et en louait un tiers, pour avoir de la souplesse dans la gestion de ses lignes.